La Fin de la « Lune de Miel » Présidentielle


La « Lune de Miel » de la Présidente Dilma Rousseff touche à sa fin. Près de 150 jours après sa prise de fonction le 1er Janvier 2011, celle qui a pris la succession de Lula, fait face à sa première crise politique. En effet, même si la majorité des voyants économiques sont au vert (la croissance, de 7,5% en 2010 se poursuit, tout comme la création d’emplois, l’investissement et la consommation des ménages), « l’Affaire Palocci » est entrain de plonger le PT – le Parti des Travailleurs – dans sa plus grande crise depuis le Mensalão (une affaire de corruption retentissante, où plusieurs membres du gouvernement de Lula furent condamnés pour des pratiques d’achat de votes parlementaires) de 2005-2006.

Antônio Palocci, actuel Ministre de la Casa Civil (équivalent brésilien du Premier Ministre), est considéré comme l’un des hommes forts du gouvernement précédent. Ancien ministre des Finances, Il symbolise ainsi à lui seul la continuité politique des gouvernements « Lula » et « Dilma », continuité qui fut le principal fer de lance de la campagne de l’actuelle présidente. Or, depuis plusieurs semaines, Antônio Palocci fait l’objet d’une série d’accusations pour « enrichissement personnel illicite » et « traffic d’influence », qui réveillent les vieux démons de la corruption politique brésilienne. Si Dilma tenta dans un premier temps de défendre son ministre, la multiplication des dénonciations combinée à la maladresse de l’accusé devant les médias et à la mobilisation croissante de l’opposition, placent la première présidente de l’histoire du Brésil dans une délicate position.

Mais l’affaire Palocci, qui a pris une ampleur médiatique particulièrement conséquente, fait plus que mettre Dilma dans une situation embarassante, elle semble réveiller les passions au sein d’une classe politique brésilienne que l’aura du président Lula avait rendu assez apathique. Ainsi le principal parti d’opposition, le PSDB, en pleine restructuration interne en vue des élections de 2014, trouve dans l’affaire Palocci une nouvelle croisade mobilisatrice. Une de ses principales figures historiques, l’ancien président Fernando Henrique Cardoso (1995-2002), disait ainsi à la presse que face à cette « grave situation », il ne souhaiterait pas se trouver « à la place de la présidente Dilma ». De l’autre côté de l’échiquier politique, le PMDB, principal allié du PT cherche pour sa part à instrumentaliser le « cas Palocci » pour relancer la vive polémique du début de mandat sur la nomination des membres du gouvernement. Le PMDB n’ayant pas digéré le fait que Dilma confie la majorité des principaux portefeuilles ministériels (dont celui aujourd’hui occupé par Palocci) au PT.

Enfin, et cela est peut-être encore plus problématique pour l’actuelle Chef d’État, le cas Palocci, que le député évangélique Anthony Garotinho surnomme « le diamant de 20 millions de réals », tombe au plus mauvais moment pour l’exécutif. Comme le souligne le journal paulista Estadão, les parlementaires dont un nombre croissant de voix s’élèvent pour demander la démission de Palocci, doivent voter sous peu un important « Code Forestier », ainsi qu’une série de lois portant sur les royalties pétrolières. Des enjeux décisifs pour le gouvernement qui ne pourra plus très longtemps s’encombrer d’une telle affaire.

Si donc la continuité avec les mandats Lula, principal argument de la victorieuse campagne électorale de Dilma Rousseff, apparait comme effective sur le plan socio-économique, la retentissante affaire visant actuellement le bras droit de Dilma pourrait remettre en question la dimension politique de cette continuité. Elle aura en tout cas eu le mérite de mettre fin à la (trop?) paisible lune de miel de la première femme-présidente de la première puissance latino-américaine.

Addendum:

Antônio Palocci a finalement présenté sa démission le Mardi 7 juin, trois semaine après les premières accusations. Il est remplacé par  la sénatrice Gleisi Hoffmann du PT. En recevant sa lettre de démission, Dilma Rousseff a affirmé que cet acte témoignait « de sa la droiture de ses récentes activités professionnelles, tout comme de l’inexistence d’un quelconque fondement aux allégations portées sur sa conduite ».

Eliott Mourier

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