Football et Politique


Le Brésil est sans conteste la plus grande nation de football au monde. Avec ses cinq titres mondiaux (1958,1962, 1970, 1994, 2002) conquis par la Seleção, le plus grand joueur de l’histoire (Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé), et des centaines de stars faisant réver aux quatre coins du globe depuis plus d’un demi-siècle (Garrincha, Zico, Ronaldo, Ronaldinho etc.), le Brésil règne en maître sur la planète football.

Sur ses terres, le Futebol déclenche au Brésil un engouement et une passion inégalable même dans les plus grands clubs européens. Les torcidas y sont plus que de simples groupes de supporteurs se réunissant une fois par semaine au stade. Elles rythment véritablement la vie et le quotidien de leurs membres (qui se comptent pour les plus grands clubs, en millions), et forment de puissants groupes de pression que courtisent sans cesse les hommes politiques. Le Président Lula n’a d’ailleurs jamais cessé de rappeler son appartenance active (il y participe financièrement) à la torcida  des Corinthians, laquelle participa d’ailleurs activement, tout comme le syndicat des métallurgistes paulistas de Lula, au retour de la démocratie dans les années 1980.

Le Président Lula remettant un maillot dédicacé de la Seleção au Président Obama

Chaque match de la sélection nationale semble mettre le pays « sur pause », et même la plus hyperactive des mégapoles brésiliennes, São Paulo, n’a d’autre choix que d’interrompre son rythme incessant durant ces « 90 minutes » sacrées. Et si les victoires sont suivies des célébrations les plus folles, les défaites engendrent une déprime profonde, presque palpable qui contraste avec la bonne humeur habituelle du peuple Brésilien. Un fait qui n’est pas sans conséquences politiques alors que depuis 1994, les élections générales ont toujours lieu quelques mois seulement après la Coupe du Monde.

Si la déprime causée par le fiasco de la Seleção de Dunga en Afrique du Sud en 2010, avec une défaite en quart de finale contre les Pays-Bas, n’a semble-t-il pas eu de conséquence néfaste sur l’élection de Dilma Rousseff trois mois plus tard, il est indéniable qu’au Brésil, Football et Politique entretiennent des rapports parfois très étroits.

Ce constat n’est bien sûr par nouveau. Sous l’ère Getulio Vargas déjà (1930-1945 puis 1950-1954), le Football avait été mis à l’honneur car on voyait en lui un facteur d’unité nationale. Un pari risqué puisque la défaite en finale lors du premier mondial organisé par le Brésil en 1950 face au petit voisin uruguayen, connue comme le « maracanaço » fut un véritable drame national. Un drame que l’organisation par le Brésil à nouveau, de la prochaine Coupe du Monde en 2014, aura notamment pour but, aux yeux des brésiliens, de réparer. Néanmoins, la victoire brésilienne 8 ans plus tard en Suède (1958), d’une équipe mixte particulièrement représentative de la diversité culturelle et ethnique du pays, eut elle, bien l’effet fédérateur escompté. Plus tard, sous la dictature militaire, la dimension politique de la Seleção s’accentua à tel point qu’on militarisa le staff de l’équipe (l’entraineur était alors gradé comme capitaine dans l’armée).

Aujourd’hui la dimension politique et symbolique de l’équipe nationale et du football dans son ensemble reste évidente et suscite bien des interrogations parmi les milieux académiques brésiliens, mais c’est un autre phénomène, celui des anciens footballeurs reconvertis en hommes politiques, qu’il nous faut à présent aborder.

Affiche électorale du candidat Bebeto – Député étatique – Rio de Janeiro, 2010 (prise par l’auteur)

En effet, en 2010, les législatives (au niveau fédéral ou étatique) ont été le théâtre d’une multitude de candidatures de la part d’anciennes gloires du football brésilien, parmi lesquels, le duo offensif de choc du mondial 1994, Bebeto et Romário. Si leurs candidatures ont pu faire sourire, leurs élections respectives obtenues haut la main pour l’un, Bebeto, à la chambre des députés de l’état de Rio de Janeiro, et pour l’autre, Romário, à la chambre des député fédéraux, reflètent de façon plus profonde ce que les politologues appellent la « crise de la représentativité » de la démocratie brésilienne. En effet, l’élection de ces deux champions du monde, ou encore du clown Tiririca à São Paulo, individus sans la moindre expérience politique, posent la question plus vaste de la confiance des brésiliens envers leur personnel politique. Affaires de corruption, promesses non-tenues, les Brésiliens lassés de la politique politicienne finissent par penser que ces footballeurs qui les ont tant fait rêver, et qui, partant bien souvent de rien ont au final fait la gloire du pays, les représenteront certainement mieux qu’une classe politique appelées de fait, à se remettre en question.

Pendant ce temps, et alors que le Brésil met tout en oeuvre pour faire du Mondial 2014 un fête à la hauteur de l’engouement populaire qu’il suscite, Romário lui, file droit au but. Le député de l’état de Rio de Janeiro annonçait en effet la semaine dernière, son intention de se porter candidat à la Mairie de Rio de Janeiro, lors des prochaines élections de 2012. Droit au but.

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