Archive for juillet 2011

Brasilia, capitale du futur

juillet 29, 2011

Brasilia est aujourd’hui considérée comme la plus récente des capitales modernes. Inaugurée par le Président Juscelino Kubitschek, le 21 avril 1960 soit les mêmes jour et mois que la Rome antique, elle est ainsi devenue après Salvador et Rio la nouvelle capitale de l’Etat Brésilien.

Sortie de terre en un temps record (en moins de 4 ans), Brasilia a volontairement été créée au centre du pays afin d’attirer la population et l’activité économique qui, au Brésil, sont très majoritairement concentrées sur les régions côtières. De ce point de vue, le projet a été un succès. En effet, lors de la construction, des milliers de brésiliens venus des quatre coins du pays (on les appela les candangos), mais surtout des régions du Nord et Nord-Est, plus pauvres, vinrent se proposer comme main d’œuvre et s’installèrent avec leurs familles dans la périphérie créant ainsi des « villes-satellites » parfois de façon assez anarchique. L’agglomération de Brasilia compte ainsi, cinquante ans plus tard, environ 2,5 millions d’habitants, ce qui en fait la 4ème ville la plus peuplées du pays. C’est également l’une des villes les plus riche, avec en 2010, le 2ème PIB par habitant des villes Brésiliennes (environ 25.400 US$, un niveau équivalent à celui du Portugal), même si l’industrie est quasi absente (car très limitée par la loi) de cette région presque uniquement dédiée aux services.

On y retrouve l’ensemble des institutions politiques du pays (Sénat, Chambre des Députés, Ministères, Présidence de la République etc…) qui ont intelligemment été regroupées à proximité de l’Esplanada au centre ville, le tout dans une architecture des plus originales pensée par le célèbre architecte brésilien, Oscar Niemeyer, qui valu à Brasilia d’être inscrite en 1987 au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. De fait, le plan urbain tout entier fut conçu de manière originale, sous la forme d’un oiseau (ou d’un avion, au choix) déployant ses ailes.

L’autre grand architecte et concepteur de Brasilia, Lúcio Costa pensa la célèbre « Place des Trois pouvoirs » où l’on retrouve le Palais Présidentiel (Palácio do Planalto), le Congrès National (le Sénat et la Chambre des Députés étant côte à côte) et le Tribunal Fédéral Suprême, à proximité les uns des autres.

 

Le Congrès National Brésilien avec le Senat et la Chambre des Députés sous les coupoles

Il n’est également pas anodin de trouver tout près, l’imposante Cathédrale catholique de 4.000 places à l’architecture unique au monde, chef d’œuvre de Niemeyer. Celle-ci nous rappelle qu’au Brésil, la Religion forme elle aussi un pouvoir à part entière.

Pour la petite histoire, on rappellera que Lúcio Costa, né en France à Toulon, dit en parlant de la Place des Trois Pouvoirs qu’il souhaitait en faire une « Versailles » moderne, « non pas une Versailles de Rois, mais une Versailles du peuple« . Une chose est sûre, le Roi Soleil aurait certainement été impressionné par la splendeur de cette jeune capitale née de nulle part, symbole d’un Brésil qui prend l’avenir à bras-le-corps.

E.M.

Publicités

L’Or Noir Brésilien

juillet 18, 2011

Depuis sa découverte en 1500 par le navigateur portugais Pedro Álvares Cabral et durant les siècles qui ont suivi, le développement économique du Brésil a suivi une série de cycles basés sur la production et l’exportation quasi monopolistique de ressources clés.

Au XVIème siècle ce fut d’abord le cycle du Bois, et notamment celui du bois Brasil (pao Brasil) qui, servant plus aux maîtres de la teinture qu’aux ébénistes ou aux charpentiers, donna son nom au pays. Vint ensuite le cycle prometteur du Sucre de canne qui dura lui près de trois siècle, jusqu’à ce que les européens apprennent à tirer du sucre de leurs betteraves. C’est d’ailleurs l’exploitation sucrière qui fut la principale responsable du succès de la traite négrière, qui prit au Brésil une ampleur considérable (on estime au moins à 4 millions le nombre d’esclaves africains arrivés au Brésil jusqu’en 1850). Ce fut ensuite le tour du Tabac, puis du Chocolat ou encore du Coton. Puis, du milieu du XIXème au début du XXème siècle, l’économie brésilienne reposa sur deux nouveaux monopoles successifs, le Café d’abord qui fit notamment la gloire et la richesse de l’Etat de São Paulo, aujourd’hui le plus riche et le plus peuplé du pays. Puis le Caoutchouc amazonien (dont le secret était jalousement gardé par les autorités brésiliennes) qui bénéficia notamment du développement de l’automobile, avant de perdre sa couronne au profit des pays asiatiques dès le début de la première guerre mondiale.

Tout au long de ces phases, ce qui caractérise peut-être le mieux le développement économique du Brésil, c’est son impressionnante résilience face aux crises successives et sa capacité de renouvellement constant. Notons également qu’au cours du XXème siècle, le Brésil est parvenu (ce qui n’est pas le cas de tous ses voisins latino-américains) a diversifier sa production économique. Et si l’on définit souvent encore aujourd’hui l’Amérique du Sud comme une région purement exportatrice de matières premières, le Brésil a pour sa part, su investir dans l’industrie de transformation de ces dernières, en produisant des voitures, des ordinateurs ou en devenant notamment le premier producteur de petit et moyens avions (Embraer).

Mais aujourd’hui, la récente découverte d’impressionnantes réserves de pétrole et de gaz profondément enfouies (à environ 6.000 mètres) au large des côtes des états de São Paulo, Espirito Santo et de Rio de Janeiro pose un certain nombre de questions à la fois nouvelles et plus anciennes. Les réserves du Pré-Sal comme les nomment les brésiliens, si elles seront particulièrement difficiles et couteuses à exploiter (on parle d’un coût total d’exploitation de 600 milliards de dollars!), n’en font pas moins du Brésil le 6ème pays détenteur potentiel d’Or Noir dans le monde. Et les marchés mondiaux ne s’y trompent pas : Petrobras, la première compagnie pétrolière brésilienne (détenue à 64% par l’Etat) a ainsi réalisé une augmentation de capital historique en octobre 2010 à hauteur de 70 milliards de dollars en vue de l’exploitation du Pré-sal. Et à l’heure ou le baril de brut ne cesse d’augmenter, l’optimisme est bien évidemment de mise dans l’économie brésilienne, comme ce fut le cas du temps du sucre, du café ou du caoutchouc.

Certains n’en restent pas moins sceptiques. On craint une « reprimarisation » de l’économie et l’on redoute que le Brésil ne fasse la même erreur que le voisin vénézuélien en faisant reposer l’entièreté de son système sur l’exploitation du combustible. Mais il suffit de relire, comme nous l’avons fait brièvement, l’histoire économique du Brésil pour comprendre que ces craintes n’ont pas lieu d’être. Le Brésil a toujours su profiter de ses cycles économiques favorables pour préparer l’avenir.

Lula, l’exp-président brésilien sur un futur site d’exploitation du Pré-sal

D’ailleurs, concernant le Pré-sal, les gouvernements de Lula puis de Dilma Rousseff, sont parvenus très tôt à faire accepter une répartition équitable des royalties (chose que la Constitution brésilienne n’impose pas). Si les états et les municipalités producteurs devraient en toucher environ 30%, au moins 22% de ces royalties seront destinés à un Fond social pour le développement des états non-producteurs (c’est à dire les 24 autres), afin de répartir cette nouvelle manne sur l’ensemble du pays.

Comme par le passé, le Brésil semble bien décidé à utiliser le présent pour préparer l’avenir.

L’Avortement au Brésil

juillet 12, 2011

En 2005, une enquête menée conjointement par les Universités de Rio et de Brasilia révélait qu’au cours de cette seule année, plus d’1,54 millions de femmes brésiliennes avaient pratiqué une interruption volontaire de grossesse. Des chiffres bien évidemment spéculatifs puisqu’au Brésil, la quasi-totalité des des avortements sont clandestins, d’où le grand nombre de décès constatés (150 en moyenne chaque année), lié à cette pratique.

Si en France l’IVG est autorisé depuis la loi Veil de 1975, au Brésil avorter constitue un crime passible de prison (de 1 à 10 ans) sauf dans trois cas précisés par l’article 128 du Code Civil : 1/ S’il n’y a pas d’autre moyen de sauver la vie de la mère, 2/Si la grossesse est la conséquence d’une infraction à la liberté sexuelle de la femme (viol, reproduction assistée non consentie), 3/ Si le corps médical juge élevée la probabilité que le  fœtus présente des anomalies physiques ou mentales graves et irréversibles.

Cette legislation particulièrement proibitive est doublement ancrée dans la société brésilienne. D’un point de vue constitutionnel d’abord, puisque l’Article 5 de la Constitution Fédérale de 1988 garantit « l’inviolabilité du droit à la vie ». Mais d’un point de vue moral et religieux surtout dans ce qui est à la fois le premier pays catholique au monde et l’un des principaux fiefs de l’évangélisme conservateur. Deux courants religieux qui représentent environ 85% de la population nationale et qui forment le coeur du mouvement pró-vida (pour la vie). Rien d’étonnant, alors, à ce qu’en 2010 une enquête de l’institut Vox Populi révèle que 82% des Brésiliens ne souhaitent pas de modification de la loi.

Pourtant les débats sur la question sont particulièrement nourris au Brésil. Si le mouvement pró-vida semble quasi-hégémonique, son pendant, celui des pro-escolha (« pro-choice » en anglais) n’est pas en reste et tente régulièrement de faire évoluer la legislation, faute de parvenir à faire évoluer l’opinion. Ce fut notamment le cas en 2004, lorsque Marco Aurélio Mello, l’un des douze juge du Tribunal Fédéral Suprême, parvint à élargir l’autorisation d’avorter au cas d’anencéphalie du fœtus (malformation du système nerveux qui a pour conséquence la surdité, cécité et l’inconscience des nouveaux-nés). Ou encore en 2008, lorsque le projet de loi 1135/91 prévoyant la suppression des articles du code civil condamnant l’avortement consenti par la femme enceinte, revint à l’ordre du jour des débats parlementaires. Mais dans ces deux cas, les espoirs des pro-choix furent rapidement douchés. La décision du juge Mello fut en effet révoquée quelque semaines plus tard et le projet de loi 1135/91 fut lui, rejeté à l’unanimité des députés membres de la commission en charge (33 votes contre, 0 pour) ! De fait, en mai 2010, un durcissement de la loi a même été approuvé par la Commission Sécurité Sociale et Famille de la Chambre des Députés, sous le nom d’Estatuto do Nascituro (Statut du Fœtus).

Fort de ses victoires, le mouvement pro-vie s’illustra de nouveau lors de la campagne présidentielle de 2010, au cours de laquelle la question de l’avortement émergea de façon aussi spontanée qu’inattendue, à quelque jours du scrutin. Alors qu’elle apparaissait dans les sondages comme la grande favorite, la candidate du PT et héritière du président sortant, Dilma Rousseff vécut très certainement, à quelques jours du premier tour, la plus grosse frayeur de sa campagne lorsqu’elle reçut une série d’attaque émanant des secteurs conservateurs et notamment du mouvement pro-vie, sur la question même de l’avortement. Une avalanche d’articles, de blogs et de vidéos défilèrent sur le net rappelant que Dilma Rousseff, alors Ministre de la Casa Civil (équivalent de notre Premier Ministre), s’était déclarée à plusieurs reprises en faveur de la légalisation de l’avortement (notamment dans un entretien de 2007 au magazine Marie Claire). La levée de boucliers provoquée fut telle que Dilma n’eut d’autre choix que de promettre publiquement, devant une assemblée de dirigeants religieux, qu’une fois à la tête de l’Etat, elle ne légifèrerait ni sur l’avortement, ni sur le mariage homosexuel. Une lettre officielle fut même publiée et diffusée très largement pour tenter de contrer cette terrible offensive des pró-vidadont on voit bien à travers cet exemple, le pouvoir d’influence.

En renonçant ainsi à traiter la délicate et si symbolique question de l’avortement, Dilma Rousseff s’assura le soutien décisif de nombreux secteurs religieux jusque là hésitants, et par conséquent la victoire au second tour de la présidentielle. En revanche, elle a certainement déçu tout ceux qui voyaient dans l’avènement au pouvoir suprême de la première femme brésilienne, un espoir de renouveau.