L’Or Noir Brésilien


Depuis sa découverte en 1500 par le navigateur portugais Pedro Álvares Cabral et durant les siècles qui ont suivi, le développement économique du Brésil a suivi une série de cycles basés sur la production et l’exportation quasi monopolistique de ressources clés.

Au XVIème siècle ce fut d’abord le cycle du Bois, et notamment celui du bois Brasil (pao Brasil) qui, servant plus aux maîtres de la teinture qu’aux ébénistes ou aux charpentiers, donna son nom au pays. Vint ensuite le cycle prometteur du Sucre de canne qui dura lui près de trois siècle, jusqu’à ce que les européens apprennent à tirer du sucre de leurs betteraves. C’est d’ailleurs l’exploitation sucrière qui fut la principale responsable du succès de la traite négrière, qui prit au Brésil une ampleur considérable (on estime au moins à 4 millions le nombre d’esclaves africains arrivés au Brésil jusqu’en 1850). Ce fut ensuite le tour du Tabac, puis du Chocolat ou encore du Coton. Puis, du milieu du XIXème au début du XXème siècle, l’économie brésilienne reposa sur deux nouveaux monopoles successifs, le Café d’abord qui fit notamment la gloire et la richesse de l’Etat de São Paulo, aujourd’hui le plus riche et le plus peuplé du pays. Puis le Caoutchouc amazonien (dont le secret était jalousement gardé par les autorités brésiliennes) qui bénéficia notamment du développement de l’automobile, avant de perdre sa couronne au profit des pays asiatiques dès le début de la première guerre mondiale.

Tout au long de ces phases, ce qui caractérise peut-être le mieux le développement économique du Brésil, c’est son impressionnante résilience face aux crises successives et sa capacité de renouvellement constant. Notons également qu’au cours du XXème siècle, le Brésil est parvenu (ce qui n’est pas le cas de tous ses voisins latino-américains) a diversifier sa production économique. Et si l’on définit souvent encore aujourd’hui l’Amérique du Sud comme une région purement exportatrice de matières premières, le Brésil a pour sa part, su investir dans l’industrie de transformation de ces dernières, en produisant des voitures, des ordinateurs ou en devenant notamment le premier producteur de petit et moyens avions (Embraer).

Mais aujourd’hui, la récente découverte d’impressionnantes réserves de pétrole et de gaz profondément enfouies (à environ 6.000 mètres) au large des côtes des états de São Paulo, Espirito Santo et de Rio de Janeiro pose un certain nombre de questions à la fois nouvelles et plus anciennes. Les réserves du Pré-Sal comme les nomment les brésiliens, si elles seront particulièrement difficiles et couteuses à exploiter (on parle d’un coût total d’exploitation de 600 milliards de dollars!), n’en font pas moins du Brésil le 6ème pays détenteur potentiel d’Or Noir dans le monde. Et les marchés mondiaux ne s’y trompent pas : Petrobras, la première compagnie pétrolière brésilienne (détenue à 64% par l’Etat) a ainsi réalisé une augmentation de capital historique en octobre 2010 à hauteur de 70 milliards de dollars en vue de l’exploitation du Pré-sal. Et à l’heure ou le baril de brut ne cesse d’augmenter, l’optimisme est bien évidemment de mise dans l’économie brésilienne, comme ce fut le cas du temps du sucre, du café ou du caoutchouc.

Certains n’en restent pas moins sceptiques. On craint une « reprimarisation » de l’économie et l’on redoute que le Brésil ne fasse la même erreur que le voisin vénézuélien en faisant reposer l’entièreté de son système sur l’exploitation du combustible. Mais il suffit de relire, comme nous l’avons fait brièvement, l’histoire économique du Brésil pour comprendre que ces craintes n’ont pas lieu d’être. Le Brésil a toujours su profiter de ses cycles économiques favorables pour préparer l’avenir.

Lula, l’exp-président brésilien sur un futur site d’exploitation du Pré-sal

D’ailleurs, concernant le Pré-sal, les gouvernements de Lula puis de Dilma Rousseff, sont parvenus très tôt à faire accepter une répartition équitable des royalties (chose que la Constitution brésilienne n’impose pas). Si les états et les municipalités producteurs devraient en toucher environ 30%, au moins 22% de ces royalties seront destinés à un Fond social pour le développement des états non-producteurs (c’est à dire les 24 autres), afin de répartir cette nouvelle manne sur l’ensemble du pays.

Comme par le passé, le Brésil semble bien décidé à utiliser le présent pour préparer l’avenir.

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