Le Lobbying brésilien : Clientélisme ou Démocratie directe ?


Le Congrès National Brésilien est original à bien des égards. Le fait que les deux chambres, le Sénat (Senado Federal) et la Chambre des Députés (Câmara dos deputados), s’y trouvent côte à côte n’est déjà, en soi, pas courant. L’architecture de l’édifice, pensée par le célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer, l’est encore moins: L’édifice placé au centre de la Place des Trois Pouvoirs de la capitale, est ainsi composé de deux coupoles sous lesquelles se trouvent les chambres. Le Sénat se situe sous la coupole fermée, symbolisant un côté plus conservateur et garant de la tradition républicaine; tandis que la Chambre des députés elle, se situe sous la coupole ouverte, symbolisant une ouverture sur le peuple et la reception d’idées nouvelles.

L’originalité de ce Parlement réside également dans sa composition, particulièrement représentative de la société brésilienne. On y découvre ainsi des parlementaires de toutes les origines ethniques (européens, afro-descendants, indigènes, asiatiques…), mais aussi, et c’est sûrement le plus surprenant, de toutes les catégories socio-professionnelles! Des politiciens de carrière, avocats et hauts-fonctionnaires bien évidemment, mais aussi des pasteurs (il y en a des dizaines), des joueurs de football (notamment le champion du monde Romario) ou encore des Clowns (le député Tiririca de São Paulo!) !

Mais il y a encore une chose qui rend le Congrès brésilien particulièrement atypique, c’est la pratique traditionnelle et universelle du lobbying. Rappelons pour les plus jeunes de nos lecteurs, que le lobbying se définit comme la tentative, d’une personne ou d’un groupe avec des intérêts propres, d’influencer le processus d’élaboration et de décision d’une loi qui touche ses intérêts. Plus concrètement, il s’agit d’aller voir un député ou un sénateur (généralement celui qu’a élu notre circonscription et pour lequel on pourrait éventuellement voter de nouveau), et de le convaincre de voter telle ou telle loi, de la modifier ou au contraire de s’y opposer. Le terme de lobby lui même, désignait à l’origine les couloirs ou les pièces du parlement britannique où les « groupes de pression » comme on les appelle aussi, venait converser avec les parlementaires.

Si la pratique du lobbying est généralisée dans nos démocraties, elle revêt au Brésil et à Brasilia notamment, un caractère tout à fait particulier et des plus intéressants. Si vous vous rendez un jour au congrès brésilien, vous serez surpris de voir dans les couloirs une foule de visiteurs de tous les horizons, lesquels pour rentrer, n’ont qu’à montrer une pièce d’identité. Vous verrez ensuite ces visiteurs, seuls ou en petit groupe, aller de cabinet (de député ou sénateur) en cabinet pour rencontrer directement et personnellement l’élu dans un bref entretien d’une dizaine de minute. Des pompiers cherchant une augmentation de salaire, un groupe d’enseignants demandant plus de moyens pour l’éducation publique, un prêtre catholique suppliant une aide pour une oeuvre de charité ou encore un couple homosexuel exigeant la légalisation de leur union, le défilé est incessant. Même une simple mère célibataire dans le besoin peut venir trouver son député pour que celui-ci active son réseau et l’aide à obtenir une place en crèche pour son bébé.

Si cela peut surprendre le démocrate européen, au Brésil, cette tradition est au fondement même d’une démocratie que les Brésiliens veulent proche des électeurs, une démocratie presque « directe » que Rousseau, au XVIIIème siècle, appelait des ses voeux quand il recommandait que le peuple vote directement les lois, sans intermédiaire. Certains, critiques, diront péjorativement que cela n’est que « clientélisme », c’est à dire l’octroi à un électeur potentiel d’un bénéfice direct, en échange de son vote. Ou encore, que c’est une forme de « paternalisme politique », le parlementaire se présentant comme un « Père » bienveillant auprès des électeurs. Mais les Brésiliens répondent pour leur part, que c’est le moyen pour les élus d’être toujours à l’écoute de la population et de rester proche des attentes et des besoins de leurs électeurs (nos élus français n’oublient-ils pas souvent ces fondamentaux?). C’est aussi pour eux une façon de réaliser en pratique la « très à la mode » démocratie « participative », dont le Brésil est un des plus fier représentant (notamment à travers les « budgets municipaux participatifs » où tous les citoyens sont invités à collaborer).

Alors, clientélisme ou approfondissement de la démocratie ? Chacun est libre de se faire sa propre opinion. Les Brésiliens eux, ont choisi depuis longtemps.

Publicités

Étiquettes : , , , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :