L’Economie Brésilienne au ralenti : phénomène passager ou reflet structurel ?


On ne tarit pas d’éloges, ces dernières années, sur la bonne santé de l’économie brésilienne. Après la crise de la dette dans les années 1980 et l’instabilité chronique des années 1990 symbolisée par des taux d’inflation phénoménaux, le Brésil surfe, depuis le début des années 2000, sur une vague inédite de croissance et de stabilité, laquelle a permis de financer un large éventail de programmes sociaux.

Le Zénith économique du Brésil

Plusieurs facteurs expliquent le dynamisme de la croissance brésilienne notamment depuis 2005. D’une part  l’augmentation du prix des matières premières – Fer,  Soja, Viande ou Sucre – que le Brésil exporte de façon massive. Les exportations vers la Chine sont ainsi passées de 1 milliard US$ en 2000 à plus de 30 milliards en 2010 ! D’autre part, l’arrivée sur le marché intérieur de 30 millions de nouveaux consommateurs brésiliens « sortis » de la pauvreté (notamment sous l’effet de la multiplication par quatre du salaire minimum, de vastes programmes de redistribution – comme Bolsa Familia – et d’un accès facilité au crédit). Un marché intérieur qui a notamment permis au pays de bien résister au choc financier de 2008 (même si le Brésil n’a pas échappé à une légère récession en 2009). Il faut enfin mentionner l’attractivité du Brésil pour les investisseurs étrangers, et notamment la Chine dont le montant des investissements directs a progressé de 300% entre 2000 et 2010 (Source : IPEA). Ces facteurs et bien d’autres ont permis au Brésil d’atteindre en 2010 une croissance record de +7,5%.

Une Economie résiliante, mais néanmoins fragile

Pourtant, et alors qu’il y a encore quelques mois la Présidente Dilma Rousseff ventait la résilience de son économie, le Brésil semble aujourd’hui marquer le pas, rattrapé par la morosité de l’économie mondiale. Le pays a ainsi connu une croissance nulle au 3 ème trimestre. Ralentissement passager ou phénomène plus structurel ? Les avis divergent, mais un certains nombre de spécialistes mettent en garde le gouvernement contre la tendance actuelle à une « reprimarisation » de l’économie. On entend par reprimarisation le processus qui conduit une économie à prioriser la production et l’exportation de matières premières, au détriment du développement de son Industrie et de ses Services. En Amérique latine, cette tendance est décriée par les économistes comme une forme de « retour en arrière », l’économie des pays sud-américains ayant reposé sur ce modèle durant plus de quatre siècles. Preuve de cette tendance au Brésil, au 3ème trimestre l’Industrie et les Services perdaient respectivement -0,9% et -0,3%, alors que le secteur primaire (agriculture, pêche…) lui progressait de +3,2%. Et si, ces dernières années, la hausse du prix des matières premières a eu un impact largement positif sur la croissance brésilienne, cette reprimarisation de l’économie repose aujourd’hui l’éternelle question de la dépendance du Brésil vis à vis des cours et de la demande du marché mondial, et donc in fine, de sa fragilité.

Le Brésil, éternel optimiste

Mais au Brésil, l’optimisme reste néanmoins de mise. Avec moins de 6% de chômage, des indicateurs sociaux au vert et une marge de manœuvre politique et macroéconomique assez ample, Dilma Rousseff et son gouvernement disposent d’une palette de solutions beaucoup plus large que leurs homologues européens (notamment en matière de taux d’intérêt). Ajoutez à cela l’accueil de la Coupe du Monde 2014 et des Jeux Olympiques en 2016, qui dynamisent d’ors et déjà l’économie, et l’on comprendra aisément pourquoi l’alarmisme n’est pas de mise au pays de la samba. Cet optimisme est aussi et enfin, en partie lié à la découverte et à l’exploitation récente d’énormes réserves de pétrole (voir notre billet sur l’or noir) au large de Rio et de São Paulo… Quand on parle de reprimarisation…

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2 Réponses to “L’Economie Brésilienne au ralenti : phénomène passager ou reflet structurel ?”

  1. Chico François Says:

    Malgré les progrès notoire de l’économie, le problème social au Brésil continue et même se développe. Les chiffres de la criminalité sont en hausse constante.

  2. Francis Says:

    Prudence avec les chiffres. Le taux de chômage de 6% au Brésil n’a que peu à voir avec ce que serait un taux de chômage de 6% dans un pays de l’OCDE. Attention de ne pas comparer des betteraves et des ananas…

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