Archive for janvier 2012

L’épidémie brésilienne du « Crack »

janvier 19, 2012

Le Brésil fait aujourd’hui face à une épidémie, non pas la grippe aviaire ou autres virus H1N1, mais un fléau peut-être plus ravageur  encore, celui du « Crack », cette drogue hautement addictive et très bon marché qui a littéralement envahi le pays depuis une dizaine d’année. Face à cette plaie, qui touche l’ensemble des couches de la population, les pouvoirs publics ont longtemps préféré fermer les yeux sur ce qui apparaissait pourtant comme un enjeu majeur de santé publique. Symbole de cette épidémie incontrôlée, la tristement célèbre « Cracolândia », un quartier désaffecté du vieux centre de São Paulo, envahit par des dizaines de toxicomanes qui vivent, dorment, achètent et vendent de la drogue dans l’impunité la plus totale, et où il n’est pas rare de retrouver des corps inanimés. Au Brésil, certains évaluent à 2 millions de personnes, soit 1% de la population, le nombre de dépendants aux drogues illicites.

Perquisitions de Crack (en Kilos) par la brigade des stupéfiants et par la Police Fédérale – 2006/2009

Alors que le crack continuait à faire des ravages, les hautes sphères de l’Etat brésilien, et notamment les ministères de la Santé et de l’Assistance Sociale se sont longtemps renvoyé la balle, incapables de proposer une véritable politique coordonnée et efficace de traitement du problème. L’absence de réponse de l’Etat a ainsi, comme souvent au Brésil, poussé la société civile à s’organiser spontanément pour tenter d’enrayer l’épidémie, qui au niveau local a des effets dévastateurs (augmentation de la criminalité, retour du narcotrafic, échec scolaire, surpopulation carcérale…).

Alors que les services de Santé publique ne semblaient pas prendre au sérieux ce fléau, ce sont les Eglises, notamment Pentecôtistes et Catholiques « Charistmatiques » (particulièrement populaires auprès des jeunes) qui ont pris les devant. En l’espace d’une dizaine d’année et avec le soutien de milliers de fidèles-volontaires, ces Eglises ont créé dans tout le pays des centaines de Communautés Thérapeutiques, comme les célèbres Fermes de l’Espérance, dont les résultats sont, il faut bien l’avouer, assez probants. D’autant que ces centres religieux n’ont pas pour seul objectif la désintoxication, mais également l’équilibre émotionnel-spirituel et la réinsertion professionnelle des participants. Les professionnels de la Santé, conscient de s’être fait « volé la vedette » dans la lutte contre l’épidémie de crack, accusent ces mouvements de « remplacer le crack par une autre drogue, celle de la foi », et tentent par tous les moyens d’interdire leur prolifération. Il n’en reste pas moins pas des études ont montré que ces entités confessionnelles volontaires réussissaient dans près de 90% des cas et ce à un coût bien moindre que les services de Santé public.

Le Député Fédéral de l’Etat de l’Alagoas, Givaldo Carimbão, prêcheur charismatique (dont l’Eglise-mobile attire des foules immenses chaque Week End) et vice-président du Front Parlementaire contre le Crack à la chambre des députés de Brasilia, qui va d’Etat en Etat convaincre les gouverneurs de collaborer avec ces organisations religieuses, développe l’argumentaire suivant :

« Une prison de 500 personnes coûte plus de 15 millions de R$ chaque année à l’Etat. 90% des détenus le sont pour des raisons liées à la drogue et chacun coûte environ 2.500 R$ mensuel à l’Etat. Avec 500 R$ par mois (cinq fois moins donc), les Communautés Thérapeutiques vous transforment radicalement ces gens en bons citoyens, en 8 à 9 mois avec un taux de réussite à 90%. Comment pensez-vous donc que le gouvernement doit lutter contre cette épidémie ? ». Plutôt convainquant.

Si l’action des Eglises et de la Société civile brésilienne se développe dans la lutte contre le fléau de la drogue, les pouvoirs publics depuis quelques mois semblent se décider à réagir pour reprendre les choses en main. Un Plan National de lutte contre le Crack a été mis en œuvre et prévoit notamment de libérer 500 millions de réais pour le seul Etat de São Paulo d’ici à 2014. Par ailleurs ces dernières semaines, la Police Militaire a pris le contrôle de la cracôlandia en procédant à de nombreuses arrestation musclées, qui n’ont pas manqué de choquer les organisations de la Société Civile et des Droits de l’Homme. La dernière opération en date baptisée « Sufoco », réalisée le 12 janvier dernier, a conduit à plus de 3.400 interpellations.

Parallèlement, le débat sur l’éventuelle légalisation de la drogue au Brésil fait beaucoup de remous. Certains, comme l’ancien Président Fernando Henrique Cardoso, considèrent qu’autoriser la détention de petites quantités de stupéfiants pourraient réduire l’escalade de violence. L’argent investi dans la répression pourrait être investi ailleurs de manière plus efficiente. D’autres, avec à leur tête les organisations religieuses, considèrent que la dépénalisation faciliteraient encore davantage l’accès à cette drogue et rendrait le fléau totalement incontrôlable.

En tout cas, il semble clair pour beaucoup et d’autres expériences à l’étranger l’ont montré, que ce n’est qu’en mutualisant, et non pas en opposant, les efforts des forces en présence que des progrès rééls pourront être accomplis.

Le temps presse car l’épidémie progresse.

Eliott Mourier

Bonus : Pour les lusophones, je recommande l’écoute de ce poignant témoignage d’un ancien toxicomane de la cracôlandia : http://radio.estadao.com.br/audios/audio.php?idGuidSelect=BD1456B567A0481496C131AF4FF3E97C

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Feliz Ano Novo !

janvier 2, 2012

Feliz Ano Novo 2012 à tous nos lecteurs !

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Comme il est de coutume dans les médias en fin d’année, je vous propose un classement des billets les plus consultés du blog. Une occasion pour vous de revenir sur les principaux points de l’actualité brésilienne de 2011.

Les Billets ActuBrésil les plus consultés en 2011 :

Je vous souhaite à tous, encore une fois, une excellente année 2012 sur ActuBrésil, en vous remerciant chaleureusement de votre fidélité !

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Eliott Mourier