Archive for the ‘Économie’ Category

« Ma Maison, Ma Vie » : Le développement urbain du Brésil en questions

novembre 27, 2013

Entre 1960 et 2010, le pourcentage de brésiliens vivant en ville est passé de 45% à près de 85%. Si ce phénomène d’exode rural a été constaté un peu partout dans le monde à différentes époques, le processus d’urbanisation reste encore très dynamique au Brésil, comme le confirme le dernier recensement qui montre qu’entre 2000 et 2010 les villes brésiliennes ont encore accueilli 23 millions d’individus supplémentaires. Cette afflux massif vers les métropoles du pays a rarement été bien géré au cours de l’histoire du pays et est aujourd’hui à l’origine de nombreuses problématiques sociétales, parmi lesquelles celle du logement.

On estime en effet aujourd’hui le déficit de logements au Brésil à près de 6 millions d’unités. Un chiffre considérable auquel le gouvernement de Lula a décidé  de s’attaquer en 2009 en lançant en grande pompe le programme « Ma Maison, Ma Vie » (Minha Casa Minha Vida), lequel prévoit la construction – par le secteur privé – de 3 millions de logements d’ici 2014, avec une aide progressive au financement pour les familles dont le revenu mensuel n’excède pas 5.000 réais (1650 euros environ). En pleine crise économique et à un an des élections présidentielles, Minha Casa Minha Vida devait aussi permettre de redynamiser une économie brésilienne dont la croissance s’essoufflait pour la première fois depuis près d’une décennie.

minha-casa-minha-vida

Aujourd’hui, quatre ans plus tard, le gouvernement de Dilma Rousseff dresse un bilan assez élogieux du programme : 2.8 millions de contrats signés (dont près de 70% précisément dans les zones fortement urbanisée (+100.000 hab)), 177 milliards de réais d’investissements, 1.2 millions de maisons déjà livrées, et une contribution au PIB  de 0,8% en 2012. Pourtant, ce programme fait également l’objet de nombreuses critiques qui questionnent plus largement la pertinence et la durabilité du développement et des politiques d’urbanisation du pays.

En effet, si personne ne remet en question l’impact globalement positif du programme sur la santé du secteur du BTP ou sur l’accessibilité à la propriété pour les classes les plus démunies, de nombreuses critiques se sont élevées contre la qualité des constructions (exécution des travaux douteuse, matériaux bon marché, etc.), leur impact environnemental (la plupart du temps complètement négligé) et surtout leur localisation souvent absurde. Luciana Correa do Lago, chercheuse à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, dénonce ainsi la logique quantitative du programme qui engendre une production d’échelle, uniformisée, « qui finit par relocaliser les familles pauvres dans des périphéries sans aucunes infrastructures, accentuant de fait le phénomène de ségrégation résidentielle ».

minha-casa1900 logements du programme Minha Casa Minha Vida « prêts » à être livrés à Serra Talhada dans l’Etat du Pernambouc

A bien des égards le programme Minha Casa Minha Vida reflète de façon tout à fait symbolique, certes la volonté affichée du gouvernement d’allier « croissance économique » et « inclusion sociale », mais aussi une certaine tendance à la « précipitation », dans un pays où le « développement » se doit aujourd’hui d’être à la hauteur des attentes d’une population de plus en plus exigeante, et d’une communauté internationale qui a déjà les yeux rivés sur le prochain organisateur de la Coupe du Monde et des Jeux Olympiques. Attention toutefois à ne pas confondre vitesse et précipitation…

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Le sommet Rio+20 au secours d’une Amazonie en péril ?

juin 4, 2012

A quelques jours de la tenue de la conférence des Nations Unies Rio+20 sur le Développement durable (20-22 juin), je vous propose la lecture d’un article que j’ai rédigé pour le site d’information Atlantico.

Sous fond de tensions entre le lobby environnementaliste et celui de l’agro-industrie, le Brésil doit jongler entre son souci de faire bonne figure sur le plan écologique et son processus inéluctable de développement économique.

La suite ici…

Les défis du Troisième Secteur

mai 16, 2012

Si l’on connait bien le « premier » secteur – le secteur public-, tout comme le « deuxième » secteur – le secteur privé à but lucratif-, on connait beaucoup moins le « troisième » secteur, qui regroupe lui l’ensemble des entités à but non-lucratif et qui constituent pourtant en Europe comme au Brésil un part tout à fait considérable de l’Économie.

Au Brésil, ce troisième secteur, principalement composé d’associations, de fondations, d’ONG et d’une foule d’autres entités à vocation principalement humanitaire et sociale, compte pas moins de 500.000 organisations enregistrées, lesquelles emploient plus de 2,9 millions de brésiliens (6,7% du marché du travail). Hôpitaux Philanthropiques, Écoles, Crèches, Soupes Populaires, Centres de Formation Professionnelle, de Recherche d’Emploi, ou encore de Traitement de la Dépendance pour les Toxicomanes, tous les domaines de la vie sociale et économique des brésiliens sont investis par ces entités à but non-lucratif.

Dans un pays comme le Brésil où les services publics ne sont souvent pas à la hauteur ou tout simplement inaccessibles à certaines populations reculées (Amazonie) ou marginalisées (habitants de favelas); et où l’offre de service privée est le plus souvent inaccessible aux plus démunis; l’oeuvre réalisée par ces organisations volontaires et leurs bénévoles est perçue comme indispensable.

Une enquête IBOPE de 2011 montre que 25% des brésiliens déclarent être ou avoir été dans le passé « volontaire » dans l’une de ces organisations du troisième secteur. Autrefois plutôt le fait des classes aisées et éduquées, le volontariat tend à se démocratiser ces dernières années. L’étude montre aussi que 49% des volontaires le sont dans des institutions « religieuses », ce qui montre à la fois la nature très « confessionnelle » du troisième secteur brésilien et la prégnance des motivations religieuses aux yeux des bénévoles. Les orphelinats et abris pour adolescents du système public sont ainsi par exemple gérés pour 70% d’entre eux, par des structures confessionnelles (IPEA).

Mais il est bien loin le temps où le Brésil constituait l’une des principales destinations de la générosité de donateurs du Nord, et aujourd’hui, nombre de ces organisations font face à de sérieux problèmes de financement. De plus, les Brésiliens, pourtant réputés pour leur main sur le coeur, ne sont pas très coutumiers des dons aux organismes volontaires (il faut dire que les incitations de l’Etat sont minimes de ce point de vue). Certaines parviennent toutefois à tirer leur épingle du jeu en obtenant des partenariats avec les pouvoirs publics. Particulièrement contraignants, puisque les organisations volontaires doivent dès lors se conformer à un cadre technique et légal particulièrement complexe (qui implique des rénovations de bâtiments, l’embauche de professionnels etc.), ces partenariats ne constituent pourtant pas toujours le remède financier espéré. La participation des pouvoirs publics étant souvent, au final, moindre que promise et presque systématiquement sujette à des retards très préjudiciables pour ces organismes. Les volontaires n’ayant alors plus d’autres options que de mettre la main à la poche ou bien la clé sous le paillasson.

Si l’Etat brésilien reconnait l’importance et la nécessité de l’oeuvre du troisième secteur, il reste réticent à l’idée de le financer, du fait d’un certain climat de suspicion engendré par quelques scandales d’ONG fantoches ayant détourné, encore tout récemment, des millions de réals des caisses publiques. Mais si la « Filoutropie » est une réalité, elle ne doit pas être confondue avec le vaste univers  de la « Philanthropie » et du volontariat, une force à promouvoir et sans laquelle le Brésil ne serait certainement pas ce qu’il est aujourd’hui.

Maintenant, c’est Dilma !

avril 5, 2012

On attendait ces jours-ci les résultats de la dernière enquête d’opinion concernant la popularité de la Présidente Dilma Rousseff, après un peu moins d’un an et demi au pouvoir de la 6ème puissance mondiale. Force est de constater qu’avec 77% d’opinions favorables, la présidente brésilienne n’en finit plus de gagner le cœur  des brésiliens et de faire oublier son prédécesseur et mentor, Lula, tout juste remis de son cancer et qui vient d’annoncer son retour en politique.

Cette enquête CNI/Ibope conduite mi-mars affiche une progression de +5 points et place Dilma dans une position particulièrement confortable. En effet, comme nous l’expliquions dans un billet précédent, la politique d’intolérance à la corruption conduite par la présidente et qui a coûté la tête de 7 de ses ministres en l’espace de 6 mois, a selon toute vraisemblance était plébiscitée par la population. En effet, celle-ci loin de voir dans ces évènements la preuve d’un gouvernement corrompu, a préféré y voir une présidente à la main de fer, intègre et fidèle à sa réputation de gestionnaire efficace.

Mais cette popularité n’est pas seulement due à sa lutte contre la corruption. En effet, le ralentissement de l’économie brésilienne constaté ces derniers mois laissait présager une baisse des opinions favorables, mais il n’en est rien. Pourquoi ? Certainement du fait de la capacité de Dilma a proposer des mesures « choc »,  comme l’injection de près de 50 milliards de réals (plus de 20 milliards d’euros), proposée il y a quelques jours par le gouvernement pour dynamiser une industrie brésilienne en berne. Un interventionnisme dont Dilma a su faire bon usage et qui semble aujourd’hui faire l’unanimité.

Mais si Dilma est plébiscitée pour son action économique, dans la luttre contre la pauvreté ou pour l’emploi, elle l’est beaucoup moins concernant la santé publique, l’insécurité ou l’imposition, ce qui invalide l’hypothèse de certains analystes selon laquelle cette popularité donnerait à la présidente davantage de « pouvoir d’imposition ». Dilma reste attendue sur ces thématiques qui préoccupent les brésiliens, tout comme sur le bon déroulement de la Coupe du Monde 2014 qui aura lieu quelques mois avant les prochaines présidentielles.

Il n’en reste pas moins qu’avec 77% d’opinions favorables, Dilma apparaît de plus en plus comme une sérieuse candidate à sa propre réélection en 2014, quand tout le monde s’accordait à dire, au début de son mandat, qu’elle n’assurerait qu’une intérim avant le retour triomphal de Lula quatre ans plus tard. Si sa popularité se maintient comme c’est le cas depuis un an et demi maintenant, cette affiche de campagne montrant Dilma aux côtés de Lula aura vu juste : « Agora é Dilma » ! (Maintenant, c’est Dilma !).

Père Marcelo Rossi, « rock-star » chrétienne et symbole du renouveau catholique au Brésil

février 2, 2012

Chers lecteurs,

Je vous propose cette semaine d’innover un peu. Contacté par un journaliste du Monde pour contribuer à un article (paru dans le supplément « Géo & Politique » des 18 et 19 décembre 2011) sur ce personnage hors-normes qu’est le Père Marcelo Rossi, j’ai eu l’occasion de répondre à un long questionnaire, dont l’article ne reprend bien sûr que très peu d’éléments. Je trouvais dommage de ne pas en faire profiter tout le monde. Je vous propose donc, en guise de billet, l’intégralité de cet entretien pour vous permettre de découvrir cette figure, symbole d’un Brésil où la religion fait preuve d’autant de dynamisme que d’originalité.

Bonne lecture.

E.M.

Comment le qualifier, selon vous ?

Au Brésil, Padre Marcelo Rossi est une véritable “rock star” religieuse. Ce prêtre catholique de 44 ans, ancien professeur d’éducation physique, est devenu en une dizaine d’année un véritable phénomène populaire dans un Brésil qui reste, rappelons-le, le premier pays catholique au monde avec environ 130 millions de fidèles. Cet homme d’église, chanteur-écrivain à succès, a ainsi vendu près de 12 millions d’albums et son dernier livre, Agape, est en tête de ventes depuis plus d’un an maintenant.

 

Dans quelle tradition s’inscrit-il ? quels sont et seraient ses pères brésiliens ?

Bien sûr, cette double casquette d’ecclésiastique et de chanteur gospel peut surprendre, surtout dans l’Église catholique. Mais il faut préciser que le Père Marcelo Rossi s’inscrit dans le courant du “renouveau charismatique” catholique (Renovação Carismática Católica en portugais). Un courant apparu aux Etats-Unis à la suite du concile Vatican II dans les années 1960, et qui se développa à partir des années 1970 au Brésil, formant de fait une sorte de contrepoids à l’émergence fulgurante du pentecôtisme qui venait sérieusement concurrencer un monopole catholique, jusqu’alors relativement bien préservé. Au sein de l’Église catholique, le courant charismatique, vraisemblablement né à Campinas dans la banlieue de São Paulo avec deux figures emblématiques, les Pères Haroldo Joseph Rham et Eduardo Dougherty, met ainsi davantage l’accent sur les manifestations du Saint-Esprit, la possession de dons spirituels (comme le don des langues – glossolalie – ou de guérison) et la participation active des fidèles au culte, notamment à travers des chants et de la danse particulièrement rythmés. Une liturgie qui tranche fortement avec le cérémoniel traditionnel recommandé par le Vatican, mais qui semble mieux correspondre à la culture multiethnique du Brésil. C’est à ce titre qu’on qualifie parfois le mouvement charismatique catholique de « pentecôtisation » du catholicisme.

Politiquement, s’il fallait lui donner une couleur ou une orientation, où peut-on le situer ?

C’est une des particularités des paysage politique brésilien, dans ce pays, l’Eglise catholique est, depuis le durcissement de la dictature (1964-1985) et le progressif retour à la démocratie, historiquement plus proche de la gauche et notamment du Parti des Travailleurs (PT) actuellement au pouvoir. Le PT s’est ainsi largement appuyé lors de sa création et de son développement sur l’aile progressiste du catholicisme brésilien, qui dans l’esprit de la théologie de la libération, avait privilégié « l’option pour les pauvres », en créant notamment de nombreuses et très populaires « pastorales sociales ». Pastorales dont de nombreux dirigeants du PT étaient et sont aujourd’hui issus. Mais cette proximité n’a pas empêché la Conférence Nationale des Évêque Brésiliens, la très influente CNBB, d’exprimer son mécontentement lorsque les gouvernements de Lula ou de Dilma Rousseff ont laissé sous-entendre qu’ils pourraient légiférer sur des questions morales sensibles comme l’avortement ou le mariage homosexuel.

 

Des milliers de fidèles assistent à ses messes, une méga église de 100 000 places est en construction à São Paulo, ses livres se vendent plus que ceux de Paulo Coelho : comment expliquez-vous un tel succès ?

 Pour comprendre l’ampleur de ces phénomènes (car le Père Marcelo n’est pas au Brésil une exception, loin de là) et leur immense popularité il faut les replacer dans leur contexte. Le Brésil, même s’il a connu une très forte croissante économique ces dix dernières années, permettant à plus de 30 millions de brésiliens de sortir de la pauvreté pour accéder à la consommation, n’a pas pour autant perdu sa religiosité si caractéristique. Et si en Europe l’amélioration des conditions de vie s’est souvent traduite par une déchristianisation de sa population, le Brésil lui empreinte une voie bien différente. Ainsi en 2007 une enquête Datafolha montrait que 97% des brésiliens affirment croire en Dieu et que 90% d’entre eux assistent régulièrement à leurs services religieux. La religiosité (en tant qu’identité, activité et pratique religieuses) imprègne toujours autant la vie quotidienne des brésiliens, et cela, semble-t-il, indépendamment de l’amélioration de leur condition économique.

Mais au-delà de ce contexte culturellement et religieusement favorable à l’émergence de ces figures religieuses populaires, la capacité des mouvements religieux brésiliens à se moderniser, notamment avec l’utilisation des nouvelles technologies et des moyens de communications, leur a permis de « rester dans le coup » d’une certaine manière, notamment auprès des jeunes pour lesquels ces églises ont su adapter leur fonctionnement.

A bien des égards, le Père Marcelo Rossi symbolise cette nouvelle sphère religieuse, toujours attachée à des valeurs traditionnelles qu’elle continue de défendre, mais capable de se moderniser, d’ offrir, pour reprendre la métaphore du « marché religieux », une « offre » adaptée à sa « clientèle ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que celle-ci semble très réceptive à ce genre d’offre.

 

Les dernières études révèlent au Brésil une grande mobilité entre les différentes églises et chapelles : l’avenir de l’église catholique brésilienne passe-t-elle par un « modèle » Padre Marcelo ?

 Cette « mobilité » religieuse a deux composantes. D’une part les conversions, où un individu décide de s’affilier à une nouvelle entité religieuse, renonçant ainsi à son affiliation (ou à son absence d’affiliation) passée. La moitié des brésiliens pentecôtistes sont ainsi des convertis, principalement des déçus du catholicisme traditionnel. Et d’autre part, le phénomène assez répandu au Brésil de « multiaffiliation » religieuse. Ainsi, 17% des brésiliens affirment assister fréquemment aux services religieux de plus d’une confession. Le catholicisme est particulièrement touché par ces deux tendances de fond.

Les méthodes originales employées par le Père Marcelo et plus largement par le renouveau charismatique sont peut-être de nature à ralentir la « décatholicisation » du pays (il y avait 90% de catholiques en 1980, ils ne seraient plus que 68% en 2009), mais c’est évidemment très difficile à évaluer.

Couverture du livre à succès « Ágape » de Pe Marcelo Rossi

Des livres, des CDs musicaux, des films, mais pas de chaîne de télévision… qu’en dites-vous ?

Le recours au médias de masse est un enjeux d’une extrême importance pour les Églises brésiliennes. Plusieurs d’entre-elles sont même parvenues à obtenir leurs propres chaines de télévision. L’exemple le plus flagrant est celui de l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu, souvent qualifié à raison de « multinationale du religieux ». Cette église néopentecôtiste fondée en 1977 et qui pourrait compter jusqu’à 8 millions d’adeptes, est ainsi propriétaire du deuxième groupe télévisé du pays, TV Record.

L’Eglise catholique, qui dispose depuis bien longtemps de programmes nationaux sur des grandes chaînes, a là aussi pris de retard sur ses « concurrentes » évangéliques. Mais un retard que le renouveau charismatique, notamment à travers son courant « Canção Nova »,  est entrain de combler.

 

Quel avenir pour ce « phénomène »  du mouvement charismatique au Brésil en général ?

Le renouveau charismatique a clairement, tout comme ses homologues pentecôtistes, une vocation prosélyte, dont le dynamisme semble annoncer un futur plutôt radieux. Une mission évangélisatrice particulièrement populaire auprès des jeunes. Le mouvement développe en effet de nombreux programmes sociaux à destination des adolescents et des jeunes adultes (centres de désintoxication, programmes de réinsertion sociale pour jeunes délinquants etc.) qui renforcent sa présence auprès des cette population hautement stratégique.

Mais l’avenir du mouvement charismatique dépend également de l’évolution future de son rapport avec l’Eglise centrale et notamment le Vatican. Car si le Pape Benoît XVI a multiplié les gestes en direction de ce courant, en donnant notamment au Padre Marcelo Rossi en 2009 le Prix Van Thuan – Solidarité et Développement du Conseil Pontifical Justice et Paix, il n’en reste pas moins que le Saint-Siège considère aujourd’hui avec une certaine méfiance cette « pentecôtisation » du catholicisme.

 

Eliott Mourier

L’Economie Brésilienne au ralenti : phénomène passager ou reflet structurel ?

décembre 15, 2011

On ne tarit pas d’éloges, ces dernières années, sur la bonne santé de l’économie brésilienne. Après la crise de la dette dans les années 1980 et l’instabilité chronique des années 1990 symbolisée par des taux d’inflation phénoménaux, le Brésil surfe, depuis le début des années 2000, sur une vague inédite de croissance et de stabilité, laquelle a permis de financer un large éventail de programmes sociaux.

Le Zénith économique du Brésil

Plusieurs facteurs expliquent le dynamisme de la croissance brésilienne notamment depuis 2005. D’une part  l’augmentation du prix des matières premières – Fer,  Soja, Viande ou Sucre – que le Brésil exporte de façon massive. Les exportations vers la Chine sont ainsi passées de 1 milliard US$ en 2000 à plus de 30 milliards en 2010 ! D’autre part, l’arrivée sur le marché intérieur de 30 millions de nouveaux consommateurs brésiliens « sortis » de la pauvreté (notamment sous l’effet de la multiplication par quatre du salaire minimum, de vastes programmes de redistribution – comme Bolsa Familia – et d’un accès facilité au crédit). Un marché intérieur qui a notamment permis au pays de bien résister au choc financier de 2008 (même si le Brésil n’a pas échappé à une légère récession en 2009). Il faut enfin mentionner l’attractivité du Brésil pour les investisseurs étrangers, et notamment la Chine dont le montant des investissements directs a progressé de 300% entre 2000 et 2010 (Source : IPEA). Ces facteurs et bien d’autres ont permis au Brésil d’atteindre en 2010 une croissance record de +7,5%.

Une Economie résiliante, mais néanmoins fragile

Pourtant, et alors qu’il y a encore quelques mois la Présidente Dilma Rousseff ventait la résilience de son économie, le Brésil semble aujourd’hui marquer le pas, rattrapé par la morosité de l’économie mondiale. Le pays a ainsi connu une croissance nulle au 3 ème trimestre. Ralentissement passager ou phénomène plus structurel ? Les avis divergent, mais un certains nombre de spécialistes mettent en garde le gouvernement contre la tendance actuelle à une « reprimarisation » de l’économie. On entend par reprimarisation le processus qui conduit une économie à prioriser la production et l’exportation de matières premières, au détriment du développement de son Industrie et de ses Services. En Amérique latine, cette tendance est décriée par les économistes comme une forme de « retour en arrière », l’économie des pays sud-américains ayant reposé sur ce modèle durant plus de quatre siècles. Preuve de cette tendance au Brésil, au 3ème trimestre l’Industrie et les Services perdaient respectivement -0,9% et -0,3%, alors que le secteur primaire (agriculture, pêche…) lui progressait de +3,2%. Et si, ces dernières années, la hausse du prix des matières premières a eu un impact largement positif sur la croissance brésilienne, cette reprimarisation de l’économie repose aujourd’hui l’éternelle question de la dépendance du Brésil vis à vis des cours et de la demande du marché mondial, et donc in fine, de sa fragilité.

Le Brésil, éternel optimiste

Mais au Brésil, l’optimisme reste néanmoins de mise. Avec moins de 6% de chômage, des indicateurs sociaux au vert et une marge de manœuvre politique et macroéconomique assez ample, Dilma Rousseff et son gouvernement disposent d’une palette de solutions beaucoup plus large que leurs homologues européens (notamment en matière de taux d’intérêt). Ajoutez à cela l’accueil de la Coupe du Monde 2014 et des Jeux Olympiques en 2016, qui dynamisent d’ors et déjà l’économie, et l’on comprendra aisément pourquoi l’alarmisme n’est pas de mise au pays de la samba. Cet optimisme est aussi et enfin, en partie lié à la découverte et à l’exploitation récente d’énormes réserves de pétrole (voir notre billet sur l’or noir) au large de Rio et de São Paulo… Quand on parle de reprimarisation…

Les « Amendements » au Budget Fédéral : Une question délicate

octobre 19, 2011

C’est une des spécificités de la politique brésilienne: chaque année, les sénateurs et députés fédéraux (élus au niveau national donc), disposent tous d’un droit d’amendement au budget fédéral (on parle en portugais d’emendas parlamentares). Très concrètement, ce mécanisme permet aux élus de réorienter certaines dépenses, et de disposer de fonds publics importants, notamment afin de réaliser des projets jugés prioritaires dans leurs circonscriptions respectives. En 2011, le montant alloué à chaque parlementaire s’élève à environ 13 millions de réals (5,7 millions d’euros). Considérée comme emblématique d’une démocratie plus « directe », voulue par l’ensemble de la classe politique brésilienne, le poids des emendas n’a cessé de s’accroître ces 6 dernières années. Il représente en 2011 environ 6 milliards de réals (2,6 milliards d’euros) dans le budget fédéral brésilien.

Du coup, dans leurs fiefs respectifs les parlementaires sont, chaque année, les cibles d’une multitude de propositions en tout genre, chacun voyant dans cette manne l’occasion rêvée de réaliser ses projets, en échange d’un simple appui politique. Construction d’écoles, d’hôpitaux ou de routes, ou encore réalisation de projets sociaux d’ONG ou de fondations diverses, les potentiels bénéficiaires ne manquent pas. Pour les élus, c’est à la fois une manière de démontrer publiquement leur capacité à agir concrètement dans la vie de leurs concitoyens, mais c’est également pour eux une occasion unique de s’attirer les faveurs de personnalités et d’organisations influentes dans leur région, susceptibles de les aider à renforcer leur base électorale. Comme nous le remarquions dans un billet précédent sur le lobbying, la différence est parfois fine au Brésil entre « démocratie directe » et « clientélisme ».

Mais plus problématique encore, ces emendas sont régulièrement citées dans les diverses affaires de corruption qui minent le pays, et qui ont récemment abouti à la démission de quatre ministres (un cinquième, Orlanda Silva, ministre des sports pourrait en faire également les frais dans les tous prochains jours). On ne compte plus en effet le nombre d’affaires où des parlementaires se sont vus accusés de financer par ce biais des ONG fantoches, liées à leurs partis ou à leurs intérêts personnels. Comme ce fût le cas en 2006 avec l’affaire de la « mafia des ambulances », où des fonds octroyés à des municipes pour améliorer les infrastructures sanitaires via emendas, servaient en fait à enrichir les parlementaires impliqués.

Il n’est donc pas étonnant que de nombreuses mesures de contrôle et de transparence aient été imposées à ces mécanismes (voir par exemple le site suivant mis en place par le Sénat). De leurs côté, les parlementaires se plaignent de ne jamais pouvoir véritablement utiliser, dans la pratique, la totalité de fonds qui leur sont théoriquement alloués par la loi. Car en définitive, c’est le pouvoir exécutif qui s’assure de la bonne réalisation du Budget fédéral. Mais n’est-ce pas ainsi une manière d’éviter les dérives ?

Malgré tout, cette mesure demeure très populaire car elle sert aussi beaucoup de nobles causes, il faut le souligner. Et ce, souvent avec plus de rapidité que la lente bureaucratie des institutions publiques. Divers projets de loi ont d’ailleurs été déposés pour faire passer l’allocation de chaque parlementaire de 13 à 15 voire même 20 millions de réals, sans que cela provoque le moindre remous. De son côté, l’exécutif qui se voit ainsi « dépossédé », tente régulièrement d’en réduire l’importance, mais sans grand succès. Le montant des emendas a ainsi progressé de 370% depuis 2005 quand l’inflation elle, n’a augmenté « que » de 34%.

Pas sûr néanmoins que le mécanisme des emendas reste longtemps en l’état. Car avec la guerre féroce que mène actuellement la Présidente Dilma Rousseff contre la corruption, il ne serait pas étonnant de voire prochainement ce système d’emendas, si souvent mis en cause lorsqu’il s’agit de scandales de corruption au Brésilréformé en profondeur. Une chose est sûre, au Brésil, démocratie « directe » et lutte contre la corruption ne font pas toujours bon ménage.

A Mille Jours de la Coupe…

octobre 5, 2011

Dans un peu moins de mille jours le Brésil, la terre de Futebol par excellence, accueillera pour la deuxième fois de son histoire, la Coupe du Monde de Football. Si la première édition s’était soldée par un échec retentissant en finale contre le petit voisin Uruguayen, dans son stade mythique de Rio: le Maracanã, créé pour l’occasion, le Brésil espère que l’édition 2014 lui sourira davantage. Pourtant, la réalisation de cet évènement planétaire pose d’ors et déjà un certains nombre de problèmes et défis de taille à la nation auriverde, et nous ne parlons pas ici que du jeu de son équipe (lui aussi source de grands défis actuellement!).

Le grand défi des Infrastructures

Parlons des stades tout d’abord. Comme pour tout évènement sportif de cette ampleur, la création ou la rénovation des stades dans les délais est toujours source de problèmes et de multiples pressions intérieures aussi bien qu’extérieures. Lorsque la FIFA annonce en octobre 2007 que le Brésil accueillera l’évènement en 2014, la totalité des 12 villes hôtes ne disposent pas, en réalité, de stades conformes. Elles vont ainsi toutes devoir, soit entièrement rénover leurs infrastructures (pour 6 d’entre eux, comme le Maracanã de Rio qui date, nous l’avons dit, de 1950), soit les monter de toute pièce (c’est le cas des 6 autres, comme à Brasilia, Manaus en Amazonie ou à São Paulo)! Pour rassurer la FIFA et les journalistes du monde entier, la Présidente Dilma Rousseff, fait régulièrement des déclarations assurant que les travaux avancent et que tout sera prêt dans les temps. Rarement a-t-on vu un Chef d’Etat si engagé sur le sujet. Dans un souci de transparence, le site internet officiel de la Coupe 2014 affiche d’ailleurs en temps réel l’avancement des travaux en distribuant des cartons jaunes ou rouge lorsque les travaux d’un stade prennent du retard (http://www.copa2014.org.br/andamento-obras/). Des retards notamment dus à une série de grèves sur plusieurs chantiers comme celui du Maracanã justement ou du Stade Mineirão de Belo Horizonte.

L’autre grande polémique liée aux stades est celle du coût des travaux, régulièrement réévalué à la hausse et que beaucoup jugent démesuré; ce qui alimente bien évidemment les soupçons de corruption. Ainsi, le nouveau stade Itaquerão de São Paulo, qui servira ensuite à l’équipe paulista du Corinthians coutera 920 millions de réals (400 millions d’euros) pour 65.000 places. Les journalistes n’ont pas manqué de faire remarquer que c’était près de quatre fois le prix du nouveau stade de la Juventus de Turin inauguré en Septembre (105 millions d’euros pour 41.000 places) !

L’autre grand chantier de la préparation de cette coupe du monde est le transport aérien. La plupart des aéroports brésiliens ont en effet été construits avant la fin de la seconde guerre mondiale et sont souvent montrés du doigt, d’une part pour leur capacité limité (plusieurs d’entre eux sont déjà saturés en 2011 alors que le trafic aérien ne cesse d’augmenter), et d’autre part pour leur état assez vétuste et indigne du rang de 7ème puissance économique mondiale. Là aussi, les travaux à réaliser sont colossaux et leur avancée préoccupe les spécialistes.

Une « Loi Générale » pour  la Coupe du Monde 2014

Alors pour s’assurer de la bonne avancée des travaux et pour motiver les investissements publics et privés, le gouvernement brésilien cherche actuellement à faire voter une Loi Générale de la Coupe du Monde 2014. Celle-ci offrira donc un certain nombre d’exemptions d’impôts et de charges fiscales aux entreprises engagées, mais elle fixera aussi les grandes règles du déroulement de l’évènement en permettant par exemple aux villes-hôtes de déclarer férié les jours de matchs. Toutefois, en cherchant aussi à encadrer la répartition des droits TVs (qui atteignent des sommes astronomiques), ce projet de loi actuellement en discussion au congrès, s’est attiré les foudres d’une FIFA avare de son bien. Dilma Rousseff et son ministre des sports Orlando Silva étaient justement en Europe cette semaine pour tenter, entre autre, de désamorcer la polémique auprès de l’institution reine du football mondial.
On le voit donc, l’organisation de cette Coupe du Monde, que les brésiliens attendent bien évidemment avec impatience, est parsemée d’embûches et de nombreux défis. Mais c’est aussi pour le Brésil une occasion unique (avec les Jeux Olympiques de Rio en 2016) de montrer au Monde les progrès incontestables qu’a réalisé cette grande nation ces dernières décennies. Toutefois, ne nous méprenons pas, cette Coupe du Monde, au delà de toutes ses retombées économiques et médiatiques, ne sera un succès que si la Selecção (nom de l’équipe nationale) parvient à laver l’affront de 1950 en reprenant, à la maison, ce Graal qui lui échappe depuis 2002 !

Les enjeux du « Nouveau Code Forestier »

septembre 22, 2011

En 1992 avait lieu à Rio de Janeiro le « Sommet de la Terre », une conférence mondiale qui allait marquer le début d’une véritable mobilisation des Nations Unies sur les questions d’environnement. L’an prochain, pour célébrer les vingt ans de cette conférence à succès, les Nations Unies se retrouveront une fois de plus dans la capitale carioca et le monde aura de nouveau les yeux rivés sur un Brésil qui, bon gré mal gré, symbolise ce « monde vert » que l’ONU appelle de ses vœux.

C’est dans ce contexte qu’est actuellement discuté au parlement brésilien un nouveau « code forestier » (en portugais código florestal), sujet de nombreuses de polémiques que nous nous proposons de présenter ici brièvement.

Créé en 1934, puis révisé une première fois en 1965 ce code fixe les directives nationales en matière de zones naturelles protégées (ce qui actuellement est le cas pour 80% de la forêt amazonienne), de lutte contre la déforestation, ou encore de préservation de la biodiversité. Mais si les directives imposées par le code sont particulièrement ambitieuses, son application véritable ne date en réalité que d’une quinzaine d’années. Auparavant, les grands exploitants agricoles n’étaient pas réellement contraints par cette législation et opéraient selon leur bon vouloir, au grand dam des milieux écologistes. C’est ainsi que dans les années 1990, en moyenne 20.000 km carrés de forêts (avec un record de 29.000 en1995, soit quasiment l’équivalent de la Belgique!) étaient annuellement détruits pour servir de prés pour le bétail ou pour de nouvelles cultures particulièrement rentables comme le soja.

Avec ses 5,5 millions de Km² (soit 10 fois la superficie de la France), l’Amazonie est considérée comme le « poumon vert » de la Planète…

Mais depuis le début des années 2000, la donne a changé et le code forestier, longtemps laissé de côté a commencé à être plus rigoureusement appliqué (la superficie déforestée chaque année à ainsi été réduite par trois), pour le plus grand regret des exploitants agricoles. Mais ainsi lésés, ces derniers n’allaient pas tarder à riposter en proposant un nouveau code, plus à leur avantage. C’est cette proposition de loi qui circule actuellement au parlement brésilien et qui suscite de vives controverses entre partisans d’une agriculture intensive et défenseurs d’une économie « verte ».

Car ce projet, qui prévoit notamment de réduire la superficie des zones protégées (de 80% à 50% de la forêt), est considéré par les écologistes comme une véritable « loi d’amnistie des crimes environnementaux », susceptible de faire resurgir le sentiment d’impunité qui prévalait auparavant. L’observatoire du climat estime lui que l’adoption de ce code forestier « pro-agrobusiness » (défendu par les gros producteurs, mais aussi par les petits exploitants qui constituent ce que l’on appelle au Brésil l’agriculture familiale et qui luttent pour la réforme agraire), causerait des dommages irréversibles avec une augmentation sans précédent des émissions de gaz à effet de serre. D’autres experts considèrent que ce nouveau code engendrera une recrudescence de l’occupation des zones à risques, susceptibles de subir des glissements de terrains meurtriers comme lors de la catastrophe de Térésopolis, qui en janvier 2011 près de Rio justement, provoqua la mort de 548 personnes.

Si la législation environnementale brésilienne est aujourd’hui considérée comme l’une des plus avancées et des plus audacieuses dans le monde, son avenir semble aujourd’hui plus compromis que jamais. De fait, et alors que le vote de ce nouveau code forestier doit avoir lieu dans les tout prochains jours, la lutte entre « Production » et « Préservation » pourrait bien tourner à l’avantage du premier. De mauvaise augure pour le prochain « Sommet de la Terre »…

Corruption, l’affaire de tous

septembre 6, 2011

Au Brésil, il ne se passe pas une semaine sans que les médias ne révèlent un nouveau scandale de corruption. Ces dernières semaines n’ont pas fait exception à la règle et la présidente Dilma Rousseff a été contrainte de demander la démission de trois de ses ministres, mouillés dans des affaires pour le moins suspectes. Pour anticiper les attaques de l’opposition, la Présidente a  choisi de se montrer intransigeante envers tout soupçon de fraude effectuant ainsi, au sein de son gouvernement, ce que la presse appelle une « faxina » (un grand nettoyage) afin de garder la face et d’éviter la crise politique, tout comme Lula avant elle lors du fameux « mensalão » de 2005 (un scandale de corruption qui impliqua de nombreux membres du parti et du gouvernement de l’ex-président, mais dont celui sorti indemne).

La corruption au Brésil, un mal « endémique » ?

On a parfois entendu dire au Brésil que la corruption était un phénomène « endémique ». On fait ainsi souvent référence au « jeitinho » brésilien, ces petites « combines » quotidiennes presque culturelles, qui permettent à nombre de brésiliens tout simplement de s’en sortir. A plus grande échelle, le détournement des deniers publics, véritable « sport national » affecte tristement toutes les strates de l’Etat, du secteur privé et même du secteur « volontaire » (les organisations à but non lucratif) et ce, depuis la colonisation portugaise. Aujourd’hui, avec les projets pharaoniques lancés pour la Coupe du Monde 2014 et les Jeux Olypiques de Rio en 2016, la tentation est plus grande que jamais. On estime, en effet que chaque année, la corruption coûte au pays entre 40 et 70 milliards de réals soit environ les budgets annuels cumulés de la Santé (18,7 milliards) et de l’Education (32 milliards)  (voir l’étude de la Fondation des Industries de l’état de São Paulo) ! Un mal qui plombe à la fois la croissance, la compétitivité et l’offre de services et d’aides publiques à la population de cette grande nation.

Mais il faut le souligner, ces dernières années le Brésil a entamé une véritable révolution afin d’en finir avec cette image des plus néfastes. Nous sommes d’ailleurs à la veille d’une vaste opération dénommée « Manifeste contre la Corruption » qui prévoit le déploiement demain, mercredi 7 septembre, jour de fête nationale, d’une multitude de manifestation dans tous le pays pour protester contre le fléau de la corruption, et dont la vague déferle en ce moment même sur les réseaux sociaux du pays. Une « guerre » contre la corruption se décline aujourd’hui en trois axes principaux, impliquant l’ensemble de la société : le développement d’une culture de la transparence, l’augmentation des peines de justice à l’encontre des pratiques frauduleuses et l’émergence d’un contrôle social direct de la société civile. Ajoutons aussi que depuis une dizaine d’années, les institutions de contrôle fédérales (Tribunal de Contas, Controladoria Geral da União et Ministerio Público Federal) ont vu leurs compétences élargies et renforcées, et que sur le plan local, des structures étatiques et municipales se sont multipliées, permettant un maillage bien plus fin du territoire. Avec Lula au pouvoir, cet homme venu d’en-bas et ayant passé sa vie de syndicaliste à lutter contre l’exploitation du peuple et la fraude de ses dirigeants, l’espoir d’un Brésil « propre » semblait renaître en ce début de XXIème siècle. Un mythe que Dilma Rousseff, la fonctionnaire efficace toujours jusque là éloignée des luttes politiciennes et électorales (son mandat de Présidente est son premier et seul mandat d’élue), cherche aujourd’hui à perpétuer.

 De la culture « transparence » au contrôle social

Il est en effet intéressant de noter qu’aujourd’hui le mot « transparence » est sur toutes les lèvres au Brésil. Plusieurs campagnes nationales ont en effet cherché ces dernières années à promouvoir une culture brésilienne de la transparence. Cette culture s’est notamment développée parallèlement aux nombreuses initiatives de démocratie participative (dont les fameux budgets participatifs sont le meilleurs exemple) que l’on retrouve aux quatre coins du pays. Il semble logique que si la société civile participe à l’élaboration, la réalisation et le suivi d’un budget municipal, celui-ci deviendra par nature plus transparent et moins susceptible de faire l’objet de magouilles diverses. C’est en tout cas ce le message que le gouvernement affiche. Celui-ci a d’ailleurs réalisé une véritable prouesse technique en mettant sur le net, à disposition de tous, un « Portail de Transparence » sur lequel il est possible de passer en revue toutes les dépenses et recettes publiques de l’Etat Fédéral, mais aussi tous les transferts de fonds de l’Union vers les 27 états fédérés et vers les 5.565 municipalités du pays!

Actuellement, les organes de contrôle mentionnés plus haut travaillent aussi à développer une conscience citoyenne du « contrôle social ». Ce principe selon lequel tout citoyen ou groupe de citoyens (associations, écoles, églises…), témoin d’une fraude quelconque impliquant des deniers publics, peut lui même en quelques clics dénoncer la pratique en question, ou menacer le fautif de prévenir les institutions compétentes pour le dissuader d’agir. La Controladoria Geral da União (CGU), équivalent de notre Cour des Comptes, procède ainsi depuis quelques mois à des formations de sensibilisation au sein des associations, des entreprises et même  des églises, visant à faire des citoyens de véritables agents de contrôle locaux. Car en réalité, le principal problème des organes comme la CGU brésilienne, c’est leur manque de personnel. Avec 3.000 fonctionnaires la CGU n’a absolument pas de quoi vérifier l’ensemble des comptes du pays. Lors de leurs formations, les agents de la CGU ne manquent pas de rappeler que pour atteindre le niveau de contrôle du Danemark, il leur faudrait 150.000 agents supplémentaires ce qui coûterait, rien qu’en salaire, aussi cher que la corruption elle-même ! La solution donc, semble donc être ce contrôle social effectuer volontairement par tous.

Le faible pouvoir dissuasif des peines, un problème structurel

Mais si ces avancées sont notables et pourraient avoir un véritable impact à moyen terme, deux problèmes de fond persistent, celui de l’impunité que nous mentionnions déjà dans notre billet précédent sur la violence et celui de la faiblesses des peines encourues pour ce type de délit. On entend souvent dire là-bas qu’il n’y a pas au Brésil plus de corruption qu’en Europe par exemple, mais qu’en Europe un politicien condamné pour corruption verra sa carrière se terminer sous les barreaux, tandis qu’au Brésil, le politicien frauduleux lui, ne craint au final pas grand chose. Pour remédier à cette triste réalité, le Sénateur et ancien Gouverneur du District Fédéral, Cristovam Buarque a déposé au Sénat en 2006 et 2007 deux projets de loi (PLS 253/2006 & 223/2007) qualifiant tout acte de corruption de « crime odieux » (crime hediondo) et augmentant sensiblement les peines encourues.

Cinq ans plus tard, ces projets de loi sont au point mort, bloqués à la commission « Constitution, Citoyenneté et Justice » du parlement…Le chemin est encore long.

E.M.