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L’Éducation : une vitrine sur l’inégalité

août 9, 2011

L’un des grands chantiers du Brésil de ce début de XXIème siècle reste sans conteste l’éducation. Lors de la dernière campagne présidentielle, il y a tout juste un an, le sujet avait d’ailleurs monopolisé les débats télévisés organisés entre les principaux candidats. Si d’énormes progrès ont été faits durant la dernière décennie, le constat est encore aujourd’hui assez alarmant, surtout dans l’enseignement public « fondamental » (de 6 à 14 ans).

Si 99% des enfants brésiliens sont aujourd’hui scolarisés, c’est bien la qualité de l’enseignement, du suivi et des infrastructures qui pose problème. Un rapport de l’UNESCO de 2010 dénonçait ainsi un taux de redoublement record de 18,7% (le plus élevé d’Amérique Latine), alors que la moyenne mondiale se situe, elle, à 2,9%. Le système éducatif brésilien est aussi grandement fragilisé par l’absentéisme et l’abandon scolaire, 13,8% des enfants brésiliens abandonnant l’école dès la première année d’enseignement primaire. Une étude rapporte également que les brésiliens étudient en moyenne 6,9 ans, contre 12 aux USA ou 11 en Corée. Conséquence des lacunes de l’éducation brésilienne : En 2007, il y avait encore 14 millions d’analphabètes dans le pays, soit environ 10% de la population de plus de 14 ans. Un chiffre difficile à assumer pour un pays qui recherche activement le statut de pays développé. Le rapport de l’UNESCO plaçait ainsi le Brésil au 88ème rang d’un classement de 128 pays, alors que rappelons-le, il est la 7ème puissance économique mondiale. Et pour finir ce triste panorama, une projection affirme qu’à ce rythme, le Brésil n’attendra le niveau d’éducation actuel des pays du Nord qu’en 2036 !

Mais soulignons-le tout de suite, c’est surtout l’enseignement public, le seul accessible aux classes les plus défavorisées, qui pose problème au Brésil. Le manque d’infrastructures publiques (notamment en zone rurale, à l’intérieur du pays ou en Amazonie) et leur vétusté sont criants; les salaires des enseignants sont misérables et n’incitent pas au professionalisme; et les parents des familles pauvres ne jouent le plus souvent aucun rôle dans la scolarité de leurs enfants.

Pourtant l’État Brésilien et notamment le puissant Ministère de l’Éducation ont multiplié, ces dernières années, les programmes interventionnistes pour tenter d’améliorer la situation. Le fameux programme de la Bolsa Familia permet aux familles démunies de toucher un complément de revenu en échange de l’assiduité scolaire de leurs enfants. Toutefois, beaucoup constatent que dans la pratique, le contrôle de l’assiduité reste assez lâche et peu efficace. Un autre programme du Ministère de l’Éducation a vu le jour en 2008, sous le nom de Mobilisation Sociale pour l’Éducation. Son principal objectif étant de mobiliser et de former un grand contingent de volontaires (en s’associant notamment aux Églises Catholiques et Évangéliques très présentes sur l’ensemble du territoire, notamment là où l’Etat est absent), avec pour but de former les parents à leurs responsabilités vis à vis de la scolarité de leurs enfants. On enseigne ainsi aux parents à demander à leurs enfants ce qu’ils ont appris à l’école dans la journée, à s’assurer qu’ils font bien leurs devoirs, à faire en sorte qu’ils arrivent à l’heure le matin ou encore à faire connaissance avec les enseignants. Toute une série d’actions qui peuvent paraître banales, mais qui sont loin d’être évidentes au sein des familles les moins aisées. Notons enfin que le gouvernement a prévu de faire passer le budget de l’Éducation de 4,3% du PIB en 2007, à 7% en 2020, une mesure toutefois considérée par les spécialistes comme largement insuffisante vu l’ampleur des besoins actuels.

L’éducation privée, en revanche, se porte particulièrement bien. Autrefois monopolisée par les congrégations catholiques (notamment salésienne), elle a connu depuis l’ère néolibérale des années 1990 un boom et une diversification sans précédents et représente aujourd’hui 13% de l’éducation du pays. Si la qualité de l’enseignement privé est indéniablement bien meilleure que celle du public, celui-ci n’est accessible qu’aux classes moyennes et aisées, pratiquant des tarifs inabordables pour une majorité de la population.

Seules les universités publiques bénéficient d’une meilleur côtes que leurs homologues privées et pour permettre aux plus démunis d’y avoir accès, l’Etat a mis en oeuvre des systèmes de bourses publiques (comme le Pro-Uni). Mais une fois encore, la grande sélectivité de niveau pratiquée par les universités publiques rend en réalité celles-ci tout aussi inaccessibles aux plus humbles. Ces derniers étant défavorisés d’entrée de jeu du fait de leur enseignement primaire et secondaire public de piètre qualité.

Le système éducatif brésilien est donc pris dans un cercle vicieux, duquel seule une amélioration substantielle de l’éducation fondamentale semble être à même de le sortir. On le sait, une éducation nationale de qualité est à la fois la source du progrès et de la richesse d’un pays, mais elle en est également le principal atténuateur d’inégalités.

Pour le moment au Brésil, elle n’en est encore que le triste reflet.

E.M.

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