Archive for the ‘Généralités’ Category

Une victoire à la Pyrrhus pour Dilma Rousseff

octobre 27, 2014

Le second tour le plus indécis d’une élection présidentielle depuis 25 ans aura finalement tourné en sa faveur. Dilma Rousseff repart pour un nouveau mandat de quatre ans et le PT peut pousser un grand « ouf! » de soulagement. Avec 51,64% des suffrages valides et exprimés contre 48,36% pour son concurrent du PSDB, Aécio Neves, Dilma l’emporte finalement dans la dernière ligne droite, malgré de grosses frayeurs (montée fulgurante de Marina Silva en août, scandale de Petrobras, sondages donnant Aécio gagnant une semaine avant le scrutin, etc.). Mais c’est clairement une victoire « à la Pyrrhus » pour le PT qui ressort malgré tout affaibli de ces élections générales, lesquelles, au-delà des présidentielles, concernaient également les gouverneurs des 27 états, ainsi que les députés fédéraux et étatiques et le tiers du Sénat fédéral.

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Le casse-tête de la gouvernabilité

En effet, le Parti des Travailleurs, qui progressait systématiquement à chaque élection depuis le retour de la démocratie, subit le premier véritable coup de frein électoral de son histoire. Symbole fort de cette perte de vitesse : pour la première fois depuis 1990, le PT n’est plus le premier parti choisi par les électeurs optant pour le « voto em legenda », le choix pour les législatives de la liste d’un parti et non d’un candidat en particulier (21,6% pour le PT contre 23,8% pour le PSDB).

Dilma Rousseff – qui déjà ces quatre dernières années a dû gouverner en maintenant une alliance de partis extrêmement hétérogène – aura encore moins de marge de manoeuvre au congrès pour son prochain mandat. Sa coalition gouvernementale ne compte en effet plus que 304 députés et 40 sénateurs (contre 340 et 62 précédemment), le PT lui-même n’ayant obtenu que 70 sièges à la Chambre des députés et (13,6%) 13 au Sénat (16%). Cela pose très clairement une question de gouvernabilité au sein d’un congrès de plus en plus fragmenté, où les grands partis (PT, PSDB et PMBD) perdent du terrain au profit de petits partis, dont il faudra ménager les susceptibilités.

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Dilma devra composer avec un congrès plus conservateur

Un congrès qui d’ailleurs est probablement l’un des plus conservateurs de ces dernières années, comme en témoigne la nouvelle montée en puissance de la Bancada Evangélicaqui aurait gagné une dizaine de sièges à la chambre pour atteindre les 80 députés. Il s’en est même fallu de peu pour que l’état de Rio de Janeiro, le troisième plus peuplé du pays, n’élise comme gouverneur l’un de ses plus célèbres représentants, Marcelo Crivella, neveu du fondateur de l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu. Le parti de Crivella, le PRB, considéré comme le bras politique de l’Eglise Universelle a d’ailleurs doublé le nombre de ses députés passant de 10 à 21 sièges pour retrouver le poids qui était le sien à la fin des années 1990. Des évangéliques qui, au cours de la dernière législature ont montré leur capacité de blocage, notamment sur les questions éthico-morales (Kit gay…) et qui ne feront certainement pas de cadeaux à Dilma et à ses « valeurs progressistes ».

Même constat pour la « Bancada ruralista » (qui pourrait compter jusqu’à 257 députés, soit exactement la moitié de la chambre), qui représente les intérêts des propriétaires terriens et des grands noms du secteur de l’agro-alimentaire, et qui s’est opposée avec succès ces dernières années à toutes les réformes en matière de conditions de travail rural ou d’impact environnemental. Au grand dam de l’aile gauche de la coalition gouvernementale qui attend toujours la réforme agraire promise par Lula déjà.

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Du côté des gouverneurs, le PT et ses alliés ont également perdu du terrain et ne seront désormais plus à la tête que de 12 états contre 15 pour l’opposition. Et lorsqu’on connaît le pouvoir, les prérogatives et l’influence des gouverneurs au sein de l’Union, il y a là encore une raison de plus pour s’inquiéter de la capacité du futur gouvernement de Dilma à gouverner le pays, et surtout à mettre en place les réformes promises.

Jusqu’en 2019…mais après?

Car si Dilma en a appelé – dès l’annonce des résultats – à une « union nationale », a annoncé un référendum pour reconstruire le système politique et a proposé de grandes actions pour relancer l’économie, la population reste sceptique sur sa capacité à engager les vraies réformes demandées par les brésiliens avec de plus en plus d’insistance ces derniers mois. Il est clair que cette élection sonne comme une dernière chance donnée par les brésiliens au PT pour enfin changer le pays, comme il le promet depuis ses débuts. A moins qu’en 2019 le charisme de Lula ne parvienne à nouveau à faire oublier les promesses inassouvies de son parti…

 

Popularité présidentielle : Dilma Rousseff touchée mais pas coulée

février 25, 2014

S’il y a une donnée dont les instituts de sondages et les médias raffolent de nos jours c’est bien l’indice de popularité présidentielle. Dans toutes les démocraties contemporaines – et particulièrement dans les régimes à dominante présidentielle comme le sont le Brésil, la France ou encore les Etats-Unis -, cet indice, qui mesure tout au long d’un mandat  la satisfaction d’une population vis à vis de celui ou celle qu’ils ont placé à la tête de leur nation (et par extension de l’ensemble du gouvernement en fonction), est scruté de près par les décideurs politiques qui ne peuvent se permettre de le négliger (ce qui ne les empêchent pas d’en dénoncer régulièrement la pertinence). En Amérique latine notamment, la popularité présidentielle est sur toutes les lèvres (en tout cas dans les Etats où elle est le fruit d’études indépendantes). Son évolution vient ainsi récompenser ou punir de façon presque instantanée les actions du chef de la nation. Le président péruvien Ollanta Humala, pourtant  recordman de la popularité la plus basse des démocraties de la région, a ainsi vu sa côte remonter de 7 points (de 26 à 33% d’approbation) en l’espace de quelques jours la semaine dernière, après la « demi-victoire » du Pérou suite à la décision plutôt favorable du Tribunal de La Haye dans le conflit limitrophe qui l’opposait au Chili depuis des décennies.

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Ce qui frappe généralement les observateurs c’est la tendance presque universellement décroissante de cette courbe. Confortable le temps de ce qu’on appelle parfois la « lune de miel présidentielle », l’indice de popularité d’un président a ainsi presque toujours tendance à plonger à mesure que les espoirs suscités par les promesses de campagne se confrontent à la dure réalité de l’exercice du pouvoir. Barack Obama qui bénéficiait de près de 80% d’opinions favorables au lendemain de son investiture en 2008 ne convainc plus que 45% des américains 5 ans plus tard. François Hollande lui doit être proche de détenir le record de la plus spectaculaire dégringolade (de 60% à 20% d’opinions favorables en l’espace de 18mois). Une tendance à laquelle seules Angela Merkel et Dilma Rousseff – jusqu’à tout récemment – avaient résisté en conservant une popularité au-delà des 60%.

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En effet, Dilma Rousseff a longtemps été admirée pour sa capacité à maintenir un taux d’approbation extrêmement élevé et ce, quand bien même son gouvernement et son parti faisaient l’objet de diverses condamnation pour corruption. En effet, elle a habilement su manier les événements à l’époque en demandant aux ministres impliqués de démissionner d’une main de fer ce qui lui avait permis d’accueillir les louanges d’une population fatiguée de la corruption endémique du système politique. Dilma tenta le même tour de passe-passe l’été dernier lors de la surprenante vague de manifestations qui bouscula le pays, mais avec beaucoup moins de succès cette fois. En quelques semaines Dilma, qui n’avait jamais vu sa côte baisser depuis son accession au pouvoir passa de 79% à seulement 45% d’opinions favorables ! L’absence de mesures correctives vraiment structurelles et la tendance prononcée des gouvernements locaux pour la répression musclée des manifestations (nous en avons encore eu la preuve ce week-end à São Paolo) ont ainsi clairement provoqué une vraie fracture dans ce qui était jusqu’alors une belle histoire d’amour entre les brésiliens et leur première « Presidenta ». Car contrairement à ce que l’on a pu affirmer, la popularité de Dilma n’a jamais retrouvé son niveau d’avant les manifestations (elle a légèrement remonté pour s’établir à 55% février 2014 (Source CNI/IBOPE)), rejoignant ainsi le triste destin de ses homologues masculins précités.

20130927-GraficoDilma-PopularidadeIbopeEvolution de la popularité de Dilma Roussef entre mars 2011 et décembre 2013 (CNI/IBOPE)

Mais cela doit-il inquiéter celle qui se présentera pour un second mandat à l’automne prochain ? Tout porte à croire que non. En effet l’histoire a montré que l’indice de popularité et l’intention de vote étaient en réalité deux choses bien distinctes. En effet si l’indice de popularité mesure la satisfaction des citoyens par rapport aux promesses du candidat élu, les intentions de vote elles tiennent compte de la concurrence en présence… Force est de constater qu’avec 47% d’intentions de vote, contre seulement seulement 17% et 12% pour ses principaux concurrents, Aecio Neves (PSDB) et Eduardo Campos (PSB), la concurrence justement apparaît encore trop faible pour parvenir à détrôner une Dilma moins populaire certes que son prédécesseur et mentor, Lula, mais qui reste encore la « Presidenta » pour une majorité de brésiliens.

Le Brésil s’indigne !

juin 18, 2013

Le Brésil connait depuis quelques jours maintenant et alors qu’il accueille la Coupe des Confédérations – sorte de répétition générale avant le Mondial de football l’an prochain – l’une des plus importantes vague de manifestations depuis le retour de la démocratie dans les années 1980. A l’origine de ce mouvement contestataire qui s’affirme dans la quasi-totalité des grandes villes du pays, une hausse généralisée du prix des transports (et notamment des bus, principal moyen de transport utilisé par les Brésiliens) considérée comme abusive, non seulement par les Brésiliens résidant au Brésil, mais qui soulève également l’indignation des expatriés un peu partout dans le monde, comme en Irlande où plus de 1.000 Brésiliens ont manifesté dimanche dernier depuis Dublin.

Toutefois, si la hausse du prix des transports a été l’élément déclencheur, les manifestations – tout en gagnant en ampleur – élargissent actuellement le champ de leurs revendications d’une façon qui commence à devenir préoccupante pour le Gouvernement.  A Belém, l’une des villes les plus violentes du Brésil située dans le Nord du pays, les manifestants demandent demandent davantage de mesures pour faire face à la criminalité croissante. Dans le Sud, à Porto Alegre, les protestations condamnent la corruption et le manque de transparence des acteurs publics. Et dans la plupart des grandes villes du pays, on s’insurge contre les dépenses pharaoniques (et en constante révision à la hausse) engagées par le pays pour la Coupe du Monde (beaucoup de ces manifestations se déroulent d’ailleurs à proximité des stades) et qui auraient dû, selon les manifestants, être investies dans l’éducation ou la santé.

Protestations devant le Maracana en rénovation. Rio de Janeiro. Marcos de Paulo / Estadao

Protestations devant le Maracana en rénovation. Rio de Janeiro. Marcos de Paulo / Estadao    

Ce dernier point est d’ailleurs loin d’être anodin. Si jusque là la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques de Rio ont toujours été présentés comme des « opportunités de développement », ou comme « un coup de projecteur bénéfique sur le pays », la population, loin d’être dupe, commence à comprendre qu’elle peut effectivement tirer profit de ces événements, non pas tant pour ces raisons là, mais davantage comme un moyen de pression sur ses gouvernants, alors que les cameras du monde entier sont progressivement braquées sur le pays. Le Président de la FIFA, Joseph Blatter, se trompe quand il affirme que « le football est plus fort que l’insatisfaction des gens », car celui-ci offre précisément pour les Brésiliens un moyen de faire entendre leurs aspirations pour le futur de leur nation. Ce ne serait pas une première dans ce pays où même le football participa à la lutte contre l’autoritarisme et à la reconstruction démocratique du pays dans les années 1970-1980 (l’exemple le plus flagrant étant le mouvement Democracia Corintiana des joueurs emblématiques du Corinthians, Socrates, Wladimir et autre Casagrande).

Toujours est-il que ces mouvements contestataires préoccupent de plus en plus le gouvernement alors que la cote de popularité de Dilma Rousseff, jusque là impeccable, est pour la première fois de son mandat en phase descendante. La répression parfois musclée des manifestations à Brasilia (où les manifestants ont envahi hier les alentours du Congrès national), Rio de Janeiro (avec 100.000 personnes défilant dans les rues), ou São Paulo (où parmi les 50.000 manifestants certains ont tenté de pénétrer dans le Palais du Gouverneur) ne devrait d’ailleurs rien arranger à l’affaire, bien que Dilma se soit empressée de déclarer que de telles manifestations sont « légitimes et propres à la démocratie ».

La hausse abusive du prix des transports a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de l’indignation des Brésiliens, rempli petit à petit, déception après déception, par les acteurs politiques du pays ces dernières décennies. Ce séisme de contestation dont personne n’évalue encore précisément la magnitude et qui connaîtra certainement des répliques à l’approche des événements planétaires que le Brésil s’apprête à accueillir, provoquera-t-il une véritable onde de choc et une prise de conscience de la part des décideurs publics du pays ? C’est tout ce que ces centaines de milliers d’indignés brésiliens souhaitent.

L’Islam au Brésil, quel avenir ?

juin 7, 2012

Depuis quelques années l’expansion de l’Islam à travers le monde intrigue. Mais qu’en est-il au Brésil, dans ce pays où l’effervescence
et le pluralisme religieux sont de mise ? Peut-on imaginer qu’à l’image des minorités évangéliques – qui en l’espace d’un demi-siècle sont passées d’1% à plus de 20% de la population – les musulmans pourraient bientôt constituer une importante minorité religieuse dans ce qui reste le premier pays catholique au monde ?

Quelle présence au Brésil ?

Implanté au Brésil à la fin du XIXème siècle par des communautés de migrants syro-libanais dans la région de São Paulo, le développement de l’Islam reste avant tout lié aux mouvements migratoires et à la croissance démographiques de ces populations pour la plupart issues du moyen-orient ou du maghreb. Si les conversions existent et ont même connu une certaine médiatisation au début des années 2000 – à la suite du 11 septembre 2001 – dans les favelas de grandes métropoles, elles restent aujourd’hui un épiphénomène dont il ne faut pas exagérer l’ampleur.

Le recensement de 2000 ne dénombrait ainsi « que » 27.239 musulmans (16.000 hommes pour 11.000 femmes) soit moins de 0,016% de la population et à peine 5.000 fidèles de plus qu’en 1991, soit une moyenne annuelle de 500 fidèles supplémentaires qui correspondraient vraisemblablement davantage à la natalité qu’à des conversions. Certaines entités musulmanes vont jusqu’à parler d’1,5 millions de fidèles, ce qui semble très largement exagéré comme le montre le nombre de mosquées, qui ne dépasserait pas la centaine. Il faut toutefois admettre que les recensements nationaux ont souvent tendance à sous-estimer la population des minorités religieuses (qui n’osent souvent pas admettre leur affiliation réelle devant les censeurs). Au final, on peut probablement se fier à l’estimation de la spécialiste Vitória Peres de Oliveira qui estime le nombre de musulmans au Brésil à environ 200.000. On sait par ailleurs que 40% environ de la population musulmane se situe dans la région de São Paulo. On compte aussi de nombreux musulmans dans la région controversée de la « Triple Frontière » à l’intersection du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay.

Une présence numérique et physique encore très faible donc et qui ne fait du coup l’objet d’aucune reconnaissance publique de la part des hommes politiques et de peu d’études académiques. Néanmoins, la communauté musulmane est bien présente sur internet et mobilise de plus en plus les moyens de communications pour gagner en visibilité (http://www.fambras.org.br/). Il est aussi intéressant de noter que le Brésil est entrain de se positionner comme l’un des principaux exportateur de viande halal dans le monde, renforçant ainsi ses liens commerciaux avec le monde arabo-musulman.

Quel avenir  pour l’Islam au Brésil ? 

Au sein d’un « marché religieux » particulièrement dense et concurrentiel, l’Islam parviendra-t-il à se faire une place ?

Feres Fares, l’un des grands diffuseurs de l’Islam au Brésil reste particulièrement optimiste. D’après lui, en l’espace de huit ans, le nombre de locaux à prières aurait été multiplié par quatre, passant de 32 en 2000, à 127 en 2008, et ce, dans l’ensemble du pays jusqu’en Amazonie. Culturel et limité aux populations d’origines arabe, Fares assure par ailleurs que l’Islam se répand de plus en plus auprès d’afro-brésiliens et de jeunes adeptes du mouvements hip-hop en quête d’identité, de rigueur et de « certitudes ».

Objet médiatique éphémère ou véritable phénomène religieux émergent ? L’Islam et son avenir restent encore un mystère dans ce qui reste le plus grand pays chrétien de l’hémisphère sud.

Eliott Mourier

Les défis du Troisième Secteur

mai 16, 2012

Si l’on connait bien le « premier » secteur – le secteur public-, tout comme le « deuxième » secteur – le secteur privé à but lucratif-, on connait beaucoup moins le « troisième » secteur, qui regroupe lui l’ensemble des entités à but non-lucratif et qui constituent pourtant en Europe comme au Brésil un part tout à fait considérable de l’Économie.

Au Brésil, ce troisième secteur, principalement composé d’associations, de fondations, d’ONG et d’une foule d’autres entités à vocation principalement humanitaire et sociale, compte pas moins de 500.000 organisations enregistrées, lesquelles emploient plus de 2,9 millions de brésiliens (6,7% du marché du travail). Hôpitaux Philanthropiques, Écoles, Crèches, Soupes Populaires, Centres de Formation Professionnelle, de Recherche d’Emploi, ou encore de Traitement de la Dépendance pour les Toxicomanes, tous les domaines de la vie sociale et économique des brésiliens sont investis par ces entités à but non-lucratif.

Dans un pays comme le Brésil où les services publics ne sont souvent pas à la hauteur ou tout simplement inaccessibles à certaines populations reculées (Amazonie) ou marginalisées (habitants de favelas); et où l’offre de service privée est le plus souvent inaccessible aux plus démunis; l’oeuvre réalisée par ces organisations volontaires et leurs bénévoles est perçue comme indispensable.

Une enquête IBOPE de 2011 montre que 25% des brésiliens déclarent être ou avoir été dans le passé « volontaire » dans l’une de ces organisations du troisième secteur. Autrefois plutôt le fait des classes aisées et éduquées, le volontariat tend à se démocratiser ces dernières années. L’étude montre aussi que 49% des volontaires le sont dans des institutions « religieuses », ce qui montre à la fois la nature très « confessionnelle » du troisième secteur brésilien et la prégnance des motivations religieuses aux yeux des bénévoles. Les orphelinats et abris pour adolescents du système public sont ainsi par exemple gérés pour 70% d’entre eux, par des structures confessionnelles (IPEA).

Mais il est bien loin le temps où le Brésil constituait l’une des principales destinations de la générosité de donateurs du Nord, et aujourd’hui, nombre de ces organisations font face à de sérieux problèmes de financement. De plus, les Brésiliens, pourtant réputés pour leur main sur le coeur, ne sont pas très coutumiers des dons aux organismes volontaires (il faut dire que les incitations de l’Etat sont minimes de ce point de vue). Certaines parviennent toutefois à tirer leur épingle du jeu en obtenant des partenariats avec les pouvoirs publics. Particulièrement contraignants, puisque les organisations volontaires doivent dès lors se conformer à un cadre technique et légal particulièrement complexe (qui implique des rénovations de bâtiments, l’embauche de professionnels etc.), ces partenariats ne constituent pourtant pas toujours le remède financier espéré. La participation des pouvoirs publics étant souvent, au final, moindre que promise et presque systématiquement sujette à des retards très préjudiciables pour ces organismes. Les volontaires n’ayant alors plus d’autres options que de mettre la main à la poche ou bien la clé sous le paillasson.

Si l’Etat brésilien reconnait l’importance et la nécessité de l’oeuvre du troisième secteur, il reste réticent à l’idée de le financer, du fait d’un certain climat de suspicion engendré par quelques scandales d’ONG fantoches ayant détourné, encore tout récemment, des millions de réals des caisses publiques. Mais si la « Filoutropie » est une réalité, elle ne doit pas être confondue avec le vaste univers  de la « Philanthropie » et du volontariat, une force à promouvoir et sans laquelle le Brésil ne serait certainement pas ce qu’il est aujourd’hui.

Maintenant, c’est Dilma !

avril 5, 2012

On attendait ces jours-ci les résultats de la dernière enquête d’opinion concernant la popularité de la Présidente Dilma Rousseff, après un peu moins d’un an et demi au pouvoir de la 6ème puissance mondiale. Force est de constater qu’avec 77% d’opinions favorables, la présidente brésilienne n’en finit plus de gagner le cœur  des brésiliens et de faire oublier son prédécesseur et mentor, Lula, tout juste remis de son cancer et qui vient d’annoncer son retour en politique.

Cette enquête CNI/Ibope conduite mi-mars affiche une progression de +5 points et place Dilma dans une position particulièrement confortable. En effet, comme nous l’expliquions dans un billet précédent, la politique d’intolérance à la corruption conduite par la présidente et qui a coûté la tête de 7 de ses ministres en l’espace de 6 mois, a selon toute vraisemblance était plébiscitée par la population. En effet, celle-ci loin de voir dans ces évènements la preuve d’un gouvernement corrompu, a préféré y voir une présidente à la main de fer, intègre et fidèle à sa réputation de gestionnaire efficace.

Mais cette popularité n’est pas seulement due à sa lutte contre la corruption. En effet, le ralentissement de l’économie brésilienne constaté ces derniers mois laissait présager une baisse des opinions favorables, mais il n’en est rien. Pourquoi ? Certainement du fait de la capacité de Dilma a proposer des mesures « choc »,  comme l’injection de près de 50 milliards de réals (plus de 20 milliards d’euros), proposée il y a quelques jours par le gouvernement pour dynamiser une industrie brésilienne en berne. Un interventionnisme dont Dilma a su faire bon usage et qui semble aujourd’hui faire l’unanimité.

Mais si Dilma est plébiscitée pour son action économique, dans la luttre contre la pauvreté ou pour l’emploi, elle l’est beaucoup moins concernant la santé publique, l’insécurité ou l’imposition, ce qui invalide l’hypothèse de certains analystes selon laquelle cette popularité donnerait à la présidente davantage de « pouvoir d’imposition ». Dilma reste attendue sur ces thématiques qui préoccupent les brésiliens, tout comme sur le bon déroulement de la Coupe du Monde 2014 qui aura lieu quelques mois avant les prochaines présidentielles.

Il n’en reste pas moins qu’avec 77% d’opinions favorables, Dilma apparaît de plus en plus comme une sérieuse candidate à sa propre réélection en 2014, quand tout le monde s’accordait à dire, au début de son mandat, qu’elle n’assurerait qu’une intérim avant le retour triomphal de Lula quatre ans plus tard. Si sa popularité se maintient comme c’est le cas depuis un an et demi maintenant, cette affiche de campagne montrant Dilma aux côtés de Lula aura vu juste : « Agora é Dilma » ! (Maintenant, c’est Dilma !).

La « Coupe » est pleine…

mars 29, 2012

Après des mois d’âpres négociations, la chambre des députés a adopté mercredi 28 mars la Lei Geral da Copa (loi générale de la Coupe). Un texte censé réglementer le déroulement de la Coupe du Monde de football qui aura lieu au Brésil en 2014, 64 ans après la première édition sur le sol brésilien en 1950, qui avait vu le Brésil perdre en finale dans son stade mythique, le Maracanã, contre le petit voisin uruguayen. Une défaite qui reste l’un des plus grands traumatismes populaire de la nation auriverde. On comprend donc, au-delà des retombées économiques, tout l’importance et la symbolique que revêt le prochain Mondial pour le Brésil.

De son côté, La FIFA, instance suprême du football mondial et dont la puissance financière et politique est souvent comparée à celle de véritables États-nations, pressait donc depuis plusieurs mois le Brésil de voter ce texte, qui doit, entre autre, mettre en place une série de mesures d’exceptions (comme rendre férié les jours de match de la selection brésilienne ou réserver des places pour les classes populaires) tout au long de l’évènement planétaire. Parmi ces mesures, la vente de boissons alcoolisées dans les stades a particulièrement animé les débats parlementaires. Interdite au Brésil depuis 2003, elle est exigée par la FIFA, soucieuse de maintenir son juteux contrat avec la multinationale Anheuser-Busch, le fabriquant de la bière Budweiser et l’un des principaux sponsors de la compétition.

Lorsque l’on sait que le Brésil est l’un des pays où la mortalité autour des stades est la plus grande (42 décès de supporters entre 1999 et 2009), on comprend vite pourquoi les négociations ont été ardues. Les segments les plus conservateurs du congrès, et notamment la Bancada evangélica, sont en effet montés au créneau pour modifier cette clause, mais sans succès.

Le Brésil reste ainsi on le voit, en position de faiblesse face à l’instance sportive. Avec des retards dans la construction des stades (notamment dus à de nombreuses grèves d’ouvriers), ou dans l’amplification des structures aéroportuaires (le texte prévoit d’ailleurs de mettre à disposition les aéroports militaires si la capacité des structures civiles est dépassée), le pays n’est pas vraiment en mesure d’imposer ses vues. Comme l’affirme avec un certain agacement Julio Grondona, le vice-président de la FIFA, le Brésil ne fait « qu’accueillir » la Coupe.

La ratification de cette Loi générale de la Coupe, trois jours après le décès le Week-End dernier à São Paulo de deux supporters, à la suite d’affrontements entre torcidas (groupes de supporters) du Corinthians et du Palmeiras, ne fait que confirmer ses dires…

Père Marcelo Rossi, « rock-star » chrétienne et symbole du renouveau catholique au Brésil

février 2, 2012

Chers lecteurs,

Je vous propose cette semaine d’innover un peu. Contacté par un journaliste du Monde pour contribuer à un article (paru dans le supplément « Géo & Politique » des 18 et 19 décembre 2011) sur ce personnage hors-normes qu’est le Père Marcelo Rossi, j’ai eu l’occasion de répondre à un long questionnaire, dont l’article ne reprend bien sûr que très peu d’éléments. Je trouvais dommage de ne pas en faire profiter tout le monde. Je vous propose donc, en guise de billet, l’intégralité de cet entretien pour vous permettre de découvrir cette figure, symbole d’un Brésil où la religion fait preuve d’autant de dynamisme que d’originalité.

Bonne lecture.

E.M.

Comment le qualifier, selon vous ?

Au Brésil, Padre Marcelo Rossi est une véritable “rock star” religieuse. Ce prêtre catholique de 44 ans, ancien professeur d’éducation physique, est devenu en une dizaine d’année un véritable phénomène populaire dans un Brésil qui reste, rappelons-le, le premier pays catholique au monde avec environ 130 millions de fidèles. Cet homme d’église, chanteur-écrivain à succès, a ainsi vendu près de 12 millions d’albums et son dernier livre, Agape, est en tête de ventes depuis plus d’un an maintenant.

 

Dans quelle tradition s’inscrit-il ? quels sont et seraient ses pères brésiliens ?

Bien sûr, cette double casquette d’ecclésiastique et de chanteur gospel peut surprendre, surtout dans l’Église catholique. Mais il faut préciser que le Père Marcelo Rossi s’inscrit dans le courant du “renouveau charismatique” catholique (Renovação Carismática Católica en portugais). Un courant apparu aux Etats-Unis à la suite du concile Vatican II dans les années 1960, et qui se développa à partir des années 1970 au Brésil, formant de fait une sorte de contrepoids à l’émergence fulgurante du pentecôtisme qui venait sérieusement concurrencer un monopole catholique, jusqu’alors relativement bien préservé. Au sein de l’Église catholique, le courant charismatique, vraisemblablement né à Campinas dans la banlieue de São Paulo avec deux figures emblématiques, les Pères Haroldo Joseph Rham et Eduardo Dougherty, met ainsi davantage l’accent sur les manifestations du Saint-Esprit, la possession de dons spirituels (comme le don des langues – glossolalie – ou de guérison) et la participation active des fidèles au culte, notamment à travers des chants et de la danse particulièrement rythmés. Une liturgie qui tranche fortement avec le cérémoniel traditionnel recommandé par le Vatican, mais qui semble mieux correspondre à la culture multiethnique du Brésil. C’est à ce titre qu’on qualifie parfois le mouvement charismatique catholique de « pentecôtisation » du catholicisme.

Politiquement, s’il fallait lui donner une couleur ou une orientation, où peut-on le situer ?

C’est une des particularités des paysage politique brésilien, dans ce pays, l’Eglise catholique est, depuis le durcissement de la dictature (1964-1985) et le progressif retour à la démocratie, historiquement plus proche de la gauche et notamment du Parti des Travailleurs (PT) actuellement au pouvoir. Le PT s’est ainsi largement appuyé lors de sa création et de son développement sur l’aile progressiste du catholicisme brésilien, qui dans l’esprit de la théologie de la libération, avait privilégié « l’option pour les pauvres », en créant notamment de nombreuses et très populaires « pastorales sociales ». Pastorales dont de nombreux dirigeants du PT étaient et sont aujourd’hui issus. Mais cette proximité n’a pas empêché la Conférence Nationale des Évêque Brésiliens, la très influente CNBB, d’exprimer son mécontentement lorsque les gouvernements de Lula ou de Dilma Rousseff ont laissé sous-entendre qu’ils pourraient légiférer sur des questions morales sensibles comme l’avortement ou le mariage homosexuel.

 

Des milliers de fidèles assistent à ses messes, une méga église de 100 000 places est en construction à São Paulo, ses livres se vendent plus que ceux de Paulo Coelho : comment expliquez-vous un tel succès ?

 Pour comprendre l’ampleur de ces phénomènes (car le Père Marcelo n’est pas au Brésil une exception, loin de là) et leur immense popularité il faut les replacer dans leur contexte. Le Brésil, même s’il a connu une très forte croissante économique ces dix dernières années, permettant à plus de 30 millions de brésiliens de sortir de la pauvreté pour accéder à la consommation, n’a pas pour autant perdu sa religiosité si caractéristique. Et si en Europe l’amélioration des conditions de vie s’est souvent traduite par une déchristianisation de sa population, le Brésil lui empreinte une voie bien différente. Ainsi en 2007 une enquête Datafolha montrait que 97% des brésiliens affirment croire en Dieu et que 90% d’entre eux assistent régulièrement à leurs services religieux. La religiosité (en tant qu’identité, activité et pratique religieuses) imprègne toujours autant la vie quotidienne des brésiliens, et cela, semble-t-il, indépendamment de l’amélioration de leur condition économique.

Mais au-delà de ce contexte culturellement et religieusement favorable à l’émergence de ces figures religieuses populaires, la capacité des mouvements religieux brésiliens à se moderniser, notamment avec l’utilisation des nouvelles technologies et des moyens de communications, leur a permis de « rester dans le coup » d’une certaine manière, notamment auprès des jeunes pour lesquels ces églises ont su adapter leur fonctionnement.

A bien des égards, le Père Marcelo Rossi symbolise cette nouvelle sphère religieuse, toujours attachée à des valeurs traditionnelles qu’elle continue de défendre, mais capable de se moderniser, d’ offrir, pour reprendre la métaphore du « marché religieux », une « offre » adaptée à sa « clientèle ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que celle-ci semble très réceptive à ce genre d’offre.

 

Les dernières études révèlent au Brésil une grande mobilité entre les différentes églises et chapelles : l’avenir de l’église catholique brésilienne passe-t-elle par un « modèle » Padre Marcelo ?

 Cette « mobilité » religieuse a deux composantes. D’une part les conversions, où un individu décide de s’affilier à une nouvelle entité religieuse, renonçant ainsi à son affiliation (ou à son absence d’affiliation) passée. La moitié des brésiliens pentecôtistes sont ainsi des convertis, principalement des déçus du catholicisme traditionnel. Et d’autre part, le phénomène assez répandu au Brésil de « multiaffiliation » religieuse. Ainsi, 17% des brésiliens affirment assister fréquemment aux services religieux de plus d’une confession. Le catholicisme est particulièrement touché par ces deux tendances de fond.

Les méthodes originales employées par le Père Marcelo et plus largement par le renouveau charismatique sont peut-être de nature à ralentir la « décatholicisation » du pays (il y avait 90% de catholiques en 1980, ils ne seraient plus que 68% en 2009), mais c’est évidemment très difficile à évaluer.

Couverture du livre à succès « Ágape » de Pe Marcelo Rossi

Des livres, des CDs musicaux, des films, mais pas de chaîne de télévision… qu’en dites-vous ?

Le recours au médias de masse est un enjeux d’une extrême importance pour les Églises brésiliennes. Plusieurs d’entre-elles sont même parvenues à obtenir leurs propres chaines de télévision. L’exemple le plus flagrant est celui de l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu, souvent qualifié à raison de « multinationale du religieux ». Cette église néopentecôtiste fondée en 1977 et qui pourrait compter jusqu’à 8 millions d’adeptes, est ainsi propriétaire du deuxième groupe télévisé du pays, TV Record.

L’Eglise catholique, qui dispose depuis bien longtemps de programmes nationaux sur des grandes chaînes, a là aussi pris de retard sur ses « concurrentes » évangéliques. Mais un retard que le renouveau charismatique, notamment à travers son courant « Canção Nova »,  est entrain de combler.

 

Quel avenir pour ce « phénomène »  du mouvement charismatique au Brésil en général ?

Le renouveau charismatique a clairement, tout comme ses homologues pentecôtistes, une vocation prosélyte, dont le dynamisme semble annoncer un futur plutôt radieux. Une mission évangélisatrice particulièrement populaire auprès des jeunes. Le mouvement développe en effet de nombreux programmes sociaux à destination des adolescents et des jeunes adultes (centres de désintoxication, programmes de réinsertion sociale pour jeunes délinquants etc.) qui renforcent sa présence auprès des cette population hautement stratégique.

Mais l’avenir du mouvement charismatique dépend également de l’évolution future de son rapport avec l’Eglise centrale et notamment le Vatican. Car si le Pape Benoît XVI a multiplié les gestes en direction de ce courant, en donnant notamment au Padre Marcelo Rossi en 2009 le Prix Van Thuan – Solidarité et Développement du Conseil Pontifical Justice et Paix, il n’en reste pas moins que le Saint-Siège considère aujourd’hui avec une certaine méfiance cette « pentecôtisation » du catholicisme.

 

Eliott Mourier

Feliz Ano Novo !

janvier 2, 2012

Feliz Ano Novo 2012 à tous nos lecteurs !

Lancé en Juin 2011, ActuBrésil a connu un succès grandissant, comptabilisant plus de 2600 visites en l’espace de 6 mois (en novembre et décembre la moyenne de visiteurs mensuels s’établit à 650, soit un peu plus d’une vingtaine de visiteurs journaliers). Tenir un blog de ce type était pour moi une expérience nouvelle et je tiens à vous remercier pour votre fidélité et votre intérêt croissant. Nul doute que l’année 2012 sera particulièrement riche du point de vue de l’actualité brésilienne et nous espérons que vous serez toujours plus nombreux à nous suivre. Ce blog ne bénéficiant d’aucune publicité particulière, je compte d’ailleurs sur vous et sur le bouche à oreilles numérique (facebook, twitter…) pour toucher un plus large public.

Comme il est de coutume dans les médias en fin d’année, je vous propose un classement des billets les plus consultés du blog. Une occasion pour vous de revenir sur les principaux points de l’actualité brésilienne de 2011.

Les Billets ActuBrésil les plus consultés en 2011 :

Je vous souhaite à tous, encore une fois, une excellente année 2012 sur ActuBrésil, en vous remerciant chaleureusement de votre fidélité !

Até logo !

Eliott Mourier

L’Economie Brésilienne au ralenti : phénomène passager ou reflet structurel ?

décembre 15, 2011

On ne tarit pas d’éloges, ces dernières années, sur la bonne santé de l’économie brésilienne. Après la crise de la dette dans les années 1980 et l’instabilité chronique des années 1990 symbolisée par des taux d’inflation phénoménaux, le Brésil surfe, depuis le début des années 2000, sur une vague inédite de croissance et de stabilité, laquelle a permis de financer un large éventail de programmes sociaux.

Le Zénith économique du Brésil

Plusieurs facteurs expliquent le dynamisme de la croissance brésilienne notamment depuis 2005. D’une part  l’augmentation du prix des matières premières – Fer,  Soja, Viande ou Sucre – que le Brésil exporte de façon massive. Les exportations vers la Chine sont ainsi passées de 1 milliard US$ en 2000 à plus de 30 milliards en 2010 ! D’autre part, l’arrivée sur le marché intérieur de 30 millions de nouveaux consommateurs brésiliens « sortis » de la pauvreté (notamment sous l’effet de la multiplication par quatre du salaire minimum, de vastes programmes de redistribution – comme Bolsa Familia – et d’un accès facilité au crédit). Un marché intérieur qui a notamment permis au pays de bien résister au choc financier de 2008 (même si le Brésil n’a pas échappé à une légère récession en 2009). Il faut enfin mentionner l’attractivité du Brésil pour les investisseurs étrangers, et notamment la Chine dont le montant des investissements directs a progressé de 300% entre 2000 et 2010 (Source : IPEA). Ces facteurs et bien d’autres ont permis au Brésil d’atteindre en 2010 une croissance record de +7,5%.

Une Economie résiliante, mais néanmoins fragile

Pourtant, et alors qu’il y a encore quelques mois la Présidente Dilma Rousseff ventait la résilience de son économie, le Brésil semble aujourd’hui marquer le pas, rattrapé par la morosité de l’économie mondiale. Le pays a ainsi connu une croissance nulle au 3 ème trimestre. Ralentissement passager ou phénomène plus structurel ? Les avis divergent, mais un certains nombre de spécialistes mettent en garde le gouvernement contre la tendance actuelle à une « reprimarisation » de l’économie. On entend par reprimarisation le processus qui conduit une économie à prioriser la production et l’exportation de matières premières, au détriment du développement de son Industrie et de ses Services. En Amérique latine, cette tendance est décriée par les économistes comme une forme de « retour en arrière », l’économie des pays sud-américains ayant reposé sur ce modèle durant plus de quatre siècles. Preuve de cette tendance au Brésil, au 3ème trimestre l’Industrie et les Services perdaient respectivement -0,9% et -0,3%, alors que le secteur primaire (agriculture, pêche…) lui progressait de +3,2%. Et si, ces dernières années, la hausse du prix des matières premières a eu un impact largement positif sur la croissance brésilienne, cette reprimarisation de l’économie repose aujourd’hui l’éternelle question de la dépendance du Brésil vis à vis des cours et de la demande du marché mondial, et donc in fine, de sa fragilité.

Le Brésil, éternel optimiste

Mais au Brésil, l’optimisme reste néanmoins de mise. Avec moins de 6% de chômage, des indicateurs sociaux au vert et une marge de manœuvre politique et macroéconomique assez ample, Dilma Rousseff et son gouvernement disposent d’une palette de solutions beaucoup plus large que leurs homologues européens (notamment en matière de taux d’intérêt). Ajoutez à cela l’accueil de la Coupe du Monde 2014 et des Jeux Olympiques en 2016, qui dynamisent d’ors et déjà l’économie, et l’on comprendra aisément pourquoi l’alarmisme n’est pas de mise au pays de la samba. Cet optimisme est aussi et enfin, en partie lié à la découverte et à l’exploitation récente d’énormes réserves de pétrole (voir notre billet sur l’or noir) au large de Rio et de São Paulo… Quand on parle de reprimarisation…