Archive for the ‘Politique’ Category

Une victoire à la Pyrrhus pour Dilma Rousseff

octobre 27, 2014

Le second tour le plus indécis d’une élection présidentielle depuis 25 ans aura finalement tourné en sa faveur. Dilma Rousseff repart pour un nouveau mandat de quatre ans et le PT peut pousser un grand « ouf! » de soulagement. Avec 51,64% des suffrages valides et exprimés contre 48,36% pour son concurrent du PSDB, Aécio Neves, Dilma l’emporte finalement dans la dernière ligne droite, malgré de grosses frayeurs (montée fulgurante de Marina Silva en août, scandale de Petrobras, sondages donnant Aécio gagnant une semaine avant le scrutin, etc.). Mais c’est clairement une victoire « à la Pyrrhus » pour le PT qui ressort malgré tout affaibli de ces élections générales, lesquelles, au-delà des présidentielles, concernaient également les gouverneurs des 27 états, ainsi que les députés fédéraux et étatiques et le tiers du Sénat fédéral.

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Le casse-tête de la gouvernabilité

En effet, le Parti des Travailleurs, qui progressait systématiquement à chaque élection depuis le retour de la démocratie, subit le premier véritable coup de frein électoral de son histoire. Symbole fort de cette perte de vitesse : pour la première fois depuis 1990, le PT n’est plus le premier parti choisi par les électeurs optant pour le « voto em legenda », le choix pour les législatives de la liste d’un parti et non d’un candidat en particulier (21,6% pour le PT contre 23,8% pour le PSDB).

Dilma Rousseff – qui déjà ces quatre dernières années a dû gouverner en maintenant une alliance de partis extrêmement hétérogène – aura encore moins de marge de manoeuvre au congrès pour son prochain mandat. Sa coalition gouvernementale ne compte en effet plus que 304 députés et 40 sénateurs (contre 340 et 62 précédemment), le PT lui-même n’ayant obtenu que 70 sièges à la Chambre des députés et (13,6%) 13 au Sénat (16%). Cela pose très clairement une question de gouvernabilité au sein d’un congrès de plus en plus fragmenté, où les grands partis (PT, PSDB et PMBD) perdent du terrain au profit de petits partis, dont il faudra ménager les susceptibilités.

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Dilma devra composer avec un congrès plus conservateur

Un congrès qui d’ailleurs est probablement l’un des plus conservateurs de ces dernières années, comme en témoigne la nouvelle montée en puissance de la Bancada Evangélicaqui aurait gagné une dizaine de sièges à la chambre pour atteindre les 80 députés. Il s’en est même fallu de peu pour que l’état de Rio de Janeiro, le troisième plus peuplé du pays, n’élise comme gouverneur l’un de ses plus célèbres représentants, Marcelo Crivella, neveu du fondateur de l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu. Le parti de Crivella, le PRB, considéré comme le bras politique de l’Eglise Universelle a d’ailleurs doublé le nombre de ses députés passant de 10 à 21 sièges pour retrouver le poids qui était le sien à la fin des années 1990. Des évangéliques qui, au cours de la dernière législature ont montré leur capacité de blocage, notamment sur les questions éthico-morales (Kit gay…) et qui ne feront certainement pas de cadeaux à Dilma et à ses « valeurs progressistes ».

Même constat pour la « Bancada ruralista » (qui pourrait compter jusqu’à 257 députés, soit exactement la moitié de la chambre), qui représente les intérêts des propriétaires terriens et des grands noms du secteur de l’agro-alimentaire, et qui s’est opposée avec succès ces dernières années à toutes les réformes en matière de conditions de travail rural ou d’impact environnemental. Au grand dam de l’aile gauche de la coalition gouvernementale qui attend toujours la réforme agraire promise par Lula déjà.

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Du côté des gouverneurs, le PT et ses alliés ont également perdu du terrain et ne seront désormais plus à la tête que de 12 états contre 15 pour l’opposition. Et lorsqu’on connaît le pouvoir, les prérogatives et l’influence des gouverneurs au sein de l’Union, il y a là encore une raison de plus pour s’inquiéter de la capacité du futur gouvernement de Dilma à gouverner le pays, et surtout à mettre en place les réformes promises.

Jusqu’en 2019…mais après?

Car si Dilma en a appelé – dès l’annonce des résultats – à une « union nationale », a annoncé un référendum pour reconstruire le système politique et a proposé de grandes actions pour relancer l’économie, la population reste sceptique sur sa capacité à engager les vraies réformes demandées par les brésiliens avec de plus en plus d’insistance ces derniers mois. Il est clair que cette élection sonne comme une dernière chance donnée par les brésiliens au PT pour enfin changer le pays, comme il le promet depuis ses débuts. A moins qu’en 2019 le charisme de Lula ne parvienne à nouveau à faire oublier les promesses inassouvies de son parti…

 

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Popularité présidentielle : Dilma Rousseff touchée mais pas coulée

février 25, 2014

S’il y a une donnée dont les instituts de sondages et les médias raffolent de nos jours c’est bien l’indice de popularité présidentielle. Dans toutes les démocraties contemporaines – et particulièrement dans les régimes à dominante présidentielle comme le sont le Brésil, la France ou encore les Etats-Unis -, cet indice, qui mesure tout au long d’un mandat  la satisfaction d’une population vis à vis de celui ou celle qu’ils ont placé à la tête de leur nation (et par extension de l’ensemble du gouvernement en fonction), est scruté de près par les décideurs politiques qui ne peuvent se permettre de le négliger (ce qui ne les empêchent pas d’en dénoncer régulièrement la pertinence). En Amérique latine notamment, la popularité présidentielle est sur toutes les lèvres (en tout cas dans les Etats où elle est le fruit d’études indépendantes). Son évolution vient ainsi récompenser ou punir de façon presque instantanée les actions du chef de la nation. Le président péruvien Ollanta Humala, pourtant  recordman de la popularité la plus basse des démocraties de la région, a ainsi vu sa côte remonter de 7 points (de 26 à 33% d’approbation) en l’espace de quelques jours la semaine dernière, après la « demi-victoire » du Pérou suite à la décision plutôt favorable du Tribunal de La Haye dans le conflit limitrophe qui l’opposait au Chili depuis des décennies.

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Ce qui frappe généralement les observateurs c’est la tendance presque universellement décroissante de cette courbe. Confortable le temps de ce qu’on appelle parfois la « lune de miel présidentielle », l’indice de popularité d’un président a ainsi presque toujours tendance à plonger à mesure que les espoirs suscités par les promesses de campagne se confrontent à la dure réalité de l’exercice du pouvoir. Barack Obama qui bénéficiait de près de 80% d’opinions favorables au lendemain de son investiture en 2008 ne convainc plus que 45% des américains 5 ans plus tard. François Hollande lui doit être proche de détenir le record de la plus spectaculaire dégringolade (de 60% à 20% d’opinions favorables en l’espace de 18mois). Une tendance à laquelle seules Angela Merkel et Dilma Rousseff – jusqu’à tout récemment – avaient résisté en conservant une popularité au-delà des 60%.

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En effet, Dilma Rousseff a longtemps été admirée pour sa capacité à maintenir un taux d’approbation extrêmement élevé et ce, quand bien même son gouvernement et son parti faisaient l’objet de diverses condamnation pour corruption. En effet, elle a habilement su manier les événements à l’époque en demandant aux ministres impliqués de démissionner d’une main de fer ce qui lui avait permis d’accueillir les louanges d’une population fatiguée de la corruption endémique du système politique. Dilma tenta le même tour de passe-passe l’été dernier lors de la surprenante vague de manifestations qui bouscula le pays, mais avec beaucoup moins de succès cette fois. En quelques semaines Dilma, qui n’avait jamais vu sa côte baisser depuis son accession au pouvoir passa de 79% à seulement 45% d’opinions favorables ! L’absence de mesures correctives vraiment structurelles et la tendance prononcée des gouvernements locaux pour la répression musclée des manifestations (nous en avons encore eu la preuve ce week-end à São Paolo) ont ainsi clairement provoqué une vraie fracture dans ce qui était jusqu’alors une belle histoire d’amour entre les brésiliens et leur première « Presidenta ». Car contrairement à ce que l’on a pu affirmer, la popularité de Dilma n’a jamais retrouvé son niveau d’avant les manifestations (elle a légèrement remonté pour s’établir à 55% février 2014 (Source CNI/IBOPE)), rejoignant ainsi le triste destin de ses homologues masculins précités.

20130927-GraficoDilma-PopularidadeIbopeEvolution de la popularité de Dilma Roussef entre mars 2011 et décembre 2013 (CNI/IBOPE)

Mais cela doit-il inquiéter celle qui se présentera pour un second mandat à l’automne prochain ? Tout porte à croire que non. En effet l’histoire a montré que l’indice de popularité et l’intention de vote étaient en réalité deux choses bien distinctes. En effet si l’indice de popularité mesure la satisfaction des citoyens par rapport aux promesses du candidat élu, les intentions de vote elles tiennent compte de la concurrence en présence… Force est de constater qu’avec 47% d’intentions de vote, contre seulement seulement 17% et 12% pour ses principaux concurrents, Aecio Neves (PSDB) et Eduardo Campos (PSB), la concurrence justement apparaît encore trop faible pour parvenir à détrôner une Dilma moins populaire certes que son prédécesseur et mentor, Lula, mais qui reste encore la « Presidenta » pour une majorité de brésiliens.

Maintenant, c’est Dilma !

avril 5, 2012

On attendait ces jours-ci les résultats de la dernière enquête d’opinion concernant la popularité de la Présidente Dilma Rousseff, après un peu moins d’un an et demi au pouvoir de la 6ème puissance mondiale. Force est de constater qu’avec 77% d’opinions favorables, la présidente brésilienne n’en finit plus de gagner le cœur  des brésiliens et de faire oublier son prédécesseur et mentor, Lula, tout juste remis de son cancer et qui vient d’annoncer son retour en politique.

Cette enquête CNI/Ibope conduite mi-mars affiche une progression de +5 points et place Dilma dans une position particulièrement confortable. En effet, comme nous l’expliquions dans un billet précédent, la politique d’intolérance à la corruption conduite par la présidente et qui a coûté la tête de 7 de ses ministres en l’espace de 6 mois, a selon toute vraisemblance était plébiscitée par la population. En effet, celle-ci loin de voir dans ces évènements la preuve d’un gouvernement corrompu, a préféré y voir une présidente à la main de fer, intègre et fidèle à sa réputation de gestionnaire efficace.

Mais cette popularité n’est pas seulement due à sa lutte contre la corruption. En effet, le ralentissement de l’économie brésilienne constaté ces derniers mois laissait présager une baisse des opinions favorables, mais il n’en est rien. Pourquoi ? Certainement du fait de la capacité de Dilma a proposer des mesures « choc »,  comme l’injection de près de 50 milliards de réals (plus de 20 milliards d’euros), proposée il y a quelques jours par le gouvernement pour dynamiser une industrie brésilienne en berne. Un interventionnisme dont Dilma a su faire bon usage et qui semble aujourd’hui faire l’unanimité.

Mais si Dilma est plébiscitée pour son action économique, dans la luttre contre la pauvreté ou pour l’emploi, elle l’est beaucoup moins concernant la santé publique, l’insécurité ou l’imposition, ce qui invalide l’hypothèse de certains analystes selon laquelle cette popularité donnerait à la présidente davantage de « pouvoir d’imposition ». Dilma reste attendue sur ces thématiques qui préoccupent les brésiliens, tout comme sur le bon déroulement de la Coupe du Monde 2014 qui aura lieu quelques mois avant les prochaines présidentielles.

Il n’en reste pas moins qu’avec 77% d’opinions favorables, Dilma apparaît de plus en plus comme une sérieuse candidate à sa propre réélection en 2014, quand tout le monde s’accordait à dire, au début de son mandat, qu’elle n’assurerait qu’une intérim avant le retour triomphal de Lula quatre ans plus tard. Si sa popularité se maintient comme c’est le cas depuis un an et demi maintenant, cette affiche de campagne montrant Dilma aux côtés de Lula aura vu juste : « Agora é Dilma » ! (Maintenant, c’est Dilma !).

La « Coupe » est pleine…

mars 29, 2012

Après des mois d’âpres négociations, la chambre des députés a adopté mercredi 28 mars la Lei Geral da Copa (loi générale de la Coupe). Un texte censé réglementer le déroulement de la Coupe du Monde de football qui aura lieu au Brésil en 2014, 64 ans après la première édition sur le sol brésilien en 1950, qui avait vu le Brésil perdre en finale dans son stade mythique, le Maracanã, contre le petit voisin uruguayen. Une défaite qui reste l’un des plus grands traumatismes populaire de la nation auriverde. On comprend donc, au-delà des retombées économiques, tout l’importance et la symbolique que revêt le prochain Mondial pour le Brésil.

De son côté, La FIFA, instance suprême du football mondial et dont la puissance financière et politique est souvent comparée à celle de véritables États-nations, pressait donc depuis plusieurs mois le Brésil de voter ce texte, qui doit, entre autre, mettre en place une série de mesures d’exceptions (comme rendre férié les jours de match de la selection brésilienne ou réserver des places pour les classes populaires) tout au long de l’évènement planétaire. Parmi ces mesures, la vente de boissons alcoolisées dans les stades a particulièrement animé les débats parlementaires. Interdite au Brésil depuis 2003, elle est exigée par la FIFA, soucieuse de maintenir son juteux contrat avec la multinationale Anheuser-Busch, le fabriquant de la bière Budweiser et l’un des principaux sponsors de la compétition.

Lorsque l’on sait que le Brésil est l’un des pays où la mortalité autour des stades est la plus grande (42 décès de supporters entre 1999 et 2009), on comprend vite pourquoi les négociations ont été ardues. Les segments les plus conservateurs du congrès, et notamment la Bancada evangélica, sont en effet montés au créneau pour modifier cette clause, mais sans succès.

Le Brésil reste ainsi on le voit, en position de faiblesse face à l’instance sportive. Avec des retards dans la construction des stades (notamment dus à de nombreuses grèves d’ouvriers), ou dans l’amplification des structures aéroportuaires (le texte prévoit d’ailleurs de mettre à disposition les aéroports militaires si la capacité des structures civiles est dépassée), le pays n’est pas vraiment en mesure d’imposer ses vues. Comme l’affirme avec un certain agacement Julio Grondona, le vice-président de la FIFA, le Brésil ne fait « qu’accueillir » la Coupe.

La ratification de cette Loi générale de la Coupe, trois jours après le décès le Week-End dernier à São Paulo de deux supporters, à la suite d’affrontements entre torcidas (groupes de supporters) du Corinthians et du Palmeiras, ne fait que confirmer ses dires…

Objectif Transparence

octobre 27, 2011

Ces derniers temps, le Brésil fait l’objet d’une des pires séries de scandales de corruption depuis son retour à la démocratie dans les années 1980. Un phénomène que notre blog a cherché à décrypter lors de précédents billets auxquels nous renvoyons nos lecteurs (« Corruption l’affaire de tous », « Les Amendements au Budget Fédéral« , « Le Cri des Exclus« ). La démission forcée la nuit dernière d’un nouveau ministre, Orlando Silva, suite à une multitude d’accusations de divers détournements de fonds publics a de nouveau mis le pays en émoi.

La renonciation d’Orlando Silva qui exerçait le poste de Ministre des Sports depuis 2006, et qui jouait de ce fait un rôle majeur dans l’organisation du Mondial 2014 et des JO de Rio en 2016, est la cinquième du genre en à peine 10 mois de mandat pour la Présidente Dilma Rousseff. La « faxina », ce grand ménage voulu par la Présidente, s’avère sans pitié au point que la présomption d’innocence des accusés est souvent bafouée (Il ne s’est écoulé qu’une dizaine de jours entre la publication des accusations par l’hebdomadaire Veja et la démission du Ministre sans que celui-ci ait encore fait l’objet d’une enquête judiciaire).

Mais si le renoncement de Silva a fait le buzz ces dernières heures, un autre fait d’actualité complètement lié au premier doit aussi retenir notre attention : le vote mardi dernier par le congrès de la Loi d’Accès à l’Information Publique. Cette loi, présentée par l’ex-président Lula, et qui circulait dans les chambres depuis avril 2010, vient consacrer le principe de la transparence dans les affaires publiques. Elle vient compléter la Loi de Transparence de 2009 qui oblige toutes les administrations publiques à publier en ligne l’utilisation qu’elles font des ressources publiques (voir le Portail de Transparence). La loi votée mardi dernier contient pour sa part un ensemble de mesure visant à faciliter l’accès à un ensemble des documents jugés « top-secrets » et jusqu’alors inaccessibles au grand public. Elle établit également un programme de formation des fonctionnaires à la transparence afin « d’en finir avec la culture du secret et de l’opacité » de l’Etat brésilien.

« Transparence  » – Droits réservés – Alejandro Santos

Fait particulièrement intéressant, le principal opposant à cette loi n’était autre que Fernando Collor de Melo, l’ancien Président de la République, aujourd’hui sénateur de l’état d’Alagoas. Élu en 1990, Collor de Melo a fait en 1992 l’objet d’une procédure d’impeachment (une mesure permettant au congrès de voter la destitution d’un Président en cas faits graves, ici de trafic d’influence et de corruption) qui, vôtée par 441 députés, obligea Collor de Melo à démissionner dans la foulée. Vingt ans plus tard (et alors que les brésiliens l’ont tout de même réélu comme Sénateur !), c’est lui, le seul Président de la République brésilienne destitué pour corruption depuis le retour de la démocratie, qui cherchait à empêcher l’adoption de cette Loi d’accès à l’information publique…Pas étonnant donc que la loi ait été adoptée.

On répète souvent au Brésil que la corruption n’a pas véritablement augmenté ces dernières années, mais que c’est la qualité du contrôle, la visibilité des accusations et l’accès aux informations révélatrices qui se sont accrus. Le cas Orlando Silva en est un parfait exemple.

Dilma Rousseff, qui était il y a quelques semaines à New York pour présenter aux côtés de Barack Obama un grand programme international sur la Transparence, cherche on le sait, à se distinguer de ses prédécesseurs et notamment de Lula dont on n’a cessé de dire qu’elle n’était que la marionnette. Dans ce sens, sa stratégie semble aujourd’hui claire, faire de la lutte contre la corruption et de l’avènement d’une « culture de la transparence » son principal cheval de bataille. Rien ne semble pour l’instant lui faire obstacle.

Les « Amendements » au Budget Fédéral : Une question délicate

octobre 19, 2011

C’est une des spécificités de la politique brésilienne: chaque année, les sénateurs et députés fédéraux (élus au niveau national donc), disposent tous d’un droit d’amendement au budget fédéral (on parle en portugais d’emendas parlamentares). Très concrètement, ce mécanisme permet aux élus de réorienter certaines dépenses, et de disposer de fonds publics importants, notamment afin de réaliser des projets jugés prioritaires dans leurs circonscriptions respectives. En 2011, le montant alloué à chaque parlementaire s’élève à environ 13 millions de réals (5,7 millions d’euros). Considérée comme emblématique d’une démocratie plus « directe », voulue par l’ensemble de la classe politique brésilienne, le poids des emendas n’a cessé de s’accroître ces 6 dernières années. Il représente en 2011 environ 6 milliards de réals (2,6 milliards d’euros) dans le budget fédéral brésilien.

Du coup, dans leurs fiefs respectifs les parlementaires sont, chaque année, les cibles d’une multitude de propositions en tout genre, chacun voyant dans cette manne l’occasion rêvée de réaliser ses projets, en échange d’un simple appui politique. Construction d’écoles, d’hôpitaux ou de routes, ou encore réalisation de projets sociaux d’ONG ou de fondations diverses, les potentiels bénéficiaires ne manquent pas. Pour les élus, c’est à la fois une manière de démontrer publiquement leur capacité à agir concrètement dans la vie de leurs concitoyens, mais c’est également pour eux une occasion unique de s’attirer les faveurs de personnalités et d’organisations influentes dans leur région, susceptibles de les aider à renforcer leur base électorale. Comme nous le remarquions dans un billet précédent sur le lobbying, la différence est parfois fine au Brésil entre « démocratie directe » et « clientélisme ».

Mais plus problématique encore, ces emendas sont régulièrement citées dans les diverses affaires de corruption qui minent le pays, et qui ont récemment abouti à la démission de quatre ministres (un cinquième, Orlanda Silva, ministre des sports pourrait en faire également les frais dans les tous prochains jours). On ne compte plus en effet le nombre d’affaires où des parlementaires se sont vus accusés de financer par ce biais des ONG fantoches, liées à leurs partis ou à leurs intérêts personnels. Comme ce fût le cas en 2006 avec l’affaire de la « mafia des ambulances », où des fonds octroyés à des municipes pour améliorer les infrastructures sanitaires via emendas, servaient en fait à enrichir les parlementaires impliqués.

Il n’est donc pas étonnant que de nombreuses mesures de contrôle et de transparence aient été imposées à ces mécanismes (voir par exemple le site suivant mis en place par le Sénat). De leurs côté, les parlementaires se plaignent de ne jamais pouvoir véritablement utiliser, dans la pratique, la totalité de fonds qui leur sont théoriquement alloués par la loi. Car en définitive, c’est le pouvoir exécutif qui s’assure de la bonne réalisation du Budget fédéral. Mais n’est-ce pas ainsi une manière d’éviter les dérives ?

Malgré tout, cette mesure demeure très populaire car elle sert aussi beaucoup de nobles causes, il faut le souligner. Et ce, souvent avec plus de rapidité que la lente bureaucratie des institutions publiques. Divers projets de loi ont d’ailleurs été déposés pour faire passer l’allocation de chaque parlementaire de 13 à 15 voire même 20 millions de réals, sans que cela provoque le moindre remous. De son côté, l’exécutif qui se voit ainsi « dépossédé », tente régulièrement d’en réduire l’importance, mais sans grand succès. Le montant des emendas a ainsi progressé de 370% depuis 2005 quand l’inflation elle, n’a augmenté « que » de 34%.

Pas sûr néanmoins que le mécanisme des emendas reste longtemps en l’état. Car avec la guerre féroce que mène actuellement la Présidente Dilma Rousseff contre la corruption, il ne serait pas étonnant de voire prochainement ce système d’emendas, si souvent mis en cause lorsqu’il s’agit de scandales de corruption au Brésilréformé en profondeur. Une chose est sûre, au Brésil, démocratie « directe » et lutte contre la corruption ne font pas toujours bon ménage.

Les enjeux du « Nouveau Code Forestier »

septembre 22, 2011

En 1992 avait lieu à Rio de Janeiro le « Sommet de la Terre », une conférence mondiale qui allait marquer le début d’une véritable mobilisation des Nations Unies sur les questions d’environnement. L’an prochain, pour célébrer les vingt ans de cette conférence à succès, les Nations Unies se retrouveront une fois de plus dans la capitale carioca et le monde aura de nouveau les yeux rivés sur un Brésil qui, bon gré mal gré, symbolise ce « monde vert » que l’ONU appelle de ses vœux.

C’est dans ce contexte qu’est actuellement discuté au parlement brésilien un nouveau « code forestier » (en portugais código florestal), sujet de nombreuses de polémiques que nous nous proposons de présenter ici brièvement.

Créé en 1934, puis révisé une première fois en 1965 ce code fixe les directives nationales en matière de zones naturelles protégées (ce qui actuellement est le cas pour 80% de la forêt amazonienne), de lutte contre la déforestation, ou encore de préservation de la biodiversité. Mais si les directives imposées par le code sont particulièrement ambitieuses, son application véritable ne date en réalité que d’une quinzaine d’années. Auparavant, les grands exploitants agricoles n’étaient pas réellement contraints par cette législation et opéraient selon leur bon vouloir, au grand dam des milieux écologistes. C’est ainsi que dans les années 1990, en moyenne 20.000 km carrés de forêts (avec un record de 29.000 en1995, soit quasiment l’équivalent de la Belgique!) étaient annuellement détruits pour servir de prés pour le bétail ou pour de nouvelles cultures particulièrement rentables comme le soja.

Avec ses 5,5 millions de Km² (soit 10 fois la superficie de la France), l’Amazonie est considérée comme le « poumon vert » de la Planète…

Mais depuis le début des années 2000, la donne a changé et le code forestier, longtemps laissé de côté a commencé à être plus rigoureusement appliqué (la superficie déforestée chaque année à ainsi été réduite par trois), pour le plus grand regret des exploitants agricoles. Mais ainsi lésés, ces derniers n’allaient pas tarder à riposter en proposant un nouveau code, plus à leur avantage. C’est cette proposition de loi qui circule actuellement au parlement brésilien et qui suscite de vives controverses entre partisans d’une agriculture intensive et défenseurs d’une économie « verte ».

Car ce projet, qui prévoit notamment de réduire la superficie des zones protégées (de 80% à 50% de la forêt), est considéré par les écologistes comme une véritable « loi d’amnistie des crimes environnementaux », susceptible de faire resurgir le sentiment d’impunité qui prévalait auparavant. L’observatoire du climat estime lui que l’adoption de ce code forestier « pro-agrobusiness » (défendu par les gros producteurs, mais aussi par les petits exploitants qui constituent ce que l’on appelle au Brésil l’agriculture familiale et qui luttent pour la réforme agraire), causerait des dommages irréversibles avec une augmentation sans précédent des émissions de gaz à effet de serre. D’autres experts considèrent que ce nouveau code engendrera une recrudescence de l’occupation des zones à risques, susceptibles de subir des glissements de terrains meurtriers comme lors de la catastrophe de Térésopolis, qui en janvier 2011 près de Rio justement, provoqua la mort de 548 personnes.

Si la législation environnementale brésilienne est aujourd’hui considérée comme l’une des plus avancées et des plus audacieuses dans le monde, son avenir semble aujourd’hui plus compromis que jamais. De fait, et alors que le vote de ce nouveau code forestier doit avoir lieu dans les tout prochains jours, la lutte entre « Production » et « Préservation » pourrait bien tourner à l’avantage du premier. De mauvaise augure pour le prochain « Sommet de la Terre »…

Corruption, l’affaire de tous

septembre 6, 2011

Au Brésil, il ne se passe pas une semaine sans que les médias ne révèlent un nouveau scandale de corruption. Ces dernières semaines n’ont pas fait exception à la règle et la présidente Dilma Rousseff a été contrainte de demander la démission de trois de ses ministres, mouillés dans des affaires pour le moins suspectes. Pour anticiper les attaques de l’opposition, la Présidente a  choisi de se montrer intransigeante envers tout soupçon de fraude effectuant ainsi, au sein de son gouvernement, ce que la presse appelle une « faxina » (un grand nettoyage) afin de garder la face et d’éviter la crise politique, tout comme Lula avant elle lors du fameux « mensalão » de 2005 (un scandale de corruption qui impliqua de nombreux membres du parti et du gouvernement de l’ex-président, mais dont celui sorti indemne).

La corruption au Brésil, un mal « endémique » ?

On a parfois entendu dire au Brésil que la corruption était un phénomène « endémique ». On fait ainsi souvent référence au « jeitinho » brésilien, ces petites « combines » quotidiennes presque culturelles, qui permettent à nombre de brésiliens tout simplement de s’en sortir. A plus grande échelle, le détournement des deniers publics, véritable « sport national » affecte tristement toutes les strates de l’Etat, du secteur privé et même du secteur « volontaire » (les organisations à but non lucratif) et ce, depuis la colonisation portugaise. Aujourd’hui, avec les projets pharaoniques lancés pour la Coupe du Monde 2014 et les Jeux Olypiques de Rio en 2016, la tentation est plus grande que jamais. On estime, en effet que chaque année, la corruption coûte au pays entre 40 et 70 milliards de réals soit environ les budgets annuels cumulés de la Santé (18,7 milliards) et de l’Education (32 milliards)  (voir l’étude de la Fondation des Industries de l’état de São Paulo) ! Un mal qui plombe à la fois la croissance, la compétitivité et l’offre de services et d’aides publiques à la population de cette grande nation.

Mais il faut le souligner, ces dernières années le Brésil a entamé une véritable révolution afin d’en finir avec cette image des plus néfastes. Nous sommes d’ailleurs à la veille d’une vaste opération dénommée « Manifeste contre la Corruption » qui prévoit le déploiement demain, mercredi 7 septembre, jour de fête nationale, d’une multitude de manifestation dans tous le pays pour protester contre le fléau de la corruption, et dont la vague déferle en ce moment même sur les réseaux sociaux du pays. Une « guerre » contre la corruption se décline aujourd’hui en trois axes principaux, impliquant l’ensemble de la société : le développement d’une culture de la transparence, l’augmentation des peines de justice à l’encontre des pratiques frauduleuses et l’émergence d’un contrôle social direct de la société civile. Ajoutons aussi que depuis une dizaine d’années, les institutions de contrôle fédérales (Tribunal de Contas, Controladoria Geral da União et Ministerio Público Federal) ont vu leurs compétences élargies et renforcées, et que sur le plan local, des structures étatiques et municipales se sont multipliées, permettant un maillage bien plus fin du territoire. Avec Lula au pouvoir, cet homme venu d’en-bas et ayant passé sa vie de syndicaliste à lutter contre l’exploitation du peuple et la fraude de ses dirigeants, l’espoir d’un Brésil « propre » semblait renaître en ce début de XXIème siècle. Un mythe que Dilma Rousseff, la fonctionnaire efficace toujours jusque là éloignée des luttes politiciennes et électorales (son mandat de Présidente est son premier et seul mandat d’élue), cherche aujourd’hui à perpétuer.

 De la culture « transparence » au contrôle social

Il est en effet intéressant de noter qu’aujourd’hui le mot « transparence » est sur toutes les lèvres au Brésil. Plusieurs campagnes nationales ont en effet cherché ces dernières années à promouvoir une culture brésilienne de la transparence. Cette culture s’est notamment développée parallèlement aux nombreuses initiatives de démocratie participative (dont les fameux budgets participatifs sont le meilleurs exemple) que l’on retrouve aux quatre coins du pays. Il semble logique que si la société civile participe à l’élaboration, la réalisation et le suivi d’un budget municipal, celui-ci deviendra par nature plus transparent et moins susceptible de faire l’objet de magouilles diverses. C’est en tout cas ce le message que le gouvernement affiche. Celui-ci a d’ailleurs réalisé une véritable prouesse technique en mettant sur le net, à disposition de tous, un « Portail de Transparence » sur lequel il est possible de passer en revue toutes les dépenses et recettes publiques de l’Etat Fédéral, mais aussi tous les transferts de fonds de l’Union vers les 27 états fédérés et vers les 5.565 municipalités du pays!

Actuellement, les organes de contrôle mentionnés plus haut travaillent aussi à développer une conscience citoyenne du « contrôle social ». Ce principe selon lequel tout citoyen ou groupe de citoyens (associations, écoles, églises…), témoin d’une fraude quelconque impliquant des deniers publics, peut lui même en quelques clics dénoncer la pratique en question, ou menacer le fautif de prévenir les institutions compétentes pour le dissuader d’agir. La Controladoria Geral da União (CGU), équivalent de notre Cour des Comptes, procède ainsi depuis quelques mois à des formations de sensibilisation au sein des associations, des entreprises et même  des églises, visant à faire des citoyens de véritables agents de contrôle locaux. Car en réalité, le principal problème des organes comme la CGU brésilienne, c’est leur manque de personnel. Avec 3.000 fonctionnaires la CGU n’a absolument pas de quoi vérifier l’ensemble des comptes du pays. Lors de leurs formations, les agents de la CGU ne manquent pas de rappeler que pour atteindre le niveau de contrôle du Danemark, il leur faudrait 150.000 agents supplémentaires ce qui coûterait, rien qu’en salaire, aussi cher que la corruption elle-même ! La solution donc, semble donc être ce contrôle social effectuer volontairement par tous.

Le faible pouvoir dissuasif des peines, un problème structurel

Mais si ces avancées sont notables et pourraient avoir un véritable impact à moyen terme, deux problèmes de fond persistent, celui de l’impunité que nous mentionnions déjà dans notre billet précédent sur la violence et celui de la faiblesses des peines encourues pour ce type de délit. On entend souvent dire là-bas qu’il n’y a pas au Brésil plus de corruption qu’en Europe par exemple, mais qu’en Europe un politicien condamné pour corruption verra sa carrière se terminer sous les barreaux, tandis qu’au Brésil, le politicien frauduleux lui, ne craint au final pas grand chose. Pour remédier à cette triste réalité, le Sénateur et ancien Gouverneur du District Fédéral, Cristovam Buarque a déposé au Sénat en 2006 et 2007 deux projets de loi (PLS 253/2006 & 223/2007) qualifiant tout acte de corruption de « crime odieux » (crime hediondo) et augmentant sensiblement les peines encourues.

Cinq ans plus tard, ces projets de loi sont au point mort, bloqués à la commission « Constitution, Citoyenneté et Justice » du parlement…Le chemin est encore long.

E.M.

Le Lobbying brésilien : Clientélisme ou Démocratie directe ?

août 16, 2011

Le Congrès National Brésilien est original à bien des égards. Le fait que les deux chambres, le Sénat (Senado Federal) et la Chambre des Députés (Câmara dos deputados), s’y trouvent côte à côte n’est déjà, en soi, pas courant. L’architecture de l’édifice, pensée par le célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer, l’est encore moins: L’édifice placé au centre de la Place des Trois Pouvoirs de la capitale, est ainsi composé de deux coupoles sous lesquelles se trouvent les chambres. Le Sénat se situe sous la coupole fermée, symbolisant un côté plus conservateur et garant de la tradition républicaine; tandis que la Chambre des députés elle, se situe sous la coupole ouverte, symbolisant une ouverture sur le peuple et la reception d’idées nouvelles.

L’originalité de ce Parlement réside également dans sa composition, particulièrement représentative de la société brésilienne. On y découvre ainsi des parlementaires de toutes les origines ethniques (européens, afro-descendants, indigènes, asiatiques…), mais aussi, et c’est sûrement le plus surprenant, de toutes les catégories socio-professionnelles! Des politiciens de carrière, avocats et hauts-fonctionnaires bien évidemment, mais aussi des pasteurs (il y en a des dizaines), des joueurs de football (notamment le champion du monde Romario) ou encore des Clowns (le député Tiririca de São Paulo!) !

Mais il y a encore une chose qui rend le Congrès brésilien particulièrement atypique, c’est la pratique traditionnelle et universelle du lobbying. Rappelons pour les plus jeunes de nos lecteurs, que le lobbying se définit comme la tentative, d’une personne ou d’un groupe avec des intérêts propres, d’influencer le processus d’élaboration et de décision d’une loi qui touche ses intérêts. Plus concrètement, il s’agit d’aller voir un député ou un sénateur (généralement celui qu’a élu notre circonscription et pour lequel on pourrait éventuellement voter de nouveau), et de le convaincre de voter telle ou telle loi, de la modifier ou au contraire de s’y opposer. Le terme de lobby lui même, désignait à l’origine les couloirs ou les pièces du parlement britannique où les « groupes de pression » comme on les appelle aussi, venait converser avec les parlementaires.

Si la pratique du lobbying est généralisée dans nos démocraties, elle revêt au Brésil et à Brasilia notamment, un caractère tout à fait particulier et des plus intéressants. Si vous vous rendez un jour au congrès brésilien, vous serez surpris de voir dans les couloirs une foule de visiteurs de tous les horizons, lesquels pour rentrer, n’ont qu’à montrer une pièce d’identité. Vous verrez ensuite ces visiteurs, seuls ou en petit groupe, aller de cabinet (de député ou sénateur) en cabinet pour rencontrer directement et personnellement l’élu dans un bref entretien d’une dizaine de minute. Des pompiers cherchant une augmentation de salaire, un groupe d’enseignants demandant plus de moyens pour l’éducation publique, un prêtre catholique suppliant une aide pour une oeuvre de charité ou encore un couple homosexuel exigeant la légalisation de leur union, le défilé est incessant. Même une simple mère célibataire dans le besoin peut venir trouver son député pour que celui-ci active son réseau et l’aide à obtenir une place en crèche pour son bébé.

Si cela peut surprendre le démocrate européen, au Brésil, cette tradition est au fondement même d’une démocratie que les Brésiliens veulent proche des électeurs, une démocratie presque « directe » que Rousseau, au XVIIIème siècle, appelait des ses voeux quand il recommandait que le peuple vote directement les lois, sans intermédiaire. Certains, critiques, diront péjorativement que cela n’est que « clientélisme », c’est à dire l’octroi à un électeur potentiel d’un bénéfice direct, en échange de son vote. Ou encore, que c’est une forme de « paternalisme politique », le parlementaire se présentant comme un « Père » bienveillant auprès des électeurs. Mais les Brésiliens répondent pour leur part, que c’est le moyen pour les élus d’être toujours à l’écoute de la population et de rester proche des attentes et des besoins de leurs électeurs (nos élus français n’oublient-ils pas souvent ces fondamentaux?). C’est aussi pour eux une façon de réaliser en pratique la « très à la mode » démocratie « participative », dont le Brésil est un des plus fier représentant (notamment à travers les « budgets municipaux participatifs » où tous les citoyens sont invités à collaborer).

Alors, clientélisme ou approfondissement de la démocratie ? Chacun est libre de se faire sa propre opinion. Les Brésiliens eux, ont choisi depuis longtemps.

L’Éducation : une vitrine sur l’inégalité

août 9, 2011

L’un des grands chantiers du Brésil de ce début de XXIème siècle reste sans conteste l’éducation. Lors de la dernière campagne présidentielle, il y a tout juste un an, le sujet avait d’ailleurs monopolisé les débats télévisés organisés entre les principaux candidats. Si d’énormes progrès ont été faits durant la dernière décennie, le constat est encore aujourd’hui assez alarmant, surtout dans l’enseignement public « fondamental » (de 6 à 14 ans).

Si 99% des enfants brésiliens sont aujourd’hui scolarisés, c’est bien la qualité de l’enseignement, du suivi et des infrastructures qui pose problème. Un rapport de l’UNESCO de 2010 dénonçait ainsi un taux de redoublement record de 18,7% (le plus élevé d’Amérique Latine), alors que la moyenne mondiale se situe, elle, à 2,9%. Le système éducatif brésilien est aussi grandement fragilisé par l’absentéisme et l’abandon scolaire, 13,8% des enfants brésiliens abandonnant l’école dès la première année d’enseignement primaire. Une étude rapporte également que les brésiliens étudient en moyenne 6,9 ans, contre 12 aux USA ou 11 en Corée. Conséquence des lacunes de l’éducation brésilienne : En 2007, il y avait encore 14 millions d’analphabètes dans le pays, soit environ 10% de la population de plus de 14 ans. Un chiffre difficile à assumer pour un pays qui recherche activement le statut de pays développé. Le rapport de l’UNESCO plaçait ainsi le Brésil au 88ème rang d’un classement de 128 pays, alors que rappelons-le, il est la 7ème puissance économique mondiale. Et pour finir ce triste panorama, une projection affirme qu’à ce rythme, le Brésil n’attendra le niveau d’éducation actuel des pays du Nord qu’en 2036 !

Mais soulignons-le tout de suite, c’est surtout l’enseignement public, le seul accessible aux classes les plus défavorisées, qui pose problème au Brésil. Le manque d’infrastructures publiques (notamment en zone rurale, à l’intérieur du pays ou en Amazonie) et leur vétusté sont criants; les salaires des enseignants sont misérables et n’incitent pas au professionalisme; et les parents des familles pauvres ne jouent le plus souvent aucun rôle dans la scolarité de leurs enfants.

Pourtant l’État Brésilien et notamment le puissant Ministère de l’Éducation ont multiplié, ces dernières années, les programmes interventionnistes pour tenter d’améliorer la situation. Le fameux programme de la Bolsa Familia permet aux familles démunies de toucher un complément de revenu en échange de l’assiduité scolaire de leurs enfants. Toutefois, beaucoup constatent que dans la pratique, le contrôle de l’assiduité reste assez lâche et peu efficace. Un autre programme du Ministère de l’Éducation a vu le jour en 2008, sous le nom de Mobilisation Sociale pour l’Éducation. Son principal objectif étant de mobiliser et de former un grand contingent de volontaires (en s’associant notamment aux Églises Catholiques et Évangéliques très présentes sur l’ensemble du territoire, notamment là où l’Etat est absent), avec pour but de former les parents à leurs responsabilités vis à vis de la scolarité de leurs enfants. On enseigne ainsi aux parents à demander à leurs enfants ce qu’ils ont appris à l’école dans la journée, à s’assurer qu’ils font bien leurs devoirs, à faire en sorte qu’ils arrivent à l’heure le matin ou encore à faire connaissance avec les enseignants. Toute une série d’actions qui peuvent paraître banales, mais qui sont loin d’être évidentes au sein des familles les moins aisées. Notons enfin que le gouvernement a prévu de faire passer le budget de l’Éducation de 4,3% du PIB en 2007, à 7% en 2020, une mesure toutefois considérée par les spécialistes comme largement insuffisante vu l’ampleur des besoins actuels.

L’éducation privée, en revanche, se porte particulièrement bien. Autrefois monopolisée par les congrégations catholiques (notamment salésienne), elle a connu depuis l’ère néolibérale des années 1990 un boom et une diversification sans précédents et représente aujourd’hui 13% de l’éducation du pays. Si la qualité de l’enseignement privé est indéniablement bien meilleure que celle du public, celui-ci n’est accessible qu’aux classes moyennes et aisées, pratiquant des tarifs inabordables pour une majorité de la population.

Seules les universités publiques bénéficient d’une meilleur côtes que leurs homologues privées et pour permettre aux plus démunis d’y avoir accès, l’Etat a mis en oeuvre des systèmes de bourses publiques (comme le Pro-Uni). Mais une fois encore, la grande sélectivité de niveau pratiquée par les universités publiques rend en réalité celles-ci tout aussi inaccessibles aux plus humbles. Ces derniers étant défavorisés d’entrée de jeu du fait de leur enseignement primaire et secondaire public de piètre qualité.

Le système éducatif brésilien est donc pris dans un cercle vicieux, duquel seule une amélioration substantielle de l’éducation fondamentale semble être à même de le sortir. On le sait, une éducation nationale de qualité est à la fois la source du progrès et de la richesse d’un pays, mais elle en est également le principal atténuateur d’inégalités.

Pour le moment au Brésil, elle n’en est encore que le triste reflet.

E.M.