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Popularité présidentielle : Dilma Rousseff touchée mais pas coulée

février 25, 2014

S’il y a une donnée dont les instituts de sondages et les médias raffolent de nos jours c’est bien l’indice de popularité présidentielle. Dans toutes les démocraties contemporaines – et particulièrement dans les régimes à dominante présidentielle comme le sont le Brésil, la France ou encore les Etats-Unis -, cet indice, qui mesure tout au long d’un mandat  la satisfaction d’une population vis à vis de celui ou celle qu’ils ont placé à la tête de leur nation (et par extension de l’ensemble du gouvernement en fonction), est scruté de près par les décideurs politiques qui ne peuvent se permettre de le négliger (ce qui ne les empêchent pas d’en dénoncer régulièrement la pertinence). En Amérique latine notamment, la popularité présidentielle est sur toutes les lèvres (en tout cas dans les Etats où elle est le fruit d’études indépendantes). Son évolution vient ainsi récompenser ou punir de façon presque instantanée les actions du chef de la nation. Le président péruvien Ollanta Humala, pourtant  recordman de la popularité la plus basse des démocraties de la région, a ainsi vu sa côte remonter de 7 points (de 26 à 33% d’approbation) en l’espace de quelques jours la semaine dernière, après la « demi-victoire » du Pérou suite à la décision plutôt favorable du Tribunal de La Haye dans le conflit limitrophe qui l’opposait au Chili depuis des décennies.

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Ce qui frappe généralement les observateurs c’est la tendance presque universellement décroissante de cette courbe. Confortable le temps de ce qu’on appelle parfois la « lune de miel présidentielle », l’indice de popularité d’un président a ainsi presque toujours tendance à plonger à mesure que les espoirs suscités par les promesses de campagne se confrontent à la dure réalité de l’exercice du pouvoir. Barack Obama qui bénéficiait de près de 80% d’opinions favorables au lendemain de son investiture en 2008 ne convainc plus que 45% des américains 5 ans plus tard. François Hollande lui doit être proche de détenir le record de la plus spectaculaire dégringolade (de 60% à 20% d’opinions favorables en l’espace de 18mois). Une tendance à laquelle seules Angela Merkel et Dilma Rousseff – jusqu’à tout récemment – avaient résisté en conservant une popularité au-delà des 60%.

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En effet, Dilma Rousseff a longtemps été admirée pour sa capacité à maintenir un taux d’approbation extrêmement élevé et ce, quand bien même son gouvernement et son parti faisaient l’objet de diverses condamnation pour corruption. En effet, elle a habilement su manier les événements à l’époque en demandant aux ministres impliqués de démissionner d’une main de fer ce qui lui avait permis d’accueillir les louanges d’une population fatiguée de la corruption endémique du système politique. Dilma tenta le même tour de passe-passe l’été dernier lors de la surprenante vague de manifestations qui bouscula le pays, mais avec beaucoup moins de succès cette fois. En quelques semaines Dilma, qui n’avait jamais vu sa côte baisser depuis son accession au pouvoir passa de 79% à seulement 45% d’opinions favorables ! L’absence de mesures correctives vraiment structurelles et la tendance prononcée des gouvernements locaux pour la répression musclée des manifestations (nous en avons encore eu la preuve ce week-end à São Paolo) ont ainsi clairement provoqué une vraie fracture dans ce qui était jusqu’alors une belle histoire d’amour entre les brésiliens et leur première « Presidenta ». Car contrairement à ce que l’on a pu affirmer, la popularité de Dilma n’a jamais retrouvé son niveau d’avant les manifestations (elle a légèrement remonté pour s’établir à 55% février 2014 (Source CNI/IBOPE)), rejoignant ainsi le triste destin de ses homologues masculins précités.

20130927-GraficoDilma-PopularidadeIbopeEvolution de la popularité de Dilma Roussef entre mars 2011 et décembre 2013 (CNI/IBOPE)

Mais cela doit-il inquiéter celle qui se présentera pour un second mandat à l’automne prochain ? Tout porte à croire que non. En effet l’histoire a montré que l’indice de popularité et l’intention de vote étaient en réalité deux choses bien distinctes. En effet si l’indice de popularité mesure la satisfaction des citoyens par rapport aux promesses du candidat élu, les intentions de vote elles tiennent compte de la concurrence en présence… Force est de constater qu’avec 47% d’intentions de vote, contre seulement seulement 17% et 12% pour ses principaux concurrents, Aecio Neves (PSDB) et Eduardo Campos (PSB), la concurrence justement apparaît encore trop faible pour parvenir à détrôner une Dilma moins populaire certes que son prédécesseur et mentor, Lula, mais qui reste encore la « Presidenta » pour une majorité de brésiliens.

Le Brésil s’indigne !

juin 18, 2013

Le Brésil connait depuis quelques jours maintenant et alors qu’il accueille la Coupe des Confédérations – sorte de répétition générale avant le Mondial de football l’an prochain – l’une des plus importantes vague de manifestations depuis le retour de la démocratie dans les années 1980. A l’origine de ce mouvement contestataire qui s’affirme dans la quasi-totalité des grandes villes du pays, une hausse généralisée du prix des transports (et notamment des bus, principal moyen de transport utilisé par les Brésiliens) considérée comme abusive, non seulement par les Brésiliens résidant au Brésil, mais qui soulève également l’indignation des expatriés un peu partout dans le monde, comme en Irlande où plus de 1.000 Brésiliens ont manifesté dimanche dernier depuis Dublin.

Toutefois, si la hausse du prix des transports a été l’élément déclencheur, les manifestations – tout en gagnant en ampleur – élargissent actuellement le champ de leurs revendications d’une façon qui commence à devenir préoccupante pour le Gouvernement.  A Belém, l’une des villes les plus violentes du Brésil située dans le Nord du pays, les manifestants demandent demandent davantage de mesures pour faire face à la criminalité croissante. Dans le Sud, à Porto Alegre, les protestations condamnent la corruption et le manque de transparence des acteurs publics. Et dans la plupart des grandes villes du pays, on s’insurge contre les dépenses pharaoniques (et en constante révision à la hausse) engagées par le pays pour la Coupe du Monde (beaucoup de ces manifestations se déroulent d’ailleurs à proximité des stades) et qui auraient dû, selon les manifestants, être investies dans l’éducation ou la santé.

Protestations devant le Maracana en rénovation. Rio de Janeiro. Marcos de Paulo / Estadao

Protestations devant le Maracana en rénovation. Rio de Janeiro. Marcos de Paulo / Estadao    

Ce dernier point est d’ailleurs loin d’être anodin. Si jusque là la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques de Rio ont toujours été présentés comme des « opportunités de développement », ou comme « un coup de projecteur bénéfique sur le pays », la population, loin d’être dupe, commence à comprendre qu’elle peut effectivement tirer profit de ces événements, non pas tant pour ces raisons là, mais davantage comme un moyen de pression sur ses gouvernants, alors que les cameras du monde entier sont progressivement braquées sur le pays. Le Président de la FIFA, Joseph Blatter, se trompe quand il affirme que « le football est plus fort que l’insatisfaction des gens », car celui-ci offre précisément pour les Brésiliens un moyen de faire entendre leurs aspirations pour le futur de leur nation. Ce ne serait pas une première dans ce pays où même le football participa à la lutte contre l’autoritarisme et à la reconstruction démocratique du pays dans les années 1970-1980 (l’exemple le plus flagrant étant le mouvement Democracia Corintiana des joueurs emblématiques du Corinthians, Socrates, Wladimir et autre Casagrande).

Toujours est-il que ces mouvements contestataires préoccupent de plus en plus le gouvernement alors que la cote de popularité de Dilma Rousseff, jusque là impeccable, est pour la première fois de son mandat en phase descendante. La répression parfois musclée des manifestations à Brasilia (où les manifestants ont envahi hier les alentours du Congrès national), Rio de Janeiro (avec 100.000 personnes défilant dans les rues), ou São Paulo (où parmi les 50.000 manifestants certains ont tenté de pénétrer dans le Palais du Gouverneur) ne devrait d’ailleurs rien arranger à l’affaire, bien que Dilma se soit empressée de déclarer que de telles manifestations sont « légitimes et propres à la démocratie ».

La hausse abusive du prix des transports a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de l’indignation des Brésiliens, rempli petit à petit, déception après déception, par les acteurs politiques du pays ces dernières décennies. Ce séisme de contestation dont personne n’évalue encore précisément la magnitude et qui connaîtra certainement des répliques à l’approche des événements planétaires que le Brésil s’apprête à accueillir, provoquera-t-il une véritable onde de choc et une prise de conscience de la part des décideurs publics du pays ? C’est tout ce que ces centaines de milliers d’indignés brésiliens souhaitent.