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« Ma Maison, Ma Vie » : Le développement urbain du Brésil en questions

novembre 27, 2013

Entre 1960 et 2010, le pourcentage de brésiliens vivant en ville est passé de 45% à près de 85%. Si ce phénomène d’exode rural a été constaté un peu partout dans le monde à différentes époques, le processus d’urbanisation reste encore très dynamique au Brésil, comme le confirme le dernier recensement qui montre qu’entre 2000 et 2010 les villes brésiliennes ont encore accueilli 23 millions d’individus supplémentaires. Cette afflux massif vers les métropoles du pays a rarement été bien géré au cours de l’histoire du pays et est aujourd’hui à l’origine de nombreuses problématiques sociétales, parmi lesquelles celle du logement.

On estime en effet aujourd’hui le déficit de logements au Brésil à près de 6 millions d’unités. Un chiffre considérable auquel le gouvernement de Lula a décidé  de s’attaquer en 2009 en lançant en grande pompe le programme « Ma Maison, Ma Vie » (Minha Casa Minha Vida), lequel prévoit la construction – par le secteur privé – de 3 millions de logements d’ici 2014, avec une aide progressive au financement pour les familles dont le revenu mensuel n’excède pas 5.000 réais (1650 euros environ). En pleine crise économique et à un an des élections présidentielles, Minha Casa Minha Vida devait aussi permettre de redynamiser une économie brésilienne dont la croissance s’essoufflait pour la première fois depuis près d’une décennie.

minha-casa-minha-vida

Aujourd’hui, quatre ans plus tard, le gouvernement de Dilma Rousseff dresse un bilan assez élogieux du programme : 2.8 millions de contrats signés (dont près de 70% précisément dans les zones fortement urbanisée (+100.000 hab)), 177 milliards de réais d’investissements, 1.2 millions de maisons déjà livrées, et une contribution au PIB  de 0,8% en 2012. Pourtant, ce programme fait également l’objet de nombreuses critiques qui questionnent plus largement la pertinence et la durabilité du développement et des politiques d’urbanisation du pays.

En effet, si personne ne remet en question l’impact globalement positif du programme sur la santé du secteur du BTP ou sur l’accessibilité à la propriété pour les classes les plus démunies, de nombreuses critiques se sont élevées contre la qualité des constructions (exécution des travaux douteuse, matériaux bon marché, etc.), leur impact environnemental (la plupart du temps complètement négligé) et surtout leur localisation souvent absurde. Luciana Correa do Lago, chercheuse à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, dénonce ainsi la logique quantitative du programme qui engendre une production d’échelle, uniformisée, « qui finit par relocaliser les familles pauvres dans des périphéries sans aucunes infrastructures, accentuant de fait le phénomène de ségrégation résidentielle ».

minha-casa1900 logements du programme Minha Casa Minha Vida « prêts » à être livrés à Serra Talhada dans l’Etat du Pernambouc

A bien des égards le programme Minha Casa Minha Vida reflète de façon tout à fait symbolique, certes la volonté affichée du gouvernement d’allier « croissance économique » et « inclusion sociale », mais aussi une certaine tendance à la « précipitation », dans un pays où le « développement » se doit aujourd’hui d’être à la hauteur des attentes d’une population de plus en plus exigeante, et d’une communauté internationale qui a déjà les yeux rivés sur le prochain organisateur de la Coupe du Monde et des Jeux Olympiques. Attention toutefois à ne pas confondre vitesse et précipitation…

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