Posts Tagged ‘Coupe du Monde 2014’

Le Brésil s’indigne !

juin 18, 2013

Le Brésil connait depuis quelques jours maintenant et alors qu’il accueille la Coupe des Confédérations – sorte de répétition générale avant le Mondial de football l’an prochain – l’une des plus importantes vague de manifestations depuis le retour de la démocratie dans les années 1980. A l’origine de ce mouvement contestataire qui s’affirme dans la quasi-totalité des grandes villes du pays, une hausse généralisée du prix des transports (et notamment des bus, principal moyen de transport utilisé par les Brésiliens) considérée comme abusive, non seulement par les Brésiliens résidant au Brésil, mais qui soulève également l’indignation des expatriés un peu partout dans le monde, comme en Irlande où plus de 1.000 Brésiliens ont manifesté dimanche dernier depuis Dublin.

Toutefois, si la hausse du prix des transports a été l’élément déclencheur, les manifestations – tout en gagnant en ampleur – élargissent actuellement le champ de leurs revendications d’une façon qui commence à devenir préoccupante pour le Gouvernement.  A Belém, l’une des villes les plus violentes du Brésil située dans le Nord du pays, les manifestants demandent demandent davantage de mesures pour faire face à la criminalité croissante. Dans le Sud, à Porto Alegre, les protestations condamnent la corruption et le manque de transparence des acteurs publics. Et dans la plupart des grandes villes du pays, on s’insurge contre les dépenses pharaoniques (et en constante révision à la hausse) engagées par le pays pour la Coupe du Monde (beaucoup de ces manifestations se déroulent d’ailleurs à proximité des stades) et qui auraient dû, selon les manifestants, être investies dans l’éducation ou la santé.

Protestations devant le Maracana en rénovation. Rio de Janeiro. Marcos de Paulo / Estadao

Protestations devant le Maracana en rénovation. Rio de Janeiro. Marcos de Paulo / Estadao    

Ce dernier point est d’ailleurs loin d’être anodin. Si jusque là la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques de Rio ont toujours été présentés comme des « opportunités de développement », ou comme « un coup de projecteur bénéfique sur le pays », la population, loin d’être dupe, commence à comprendre qu’elle peut effectivement tirer profit de ces événements, non pas tant pour ces raisons là, mais davantage comme un moyen de pression sur ses gouvernants, alors que les cameras du monde entier sont progressivement braquées sur le pays. Le Président de la FIFA, Joseph Blatter, se trompe quand il affirme que « le football est plus fort que l’insatisfaction des gens », car celui-ci offre précisément pour les Brésiliens un moyen de faire entendre leurs aspirations pour le futur de leur nation. Ce ne serait pas une première dans ce pays où même le football participa à la lutte contre l’autoritarisme et à la reconstruction démocratique du pays dans les années 1970-1980 (l’exemple le plus flagrant étant le mouvement Democracia Corintiana des joueurs emblématiques du Corinthians, Socrates, Wladimir et autre Casagrande).

Toujours est-il que ces mouvements contestataires préoccupent de plus en plus le gouvernement alors que la cote de popularité de Dilma Rousseff, jusque là impeccable, est pour la première fois de son mandat en phase descendante. La répression parfois musclée des manifestations à Brasilia (où les manifestants ont envahi hier les alentours du Congrès national), Rio de Janeiro (avec 100.000 personnes défilant dans les rues), ou São Paulo (où parmi les 50.000 manifestants certains ont tenté de pénétrer dans le Palais du Gouverneur) ne devrait d’ailleurs rien arranger à l’affaire, bien que Dilma se soit empressée de déclarer que de telles manifestations sont « légitimes et propres à la démocratie ».

La hausse abusive du prix des transports a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de l’indignation des Brésiliens, rempli petit à petit, déception après déception, par les acteurs politiques du pays ces dernières décennies. Ce séisme de contestation dont personne n’évalue encore précisément la magnitude et qui connaîtra certainement des répliques à l’approche des événements planétaires que le Brésil s’apprête à accueillir, provoquera-t-il une véritable onde de choc et une prise de conscience de la part des décideurs publics du pays ? C’est tout ce que ces centaines de milliers d’indignés brésiliens souhaitent.

A Mille Jours de la Coupe…

octobre 5, 2011

Dans un peu moins de mille jours le Brésil, la terre de Futebol par excellence, accueillera pour la deuxième fois de son histoire, la Coupe du Monde de Football. Si la première édition s’était soldée par un échec retentissant en finale contre le petit voisin Uruguayen, dans son stade mythique de Rio: le Maracanã, créé pour l’occasion, le Brésil espère que l’édition 2014 lui sourira davantage. Pourtant, la réalisation de cet évènement planétaire pose d’ors et déjà un certains nombre de problèmes et défis de taille à la nation auriverde, et nous ne parlons pas ici que du jeu de son équipe (lui aussi source de grands défis actuellement!).

Le grand défi des Infrastructures

Parlons des stades tout d’abord. Comme pour tout évènement sportif de cette ampleur, la création ou la rénovation des stades dans les délais est toujours source de problèmes et de multiples pressions intérieures aussi bien qu’extérieures. Lorsque la FIFA annonce en octobre 2007 que le Brésil accueillera l’évènement en 2014, la totalité des 12 villes hôtes ne disposent pas, en réalité, de stades conformes. Elles vont ainsi toutes devoir, soit entièrement rénover leurs infrastructures (pour 6 d’entre eux, comme le Maracanã de Rio qui date, nous l’avons dit, de 1950), soit les monter de toute pièce (c’est le cas des 6 autres, comme à Brasilia, Manaus en Amazonie ou à São Paulo)! Pour rassurer la FIFA et les journalistes du monde entier, la Présidente Dilma Rousseff, fait régulièrement des déclarations assurant que les travaux avancent et que tout sera prêt dans les temps. Rarement a-t-on vu un Chef d’Etat si engagé sur le sujet. Dans un souci de transparence, le site internet officiel de la Coupe 2014 affiche d’ailleurs en temps réel l’avancement des travaux en distribuant des cartons jaunes ou rouge lorsque les travaux d’un stade prennent du retard (http://www.copa2014.org.br/andamento-obras/). Des retards notamment dus à une série de grèves sur plusieurs chantiers comme celui du Maracanã justement ou du Stade Mineirão de Belo Horizonte.

L’autre grande polémique liée aux stades est celle du coût des travaux, régulièrement réévalué à la hausse et que beaucoup jugent démesuré; ce qui alimente bien évidemment les soupçons de corruption. Ainsi, le nouveau stade Itaquerão de São Paulo, qui servira ensuite à l’équipe paulista du Corinthians coutera 920 millions de réals (400 millions d’euros) pour 65.000 places. Les journalistes n’ont pas manqué de faire remarquer que c’était près de quatre fois le prix du nouveau stade de la Juventus de Turin inauguré en Septembre (105 millions d’euros pour 41.000 places) !

L’autre grand chantier de la préparation de cette coupe du monde est le transport aérien. La plupart des aéroports brésiliens ont en effet été construits avant la fin de la seconde guerre mondiale et sont souvent montrés du doigt, d’une part pour leur capacité limité (plusieurs d’entre eux sont déjà saturés en 2011 alors que le trafic aérien ne cesse d’augmenter), et d’autre part pour leur état assez vétuste et indigne du rang de 7ème puissance économique mondiale. Là aussi, les travaux à réaliser sont colossaux et leur avancée préoccupe les spécialistes.

Une « Loi Générale » pour  la Coupe du Monde 2014

Alors pour s’assurer de la bonne avancée des travaux et pour motiver les investissements publics et privés, le gouvernement brésilien cherche actuellement à faire voter une Loi Générale de la Coupe du Monde 2014. Celle-ci offrira donc un certain nombre d’exemptions d’impôts et de charges fiscales aux entreprises engagées, mais elle fixera aussi les grandes règles du déroulement de l’évènement en permettant par exemple aux villes-hôtes de déclarer férié les jours de matchs. Toutefois, en cherchant aussi à encadrer la répartition des droits TVs (qui atteignent des sommes astronomiques), ce projet de loi actuellement en discussion au congrès, s’est attiré les foudres d’une FIFA avare de son bien. Dilma Rousseff et son ministre des sports Orlando Silva étaient justement en Europe cette semaine pour tenter, entre autre, de désamorcer la polémique auprès de l’institution reine du football mondial.
On le voit donc, l’organisation de cette Coupe du Monde, que les brésiliens attendent bien évidemment avec impatience, est parsemée d’embûches et de nombreux défis. Mais c’est aussi pour le Brésil une occasion unique (avec les Jeux Olympiques de Rio en 2016) de montrer au Monde les progrès incontestables qu’a réalisé cette grande nation ces dernières décennies. Toutefois, ne nous méprenons pas, cette Coupe du Monde, au delà de toutes ses retombées économiques et médiatiques, ne sera un succès que si la Selecção (nom de l’équipe nationale) parvient à laver l’affront de 1950 en reprenant, à la maison, ce Graal qui lui échappe depuis 2002 !