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Un Brésil ancré dans sa Foi

juin 29, 2012

Les spécialistes du fait religieux au Brésil les attendaient avec grande impatience, les résultats du dernier recensement (« censo« ) au Brésil – où contrairement à la France, on interroge les gens sur leur affiliation religieuse – viennent de tomber. Ils confirment une tendance et un constat bien connus des sociologues de la région : Au Brésil, les religions sont en mouvement.

Ces résultats confirment d’abord l’inexorable déclin du catholicisme, ce qui est d’autant plus inquiétant pour le Vatican que le Brésil reste malgré tout aujourd’hui le premier pays catholique au monde (123 millions de fidèles). Car si en 1980, 89% des brésiliens se revendiquaient encore de l’Église romaine, ils ne représentent aujourd’hui plus que 64,92% de la population. En l’espace de trois décennies, le catholicisme a perdu un quart de la population brésilienne.

Document compilé par l’auteur sur la base de données IBGE

Mais contrairement à ce que beaucoup d’analystes, notamment européens, prévoyaient il y a peu encore, cette perte de vitesse ne se fait pas au profit de l’incroyance et de l’athéisme. Si les « Sans-religion » (qui ne revendiquent pas d’affiliation particulière, mais n’en sont pas moins pour la plupart « crentes« , croyants) augmentent légèrement passant de 7,3% à 8,0% de la population, les athées et les agnostiques eux restent marginaux (0,4%), confirmant bien que « Dieu est brésilien » comme l’affirme un dicton populaire.

Dans un pays comme le Brésil où la diversité et le pluralisme religieux sont extrêmes, ce sont en fait une foule d’autres mouvements qui progressent actuellement et bénéficient de l’étiolement du catholicisme, autant qu’ils y contribuent de par leur nature prosélyte. Au premier rang de ces mouvements encore minoritaires, les pentecôtistes évangéliques, qui représentent maintenant 60% des 42 millions de protestants-évangéliques du pays. Alors qu’ils ne formaient que 6,6% de la population en 1980, les évangéliques dans toute leur diversité représentent aujourd’hui, d’après ce dernier sondage, 22,2% de la population, ayant gagné plus de 16 millions de fidèles ces dix dernières années. Il faut également souligner la progression d’autres mouvements chrétiens tels les Mormons (Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours), mais surtout les Adventistes du Septième Jour (1,5 millions de membres) et les Témoins de Jéhovah (1,4 millions).

Si la croissance évangélique est un phénomène bien connu au Brésil, il est aussi intéressant de noter la forte progression du Spiritisme-Kardéciste,  implanté au Brésil à la fin du XIXème siècle et qui s’inspire des écrits du français Allan Kardec, dont la postérité spirituelle est aujourd’hui bien plus grande outre-Atlantique que dans sa terre d’origine. Fondé, entre autres, sur le principe de charité et sur la croyance dans le dialogue et l’interaction avec l’au-delà, le Spiritisme-Kardéciste, qui au Brésil se revendique comme étant proche et lié au christianisme, compte aujourd’hui près de 4 millions d’adeptes (2,02% de la population) principalement localisés dans la riche région du sud-est, au sein de populations plutôt aisées et bien formées.

Notons également la faible part des religions afro-brésiliennes (principalement le Candomblé et l’Umbanda) avec à peine plus d’un demi million de fidèle, qui semble une fois encore très largement sous-estimée par le recensement. Des associations avaient pourtant mené une campagne médiatique pour inciter les gens à ne pas « avoir honte de revendiquer leur affiliation » devant les sondeurs. Un pas encore difficile à franchir pour des religions qui sont encore régulièrement taxées de « satanisme » ou de « sorcellerie ».

Enfin, pour faire écho à notre billet précédent, les religions orientales comme l’Islam, le Bouddhisme, l’Hindouisme ou le Judaïsme ne connaissent pas le boom que certains médias avaient prophétisé de façon excessive, représentant à elles quatre moins de 400.000 personnes (0,2%). On est donc encore bien loin d’un Brésil islamique…

Au Brésil, si la Religion est parfois comparée à un grand marché où les affiliations fluctuent et changent au gré du temps et des modes, un élément frappe malgré tout par sa constance : Alors que le pays s’enrichit, s’ouvre sur le monde et se « modernise », le peuple brésilien n’en reste pas moins un peuple ancré dans sa foi. Surprenant pour ceux qui pensaient que la modernité aboutirait inéluctablement sur la « sortie de la religion ». Alors oui, effectivement, Dieu est peut-être brésilien…

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