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A Mille Jours de la Coupe…

octobre 5, 2011

Dans un peu moins de mille jours le Brésil, la terre de Futebol par excellence, accueillera pour la deuxième fois de son histoire, la Coupe du Monde de Football. Si la première édition s’était soldée par un échec retentissant en finale contre le petit voisin Uruguayen, dans son stade mythique de Rio: le Maracanã, créé pour l’occasion, le Brésil espère que l’édition 2014 lui sourira davantage. Pourtant, la réalisation de cet évènement planétaire pose d’ors et déjà un certains nombre de problèmes et défis de taille à la nation auriverde, et nous ne parlons pas ici que du jeu de son équipe (lui aussi source de grands défis actuellement!).

Le grand défi des Infrastructures

Parlons des stades tout d’abord. Comme pour tout évènement sportif de cette ampleur, la création ou la rénovation des stades dans les délais est toujours source de problèmes et de multiples pressions intérieures aussi bien qu’extérieures. Lorsque la FIFA annonce en octobre 2007 que le Brésil accueillera l’évènement en 2014, la totalité des 12 villes hôtes ne disposent pas, en réalité, de stades conformes. Elles vont ainsi toutes devoir, soit entièrement rénover leurs infrastructures (pour 6 d’entre eux, comme le Maracanã de Rio qui date, nous l’avons dit, de 1950), soit les monter de toute pièce (c’est le cas des 6 autres, comme à Brasilia, Manaus en Amazonie ou à São Paulo)! Pour rassurer la FIFA et les journalistes du monde entier, la Présidente Dilma Rousseff, fait régulièrement des déclarations assurant que les travaux avancent et que tout sera prêt dans les temps. Rarement a-t-on vu un Chef d’Etat si engagé sur le sujet. Dans un souci de transparence, le site internet officiel de la Coupe 2014 affiche d’ailleurs en temps réel l’avancement des travaux en distribuant des cartons jaunes ou rouge lorsque les travaux d’un stade prennent du retard (http://www.copa2014.org.br/andamento-obras/). Des retards notamment dus à une série de grèves sur plusieurs chantiers comme celui du Maracanã justement ou du Stade Mineirão de Belo Horizonte.

L’autre grande polémique liée aux stades est celle du coût des travaux, régulièrement réévalué à la hausse et que beaucoup jugent démesuré; ce qui alimente bien évidemment les soupçons de corruption. Ainsi, le nouveau stade Itaquerão de São Paulo, qui servira ensuite à l’équipe paulista du Corinthians coutera 920 millions de réals (400 millions d’euros) pour 65.000 places. Les journalistes n’ont pas manqué de faire remarquer que c’était près de quatre fois le prix du nouveau stade de la Juventus de Turin inauguré en Septembre (105 millions d’euros pour 41.000 places) !

L’autre grand chantier de la préparation de cette coupe du monde est le transport aérien. La plupart des aéroports brésiliens ont en effet été construits avant la fin de la seconde guerre mondiale et sont souvent montrés du doigt, d’une part pour leur capacité limité (plusieurs d’entre eux sont déjà saturés en 2011 alors que le trafic aérien ne cesse d’augmenter), et d’autre part pour leur état assez vétuste et indigne du rang de 7ème puissance économique mondiale. Là aussi, les travaux à réaliser sont colossaux et leur avancée préoccupe les spécialistes.

Une « Loi Générale » pour  la Coupe du Monde 2014

Alors pour s’assurer de la bonne avancée des travaux et pour motiver les investissements publics et privés, le gouvernement brésilien cherche actuellement à faire voter une Loi Générale de la Coupe du Monde 2014. Celle-ci offrira donc un certain nombre d’exemptions d’impôts et de charges fiscales aux entreprises engagées, mais elle fixera aussi les grandes règles du déroulement de l’évènement en permettant par exemple aux villes-hôtes de déclarer férié les jours de matchs. Toutefois, en cherchant aussi à encadrer la répartition des droits TVs (qui atteignent des sommes astronomiques), ce projet de loi actuellement en discussion au congrès, s’est attiré les foudres d’une FIFA avare de son bien. Dilma Rousseff et son ministre des sports Orlando Silva étaient justement en Europe cette semaine pour tenter, entre autre, de désamorcer la polémique auprès de l’institution reine du football mondial.
On le voit donc, l’organisation de cette Coupe du Monde, que les brésiliens attendent bien évidemment avec impatience, est parsemée d’embûches et de nombreux défis. Mais c’est aussi pour le Brésil une occasion unique (avec les Jeux Olympiques de Rio en 2016) de montrer au Monde les progrès incontestables qu’a réalisé cette grande nation ces dernières décennies. Toutefois, ne nous méprenons pas, cette Coupe du Monde, au delà de toutes ses retombées économiques et médiatiques, ne sera un succès que si la Selecção (nom de l’équipe nationale) parvient à laver l’affront de 1950 en reprenant, à la maison, ce Graal qui lui échappe depuis 2002 !

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Football et Politique

juin 21, 2011

Le Brésil est sans conteste la plus grande nation de football au monde. Avec ses cinq titres mondiaux (1958,1962, 1970, 1994, 2002) conquis par la Seleção, le plus grand joueur de l’histoire (Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé), et des centaines de stars faisant réver aux quatre coins du globe depuis plus d’un demi-siècle (Garrincha, Zico, Ronaldo, Ronaldinho etc.), le Brésil règne en maître sur la planète football.

Sur ses terres, le Futebol déclenche au Brésil un engouement et une passion inégalable même dans les plus grands clubs européens. Les torcidas y sont plus que de simples groupes de supporteurs se réunissant une fois par semaine au stade. Elles rythment véritablement la vie et le quotidien de leurs membres (qui se comptent pour les plus grands clubs, en millions), et forment de puissants groupes de pression que courtisent sans cesse les hommes politiques. Le Président Lula n’a d’ailleurs jamais cessé de rappeler son appartenance active (il y participe financièrement) à la torcida  des Corinthians, laquelle participa d’ailleurs activement, tout comme le syndicat des métallurgistes paulistas de Lula, au retour de la démocratie dans les années 1980.

Le Président Lula remettant un maillot dédicacé de la Seleção au Président Obama

Chaque match de la sélection nationale semble mettre le pays « sur pause », et même la plus hyperactive des mégapoles brésiliennes, São Paulo, n’a d’autre choix que d’interrompre son rythme incessant durant ces « 90 minutes » sacrées. Et si les victoires sont suivies des célébrations les plus folles, les défaites engendrent une déprime profonde, presque palpable qui contraste avec la bonne humeur habituelle du peuple Brésilien. Un fait qui n’est pas sans conséquences politiques alors que depuis 1994, les élections générales ont toujours lieu quelques mois seulement après la Coupe du Monde.

Si la déprime causée par le fiasco de la Seleção de Dunga en Afrique du Sud en 2010, avec une défaite en quart de finale contre les Pays-Bas, n’a semble-t-il pas eu de conséquence néfaste sur l’élection de Dilma Rousseff trois mois plus tard, il est indéniable qu’au Brésil, Football et Politique entretiennent des rapports parfois très étroits.

Ce constat n’est bien sûr par nouveau. Sous l’ère Getulio Vargas déjà (1930-1945 puis 1950-1954), le Football avait été mis à l’honneur car on voyait en lui un facteur d’unité nationale. Un pari risqué puisque la défaite en finale lors du premier mondial organisé par le Brésil en 1950 face au petit voisin uruguayen, connue comme le « maracanaço » fut un véritable drame national. Un drame que l’organisation par le Brésil à nouveau, de la prochaine Coupe du Monde en 2014, aura notamment pour but, aux yeux des brésiliens, de réparer. Néanmoins, la victoire brésilienne 8 ans plus tard en Suède (1958), d’une équipe mixte particulièrement représentative de la diversité culturelle et ethnique du pays, eut elle, bien l’effet fédérateur escompté. Plus tard, sous la dictature militaire, la dimension politique de la Seleção s’accentua à tel point qu’on militarisa le staff de l’équipe (l’entraineur était alors gradé comme capitaine dans l’armée).

Aujourd’hui la dimension politique et symbolique de l’équipe nationale et du football dans son ensemble reste évidente et suscite bien des interrogations parmi les milieux académiques brésiliens, mais c’est un autre phénomène, celui des anciens footballeurs reconvertis en hommes politiques, qu’il nous faut à présent aborder.

Affiche électorale du candidat Bebeto – Député étatique – Rio de Janeiro, 2010 (prise par l’auteur)

En effet, en 2010, les législatives (au niveau fédéral ou étatique) ont été le théâtre d’une multitude de candidatures de la part d’anciennes gloires du football brésilien, parmi lesquels, le duo offensif de choc du mondial 1994, Bebeto et Romário. Si leurs candidatures ont pu faire sourire, leurs élections respectives obtenues haut la main pour l’un, Bebeto, à la chambre des députés de l’état de Rio de Janeiro, et pour l’autre, Romário, à la chambre des député fédéraux, reflètent de façon plus profonde ce que les politologues appellent la « crise de la représentativité » de la démocratie brésilienne. En effet, l’élection de ces deux champions du monde, ou encore du clown Tiririca à São Paulo, individus sans la moindre expérience politique, posent la question plus vaste de la confiance des brésiliens envers leur personnel politique. Affaires de corruption, promesses non-tenues, les Brésiliens lassés de la politique politicienne finissent par penser que ces footballeurs qui les ont tant fait rêver, et qui, partant bien souvent de rien ont au final fait la gloire du pays, les représenteront certainement mieux qu’une classe politique appelées de fait, à se remettre en question.

Pendant ce temps, et alors que le Brésil met tout en oeuvre pour faire du Mondial 2014 un fête à la hauteur de l’engouement populaire qu’il suscite, Romário lui, file droit au but. Le député de l’état de Rio de Janeiro annonçait en effet la semaine dernière, son intention de se porter candidat à la Mairie de Rio de Janeiro, lors des prochaines élections de 2012. Droit au but.