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Une victoire à la Pyrrhus pour Dilma Rousseff

octobre 27, 2014

Le second tour le plus indécis d’une élection présidentielle depuis 25 ans aura finalement tourné en sa faveur. Dilma Rousseff repart pour un nouveau mandat de quatre ans et le PT peut pousser un grand « ouf! » de soulagement. Avec 51,64% des suffrages valides et exprimés contre 48,36% pour son concurrent du PSDB, Aécio Neves, Dilma l’emporte finalement dans la dernière ligne droite, malgré de grosses frayeurs (montée fulgurante de Marina Silva en août, scandale de Petrobras, sondages donnant Aécio gagnant une semaine avant le scrutin, etc.). Mais c’est clairement une victoire « à la Pyrrhus » pour le PT qui ressort malgré tout affaibli de ces élections générales, lesquelles, au-delà des présidentielles, concernaient également les gouverneurs des 27 états, ainsi que les députés fédéraux et étatiques et le tiers du Sénat fédéral.

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Le casse-tête de la gouvernabilité

En effet, le Parti des Travailleurs, qui progressait systématiquement à chaque élection depuis le retour de la démocratie, subit le premier véritable coup de frein électoral de son histoire. Symbole fort de cette perte de vitesse : pour la première fois depuis 1990, le PT n’est plus le premier parti choisi par les électeurs optant pour le « voto em legenda », le choix pour les législatives de la liste d’un parti et non d’un candidat en particulier (21,6% pour le PT contre 23,8% pour le PSDB).

Dilma Rousseff – qui déjà ces quatre dernières années a dû gouverner en maintenant une alliance de partis extrêmement hétérogène – aura encore moins de marge de manoeuvre au congrès pour son prochain mandat. Sa coalition gouvernementale ne compte en effet plus que 304 députés et 40 sénateurs (contre 340 et 62 précédemment), le PT lui-même n’ayant obtenu que 70 sièges à la Chambre des députés et (13,6%) 13 au Sénat (16%). Cela pose très clairement une question de gouvernabilité au sein d’un congrès de plus en plus fragmenté, où les grands partis (PT, PSDB et PMBD) perdent du terrain au profit de petits partis, dont il faudra ménager les susceptibilités.

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Dilma devra composer avec un congrès plus conservateur

Un congrès qui d’ailleurs est probablement l’un des plus conservateurs de ces dernières années, comme en témoigne la nouvelle montée en puissance de la Bancada Evangélicaqui aurait gagné une dizaine de sièges à la chambre pour atteindre les 80 députés. Il s’en est même fallu de peu pour que l’état de Rio de Janeiro, le troisième plus peuplé du pays, n’élise comme gouverneur l’un de ses plus célèbres représentants, Marcelo Crivella, neveu du fondateur de l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu. Le parti de Crivella, le PRB, considéré comme le bras politique de l’Eglise Universelle a d’ailleurs doublé le nombre de ses députés passant de 10 à 21 sièges pour retrouver le poids qui était le sien à la fin des années 1990. Des évangéliques qui, au cours de la dernière législature ont montré leur capacité de blocage, notamment sur les questions éthico-morales (Kit gay…) et qui ne feront certainement pas de cadeaux à Dilma et à ses « valeurs progressistes ».

Même constat pour la « Bancada ruralista » (qui pourrait compter jusqu’à 257 députés, soit exactement la moitié de la chambre), qui représente les intérêts des propriétaires terriens et des grands noms du secteur de l’agro-alimentaire, et qui s’est opposée avec succès ces dernières années à toutes les réformes en matière de conditions de travail rural ou d’impact environnemental. Au grand dam de l’aile gauche de la coalition gouvernementale qui attend toujours la réforme agraire promise par Lula déjà.

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Du côté des gouverneurs, le PT et ses alliés ont également perdu du terrain et ne seront désormais plus à la tête que de 12 états contre 15 pour l’opposition. Et lorsqu’on connaît le pouvoir, les prérogatives et l’influence des gouverneurs au sein de l’Union, il y a là encore une raison de plus pour s’inquiéter de la capacité du futur gouvernement de Dilma à gouverner le pays, et surtout à mettre en place les réformes promises.

Jusqu’en 2019…mais après?

Car si Dilma en a appelé – dès l’annonce des résultats – à une « union nationale », a annoncé un référendum pour reconstruire le système politique et a proposé de grandes actions pour relancer l’économie, la population reste sceptique sur sa capacité à engager les vraies réformes demandées par les brésiliens avec de plus en plus d’insistance ces derniers mois. Il est clair que cette élection sonne comme une dernière chance donnée par les brésiliens au PT pour enfin changer le pays, comme il le promet depuis ses débuts. A moins qu’en 2019 le charisme de Lula ne parvienne à nouveau à faire oublier les promesses inassouvies de son parti…

 

Maintenant, c’est Dilma !

avril 5, 2012

On attendait ces jours-ci les résultats de la dernière enquête d’opinion concernant la popularité de la Présidente Dilma Rousseff, après un peu moins d’un an et demi au pouvoir de la 6ème puissance mondiale. Force est de constater qu’avec 77% d’opinions favorables, la présidente brésilienne n’en finit plus de gagner le cœur  des brésiliens et de faire oublier son prédécesseur et mentor, Lula, tout juste remis de son cancer et qui vient d’annoncer son retour en politique.

Cette enquête CNI/Ibope conduite mi-mars affiche une progression de +5 points et place Dilma dans une position particulièrement confortable. En effet, comme nous l’expliquions dans un billet précédent, la politique d’intolérance à la corruption conduite par la présidente et qui a coûté la tête de 7 de ses ministres en l’espace de 6 mois, a selon toute vraisemblance était plébiscitée par la population. En effet, celle-ci loin de voir dans ces évènements la preuve d’un gouvernement corrompu, a préféré y voir une présidente à la main de fer, intègre et fidèle à sa réputation de gestionnaire efficace.

Mais cette popularité n’est pas seulement due à sa lutte contre la corruption. En effet, le ralentissement de l’économie brésilienne constaté ces derniers mois laissait présager une baisse des opinions favorables, mais il n’en est rien. Pourquoi ? Certainement du fait de la capacité de Dilma a proposer des mesures « choc »,  comme l’injection de près de 50 milliards de réals (plus de 20 milliards d’euros), proposée il y a quelques jours par le gouvernement pour dynamiser une industrie brésilienne en berne. Un interventionnisme dont Dilma a su faire bon usage et qui semble aujourd’hui faire l’unanimité.

Mais si Dilma est plébiscitée pour son action économique, dans la luttre contre la pauvreté ou pour l’emploi, elle l’est beaucoup moins concernant la santé publique, l’insécurité ou l’imposition, ce qui invalide l’hypothèse de certains analystes selon laquelle cette popularité donnerait à la présidente davantage de « pouvoir d’imposition ». Dilma reste attendue sur ces thématiques qui préoccupent les brésiliens, tout comme sur le bon déroulement de la Coupe du Monde 2014 qui aura lieu quelques mois avant les prochaines présidentielles.

Il n’en reste pas moins qu’avec 77% d’opinions favorables, Dilma apparaît de plus en plus comme une sérieuse candidate à sa propre réélection en 2014, quand tout le monde s’accordait à dire, au début de son mandat, qu’elle n’assurerait qu’une intérim avant le retour triomphal de Lula quatre ans plus tard. Si sa popularité se maintient comme c’est le cas depuis un an et demi maintenant, cette affiche de campagne montrant Dilma aux côtés de Lula aura vu juste : « Agora é Dilma » ! (Maintenant, c’est Dilma !).