Archive for the ‘Morale’ Category

La « Coupe » est pleine…

mars 29, 2012

Après des mois d’âpres négociations, la chambre des députés a adopté mercredi 28 mars la Lei Geral da Copa (loi générale de la Coupe). Un texte censé réglementer le déroulement de la Coupe du Monde de football qui aura lieu au Brésil en 2014, 64 ans après la première édition sur le sol brésilien en 1950, qui avait vu le Brésil perdre en finale dans son stade mythique, le Maracanã, contre le petit voisin uruguayen. Une défaite qui reste l’un des plus grands traumatismes populaire de la nation auriverde. On comprend donc, au-delà des retombées économiques, tout l’importance et la symbolique que revêt le prochain Mondial pour le Brésil.

De son côté, La FIFA, instance suprême du football mondial et dont la puissance financière et politique est souvent comparée à celle de véritables États-nations, pressait donc depuis plusieurs mois le Brésil de voter ce texte, qui doit, entre autre, mettre en place une série de mesures d’exceptions (comme rendre férié les jours de match de la selection brésilienne ou réserver des places pour les classes populaires) tout au long de l’évènement planétaire. Parmi ces mesures, la vente de boissons alcoolisées dans les stades a particulièrement animé les débats parlementaires. Interdite au Brésil depuis 2003, elle est exigée par la FIFA, soucieuse de maintenir son juteux contrat avec la multinationale Anheuser-Busch, le fabriquant de la bière Budweiser et l’un des principaux sponsors de la compétition.

Lorsque l’on sait que le Brésil est l’un des pays où la mortalité autour des stades est la plus grande (42 décès de supporters entre 1999 et 2009), on comprend vite pourquoi les négociations ont été ardues. Les segments les plus conservateurs du congrès, et notamment la Bancada evangélica, sont en effet montés au créneau pour modifier cette clause, mais sans succès.

Le Brésil reste ainsi on le voit, en position de faiblesse face à l’instance sportive. Avec des retards dans la construction des stades (notamment dus à de nombreuses grèves d’ouvriers), ou dans l’amplification des structures aéroportuaires (le texte prévoit d’ailleurs de mettre à disposition les aéroports militaires si la capacité des structures civiles est dépassée), le pays n’est pas vraiment en mesure d’imposer ses vues. Comme l’affirme avec un certain agacement Julio Grondona, le vice-président de la FIFA, le Brésil ne fait « qu’accueillir » la Coupe.

La ratification de cette Loi générale de la Coupe, trois jours après le décès le Week-End dernier à São Paulo de deux supporters, à la suite d’affrontements entre torcidas (groupes de supporters) du Corinthians et du Palmeiras, ne fait que confirmer ses dires…

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L’Avortement au Brésil

juillet 12, 2011

En 2005, une enquête menée conjointement par les Universités de Rio et de Brasilia révélait qu’au cours de cette seule année, plus d’1,54 millions de femmes brésiliennes avaient pratiqué une interruption volontaire de grossesse. Des chiffres bien évidemment spéculatifs puisqu’au Brésil, la quasi-totalité des des avortements sont clandestins, d’où le grand nombre de décès constatés (150 en moyenne chaque année), lié à cette pratique.

Si en France l’IVG est autorisé depuis la loi Veil de 1975, au Brésil avorter constitue un crime passible de prison (de 1 à 10 ans) sauf dans trois cas précisés par l’article 128 du Code Civil : 1/ S’il n’y a pas d’autre moyen de sauver la vie de la mère, 2/Si la grossesse est la conséquence d’une infraction à la liberté sexuelle de la femme (viol, reproduction assistée non consentie), 3/ Si le corps médical juge élevée la probabilité que le  fœtus présente des anomalies physiques ou mentales graves et irréversibles.

Cette legislation particulièrement proibitive est doublement ancrée dans la société brésilienne. D’un point de vue constitutionnel d’abord, puisque l’Article 5 de la Constitution Fédérale de 1988 garantit « l’inviolabilité du droit à la vie ». Mais d’un point de vue moral et religieux surtout dans ce qui est à la fois le premier pays catholique au monde et l’un des principaux fiefs de l’évangélisme conservateur. Deux courants religieux qui représentent environ 85% de la population nationale et qui forment le coeur du mouvement pró-vida (pour la vie). Rien d’étonnant, alors, à ce qu’en 2010 une enquête de l’institut Vox Populi révèle que 82% des Brésiliens ne souhaitent pas de modification de la loi.

Pourtant les débats sur la question sont particulièrement nourris au Brésil. Si le mouvement pró-vida semble quasi-hégémonique, son pendant, celui des pro-escolha (« pro-choice » en anglais) n’est pas en reste et tente régulièrement de faire évoluer la legislation, faute de parvenir à faire évoluer l’opinion. Ce fut notamment le cas en 2004, lorsque Marco Aurélio Mello, l’un des douze juge du Tribunal Fédéral Suprême, parvint à élargir l’autorisation d’avorter au cas d’anencéphalie du fœtus (malformation du système nerveux qui a pour conséquence la surdité, cécité et l’inconscience des nouveaux-nés). Ou encore en 2008, lorsque le projet de loi 1135/91 prévoyant la suppression des articles du code civil condamnant l’avortement consenti par la femme enceinte, revint à l’ordre du jour des débats parlementaires. Mais dans ces deux cas, les espoirs des pro-choix furent rapidement douchés. La décision du juge Mello fut en effet révoquée quelque semaines plus tard et le projet de loi 1135/91 fut lui, rejeté à l’unanimité des députés membres de la commission en charge (33 votes contre, 0 pour) ! De fait, en mai 2010, un durcissement de la loi a même été approuvé par la Commission Sécurité Sociale et Famille de la Chambre des Députés, sous le nom d’Estatuto do Nascituro (Statut du Fœtus).

Fort de ses victoires, le mouvement pro-vie s’illustra de nouveau lors de la campagne présidentielle de 2010, au cours de laquelle la question de l’avortement émergea de façon aussi spontanée qu’inattendue, à quelque jours du scrutin. Alors qu’elle apparaissait dans les sondages comme la grande favorite, la candidate du PT et héritière du président sortant, Dilma Rousseff vécut très certainement, à quelques jours du premier tour, la plus grosse frayeur de sa campagne lorsqu’elle reçut une série d’attaque émanant des secteurs conservateurs et notamment du mouvement pro-vie, sur la question même de l’avortement. Une avalanche d’articles, de blogs et de vidéos défilèrent sur le net rappelant que Dilma Rousseff, alors Ministre de la Casa Civil (équivalent de notre Premier Ministre), s’était déclarée à plusieurs reprises en faveur de la légalisation de l’avortement (notamment dans un entretien de 2007 au magazine Marie Claire). La levée de boucliers provoquée fut telle que Dilma n’eut d’autre choix que de promettre publiquement, devant une assemblée de dirigeants religieux, qu’une fois à la tête de l’Etat, elle ne légifèrerait ni sur l’avortement, ni sur le mariage homosexuel. Une lettre officielle fut même publiée et diffusée très largement pour tenter de contrer cette terrible offensive des pró-vidadont on voit bien à travers cet exemple, le pouvoir d’influence.

En renonçant ainsi à traiter la délicate et si symbolique question de l’avortement, Dilma Rousseff s’assura le soutien décisif de nombreux secteurs religieux jusque là hésitants, et par conséquent la victoire au second tour de la présidentielle. En revanche, elle a certainement déçu tout ceux qui voyaient dans l’avènement au pouvoir suprême de la première femme brésilienne, un espoir de renouveau.