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Le Brésil s’indigne !

juin 18, 2013

Le Brésil connait depuis quelques jours maintenant et alors qu’il accueille la Coupe des Confédérations – sorte de répétition générale avant le Mondial de football l’an prochain – l’une des plus importantes vague de manifestations depuis le retour de la démocratie dans les années 1980. A l’origine de ce mouvement contestataire qui s’affirme dans la quasi-totalité des grandes villes du pays, une hausse généralisée du prix des transports (et notamment des bus, principal moyen de transport utilisé par les Brésiliens) considérée comme abusive, non seulement par les Brésiliens résidant au Brésil, mais qui soulève également l’indignation des expatriés un peu partout dans le monde, comme en Irlande où plus de 1.000 Brésiliens ont manifesté dimanche dernier depuis Dublin.

Toutefois, si la hausse du prix des transports a été l’élément déclencheur, les manifestations – tout en gagnant en ampleur – élargissent actuellement le champ de leurs revendications d’une façon qui commence à devenir préoccupante pour le Gouvernement.  A Belém, l’une des villes les plus violentes du Brésil située dans le Nord du pays, les manifestants demandent demandent davantage de mesures pour faire face à la criminalité croissante. Dans le Sud, à Porto Alegre, les protestations condamnent la corruption et le manque de transparence des acteurs publics. Et dans la plupart des grandes villes du pays, on s’insurge contre les dépenses pharaoniques (et en constante révision à la hausse) engagées par le pays pour la Coupe du Monde (beaucoup de ces manifestations se déroulent d’ailleurs à proximité des stades) et qui auraient dû, selon les manifestants, être investies dans l’éducation ou la santé.

Protestations devant le Maracana en rénovation. Rio de Janeiro. Marcos de Paulo / Estadao

Protestations devant le Maracana en rénovation. Rio de Janeiro. Marcos de Paulo / Estadao    

Ce dernier point est d’ailleurs loin d’être anodin. Si jusque là la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques de Rio ont toujours été présentés comme des « opportunités de développement », ou comme « un coup de projecteur bénéfique sur le pays », la population, loin d’être dupe, commence à comprendre qu’elle peut effectivement tirer profit de ces événements, non pas tant pour ces raisons là, mais davantage comme un moyen de pression sur ses gouvernants, alors que les cameras du monde entier sont progressivement braquées sur le pays. Le Président de la FIFA, Joseph Blatter, se trompe quand il affirme que « le football est plus fort que l’insatisfaction des gens », car celui-ci offre précisément pour les Brésiliens un moyen de faire entendre leurs aspirations pour le futur de leur nation. Ce ne serait pas une première dans ce pays où même le football participa à la lutte contre l’autoritarisme et à la reconstruction démocratique du pays dans les années 1970-1980 (l’exemple le plus flagrant étant le mouvement Democracia Corintiana des joueurs emblématiques du Corinthians, Socrates, Wladimir et autre Casagrande).

Toujours est-il que ces mouvements contestataires préoccupent de plus en plus le gouvernement alors que la cote de popularité de Dilma Rousseff, jusque là impeccable, est pour la première fois de son mandat en phase descendante. La répression parfois musclée des manifestations à Brasilia (où les manifestants ont envahi hier les alentours du Congrès national), Rio de Janeiro (avec 100.000 personnes défilant dans les rues), ou São Paulo (où parmi les 50.000 manifestants certains ont tenté de pénétrer dans le Palais du Gouverneur) ne devrait d’ailleurs rien arranger à l’affaire, bien que Dilma se soit empressée de déclarer que de telles manifestations sont « légitimes et propres à la démocratie ».

La hausse abusive du prix des transports a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de l’indignation des Brésiliens, rempli petit à petit, déception après déception, par les acteurs politiques du pays ces dernières décennies. Ce séisme de contestation dont personne n’évalue encore précisément la magnitude et qui connaîtra certainement des répliques à l’approche des événements planétaires que le Brésil s’apprête à accueillir, provoquera-t-il une véritable onde de choc et une prise de conscience de la part des décideurs publics du pays ? C’est tout ce que ces centaines de milliers d’indignés brésiliens souhaitent.

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La « Coupe » est pleine…

mars 29, 2012

Après des mois d’âpres négociations, la chambre des députés a adopté mercredi 28 mars la Lei Geral da Copa (loi générale de la Coupe). Un texte censé réglementer le déroulement de la Coupe du Monde de football qui aura lieu au Brésil en 2014, 64 ans après la première édition sur le sol brésilien en 1950, qui avait vu le Brésil perdre en finale dans son stade mythique, le Maracanã, contre le petit voisin uruguayen. Une défaite qui reste l’un des plus grands traumatismes populaire de la nation auriverde. On comprend donc, au-delà des retombées économiques, tout l’importance et la symbolique que revêt le prochain Mondial pour le Brésil.

De son côté, La FIFA, instance suprême du football mondial et dont la puissance financière et politique est souvent comparée à celle de véritables États-nations, pressait donc depuis plusieurs mois le Brésil de voter ce texte, qui doit, entre autre, mettre en place une série de mesures d’exceptions (comme rendre férié les jours de match de la selection brésilienne ou réserver des places pour les classes populaires) tout au long de l’évènement planétaire. Parmi ces mesures, la vente de boissons alcoolisées dans les stades a particulièrement animé les débats parlementaires. Interdite au Brésil depuis 2003, elle est exigée par la FIFA, soucieuse de maintenir son juteux contrat avec la multinationale Anheuser-Busch, le fabriquant de la bière Budweiser et l’un des principaux sponsors de la compétition.

Lorsque l’on sait que le Brésil est l’un des pays où la mortalité autour des stades est la plus grande (42 décès de supporters entre 1999 et 2009), on comprend vite pourquoi les négociations ont été ardues. Les segments les plus conservateurs du congrès, et notamment la Bancada evangélica, sont en effet montés au créneau pour modifier cette clause, mais sans succès.

Le Brésil reste ainsi on le voit, en position de faiblesse face à l’instance sportive. Avec des retards dans la construction des stades (notamment dus à de nombreuses grèves d’ouvriers), ou dans l’amplification des structures aéroportuaires (le texte prévoit d’ailleurs de mettre à disposition les aéroports militaires si la capacité des structures civiles est dépassée), le pays n’est pas vraiment en mesure d’imposer ses vues. Comme l’affirme avec un certain agacement Julio Grondona, le vice-président de la FIFA, le Brésil ne fait « qu’accueillir » la Coupe.

La ratification de cette Loi générale de la Coupe, trois jours après le décès le Week-End dernier à São Paulo de deux supporters, à la suite d’affrontements entre torcidas (groupes de supporters) du Corinthians et du Palmeiras, ne fait que confirmer ses dires…

A Mille Jours de la Coupe…

octobre 5, 2011

Dans un peu moins de mille jours le Brésil, la terre de Futebol par excellence, accueillera pour la deuxième fois de son histoire, la Coupe du Monde de Football. Si la première édition s’était soldée par un échec retentissant en finale contre le petit voisin Uruguayen, dans son stade mythique de Rio: le Maracanã, créé pour l’occasion, le Brésil espère que l’édition 2014 lui sourira davantage. Pourtant, la réalisation de cet évènement planétaire pose d’ors et déjà un certains nombre de problèmes et défis de taille à la nation auriverde, et nous ne parlons pas ici que du jeu de son équipe (lui aussi source de grands défis actuellement!).

Le grand défi des Infrastructures

Parlons des stades tout d’abord. Comme pour tout évènement sportif de cette ampleur, la création ou la rénovation des stades dans les délais est toujours source de problèmes et de multiples pressions intérieures aussi bien qu’extérieures. Lorsque la FIFA annonce en octobre 2007 que le Brésil accueillera l’évènement en 2014, la totalité des 12 villes hôtes ne disposent pas, en réalité, de stades conformes. Elles vont ainsi toutes devoir, soit entièrement rénover leurs infrastructures (pour 6 d’entre eux, comme le Maracanã de Rio qui date, nous l’avons dit, de 1950), soit les monter de toute pièce (c’est le cas des 6 autres, comme à Brasilia, Manaus en Amazonie ou à São Paulo)! Pour rassurer la FIFA et les journalistes du monde entier, la Présidente Dilma Rousseff, fait régulièrement des déclarations assurant que les travaux avancent et que tout sera prêt dans les temps. Rarement a-t-on vu un Chef d’Etat si engagé sur le sujet. Dans un souci de transparence, le site internet officiel de la Coupe 2014 affiche d’ailleurs en temps réel l’avancement des travaux en distribuant des cartons jaunes ou rouge lorsque les travaux d’un stade prennent du retard (http://www.copa2014.org.br/andamento-obras/). Des retards notamment dus à une série de grèves sur plusieurs chantiers comme celui du Maracanã justement ou du Stade Mineirão de Belo Horizonte.

L’autre grande polémique liée aux stades est celle du coût des travaux, régulièrement réévalué à la hausse et que beaucoup jugent démesuré; ce qui alimente bien évidemment les soupçons de corruption. Ainsi, le nouveau stade Itaquerão de São Paulo, qui servira ensuite à l’équipe paulista du Corinthians coutera 920 millions de réals (400 millions d’euros) pour 65.000 places. Les journalistes n’ont pas manqué de faire remarquer que c’était près de quatre fois le prix du nouveau stade de la Juventus de Turin inauguré en Septembre (105 millions d’euros pour 41.000 places) !

L’autre grand chantier de la préparation de cette coupe du monde est le transport aérien. La plupart des aéroports brésiliens ont en effet été construits avant la fin de la seconde guerre mondiale et sont souvent montrés du doigt, d’une part pour leur capacité limité (plusieurs d’entre eux sont déjà saturés en 2011 alors que le trafic aérien ne cesse d’augmenter), et d’autre part pour leur état assez vétuste et indigne du rang de 7ème puissance économique mondiale. Là aussi, les travaux à réaliser sont colossaux et leur avancée préoccupe les spécialistes.

Une « Loi Générale » pour  la Coupe du Monde 2014

Alors pour s’assurer de la bonne avancée des travaux et pour motiver les investissements publics et privés, le gouvernement brésilien cherche actuellement à faire voter une Loi Générale de la Coupe du Monde 2014. Celle-ci offrira donc un certain nombre d’exemptions d’impôts et de charges fiscales aux entreprises engagées, mais elle fixera aussi les grandes règles du déroulement de l’évènement en permettant par exemple aux villes-hôtes de déclarer férié les jours de matchs. Toutefois, en cherchant aussi à encadrer la répartition des droits TVs (qui atteignent des sommes astronomiques), ce projet de loi actuellement en discussion au congrès, s’est attiré les foudres d’une FIFA avare de son bien. Dilma Rousseff et son ministre des sports Orlando Silva étaient justement en Europe cette semaine pour tenter, entre autre, de désamorcer la polémique auprès de l’institution reine du football mondial.
On le voit donc, l’organisation de cette Coupe du Monde, que les brésiliens attendent bien évidemment avec impatience, est parsemée d’embûches et de nombreux défis. Mais c’est aussi pour le Brésil une occasion unique (avec les Jeux Olympiques de Rio en 2016) de montrer au Monde les progrès incontestables qu’a réalisé cette grande nation ces dernières décennies. Toutefois, ne nous méprenons pas, cette Coupe du Monde, au delà de toutes ses retombées économiques et médiatiques, ne sera un succès que si la Selecção (nom de l’équipe nationale) parvient à laver l’affront de 1950 en reprenant, à la maison, ce Graal qui lui échappe depuis 2002 !

Football et Politique

juin 21, 2011

Le Brésil est sans conteste la plus grande nation de football au monde. Avec ses cinq titres mondiaux (1958,1962, 1970, 1994, 2002) conquis par la Seleção, le plus grand joueur de l’histoire (Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé), et des centaines de stars faisant réver aux quatre coins du globe depuis plus d’un demi-siècle (Garrincha, Zico, Ronaldo, Ronaldinho etc.), le Brésil règne en maître sur la planète football.

Sur ses terres, le Futebol déclenche au Brésil un engouement et une passion inégalable même dans les plus grands clubs européens. Les torcidas y sont plus que de simples groupes de supporteurs se réunissant une fois par semaine au stade. Elles rythment véritablement la vie et le quotidien de leurs membres (qui se comptent pour les plus grands clubs, en millions), et forment de puissants groupes de pression que courtisent sans cesse les hommes politiques. Le Président Lula n’a d’ailleurs jamais cessé de rappeler son appartenance active (il y participe financièrement) à la torcida  des Corinthians, laquelle participa d’ailleurs activement, tout comme le syndicat des métallurgistes paulistas de Lula, au retour de la démocratie dans les années 1980.

Le Président Lula remettant un maillot dédicacé de la Seleção au Président Obama

Chaque match de la sélection nationale semble mettre le pays « sur pause », et même la plus hyperactive des mégapoles brésiliennes, São Paulo, n’a d’autre choix que d’interrompre son rythme incessant durant ces « 90 minutes » sacrées. Et si les victoires sont suivies des célébrations les plus folles, les défaites engendrent une déprime profonde, presque palpable qui contraste avec la bonne humeur habituelle du peuple Brésilien. Un fait qui n’est pas sans conséquences politiques alors que depuis 1994, les élections générales ont toujours lieu quelques mois seulement après la Coupe du Monde.

Si la déprime causée par le fiasco de la Seleção de Dunga en Afrique du Sud en 2010, avec une défaite en quart de finale contre les Pays-Bas, n’a semble-t-il pas eu de conséquence néfaste sur l’élection de Dilma Rousseff trois mois plus tard, il est indéniable qu’au Brésil, Football et Politique entretiennent des rapports parfois très étroits.

Ce constat n’est bien sûr par nouveau. Sous l’ère Getulio Vargas déjà (1930-1945 puis 1950-1954), le Football avait été mis à l’honneur car on voyait en lui un facteur d’unité nationale. Un pari risqué puisque la défaite en finale lors du premier mondial organisé par le Brésil en 1950 face au petit voisin uruguayen, connue comme le « maracanaço » fut un véritable drame national. Un drame que l’organisation par le Brésil à nouveau, de la prochaine Coupe du Monde en 2014, aura notamment pour but, aux yeux des brésiliens, de réparer. Néanmoins, la victoire brésilienne 8 ans plus tard en Suède (1958), d’une équipe mixte particulièrement représentative de la diversité culturelle et ethnique du pays, eut elle, bien l’effet fédérateur escompté. Plus tard, sous la dictature militaire, la dimension politique de la Seleção s’accentua à tel point qu’on militarisa le staff de l’équipe (l’entraineur était alors gradé comme capitaine dans l’armée).

Aujourd’hui la dimension politique et symbolique de l’équipe nationale et du football dans son ensemble reste évidente et suscite bien des interrogations parmi les milieux académiques brésiliens, mais c’est un autre phénomène, celui des anciens footballeurs reconvertis en hommes politiques, qu’il nous faut à présent aborder.

Affiche électorale du candidat Bebeto – Député étatique – Rio de Janeiro, 2010 (prise par l’auteur)

En effet, en 2010, les législatives (au niveau fédéral ou étatique) ont été le théâtre d’une multitude de candidatures de la part d’anciennes gloires du football brésilien, parmi lesquels, le duo offensif de choc du mondial 1994, Bebeto et Romário. Si leurs candidatures ont pu faire sourire, leurs élections respectives obtenues haut la main pour l’un, Bebeto, à la chambre des députés de l’état de Rio de Janeiro, et pour l’autre, Romário, à la chambre des député fédéraux, reflètent de façon plus profonde ce que les politologues appellent la « crise de la représentativité » de la démocratie brésilienne. En effet, l’élection de ces deux champions du monde, ou encore du clown Tiririca à São Paulo, individus sans la moindre expérience politique, posent la question plus vaste de la confiance des brésiliens envers leur personnel politique. Affaires de corruption, promesses non-tenues, les Brésiliens lassés de la politique politicienne finissent par penser que ces footballeurs qui les ont tant fait rêver, et qui, partant bien souvent de rien ont au final fait la gloire du pays, les représenteront certainement mieux qu’une classe politique appelées de fait, à se remettre en question.

Pendant ce temps, et alors que le Brésil met tout en oeuvre pour faire du Mondial 2014 un fête à la hauteur de l’engouement populaire qu’il suscite, Romário lui, file droit au but. Le député de l’état de Rio de Janeiro annonçait en effet la semaine dernière, son intention de se porter candidat à la Mairie de Rio de Janeiro, lors des prochaines élections de 2012. Droit au but.